Avec plus de 17 millions d’habitants, Kinshasa est l'une des mégapoles africaines à la croissance démographique la plus rapide, et pourrait devenir la plus peuplée du continent d’ici 2030.
Avec l'urbanisation croissante, plusieurs capitales africaines peinent à suivre le rythme en matière de services essentiels, notamment dans la gestion des déchets et l’accès à l’emploi. À Kinshasa, ces déséquilibres alimentent à la fois des risques sanitaires et des tensions sociales, poussant les bailleurs de fonds à privilégier des approches intégrées combinant infrastructures urbaines et développement économique.
La Banque mondiale a approuvé le 28 avril un financement de 250 millions USD, soit environ 213,7 millions d'euros, en faveur du programme de transformation urbaine et d’emplois de Kinshasa « Kin la Belle ». Cette opération vise, dans sa première phase, à déployer des infrastructures de gestion des déchets, préparer des investissements urbains structurants et soutenir la création d’emplois, dans une logique d’intervention progressive à l’échelle de la capitale congolaise.
Une part centrale du financement sera consacrée à la mise en place d’un système opérationnel de gestion des déchets solides. Le programme prévoit la construction d’infrastructures clés – points de collecte de proximité, stations de transfert et centre intégré de traitement – dans certaines communes pilotes. L’objectif est de tester un modèle techniquement et financièrement viable, susceptible d’être étendu à l’ensemble de la ville.
Structurer la chaîne de valeur
Au-delà des équipements, l’intervention intègre un renforcement du cadre institutionnel et réglementaire du secteur, encore fragmenté. Elle doit également favoriser l’émergence de partenariats public-privé afin d’attirer des opérateurs spécialisés et des financements privés, condition jugée essentielle à la pérennité du dispositif.
Le programme inclut également une composante de préparation de projets visant à améliorer l’accès aux opportunités économiques. Celle-ci porte notamment sur la réhabilitation des berges et le développement de services de transport sur le fleuve Congo, avec l’objectif de désenclaver certains quartiers et de mieux connecter les populations aux pôles d’activité.
Il s’agit à ce stade moins de financer directement les infrastructures que de poser les bases techniques, institutionnelles et financières nécessaires à leur déploiement futur, dans une logique de planification urbaine à moyen terme. Le troisième pilier vise la création d’emplois inclusifs, en particulier pour les jeunes et les femmes.
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Le programme prévoit le recours à des travaux publics à forte intensité de main-d’œuvre, ainsi qu’un accompagnement des micro et petites entreprises opérant dans la collecte, le tri et la valorisation des déchets. L’ambition est de structurer progressivement une chaîne de valeur locale autour des déchets, en soutenant l’émergence d’activités génératrices de revenus et en posant les bases d’une économie circulaire encore peu développée à Kinshasa.
Une réponse à des déséquilibres urbains persistants
Avec plus de 17 millions d’habitants, Kinshasa figure parmi les mégapoles africaines à la croissance démographique la plus rapide, et pourrait devenir la plus peuplée du continent d’ici 2030. Cette hausse s’accompagne toutefois d’un déficit marqué en services urbains de base. La ville génère environ 12 000 tonnes de déchets par jour, dont près de 98% sont abandonnés à ciel ouvert ou brûlés, contribuant à l’obstruction des canaux de drainage, à l’aggravation des inondations et à la propagation de maladies dans les zones les plus densément peuplées.
Dans ce contexte, le chômage des jeunes demeure élevé, accentuant les tensions socio-économiques et la nécessité de solutions combinant infrastructures et création d’emplois.
« Kinshasa est précisément l’endroit où l’expérience mondiale de la Banque mondiale en matière de développement urbain peut avoir le plus d’impact concret : des rues plus propres, moins d’inondations et de véritables emplois pour les jeunes Congolais », a déclaré Albert Zeufack, directeur de division de la Banque mondiale pour l’Angola, le Burundi, la République démocratique du Congo et São Tomé-et-Principe.
Un paquet de financements coordonnés à près de 770 millions d'euros
Le programme « Kin la Belle » s’inscrit dans un dispositif plus large de la Banque mondiale en faveur de la capitale congolaise, portant l’encours total à près de 900 millions USD, soit environ de 769 millions d'euros. Il complète notamment le projet Kin Elenda, dédié au développement urbain multisectoriel et à la résilience, ainsi que le programme PRIUR, approuvé en 2025.
Ces interventions sont conçues comme un ensemble cohérent, visant à traiter simultanément les enjeux d’infrastructures urbaines, de gestion des risques d’inondation, d’accès aux services essentiels et de création d’emplois, avec pour objectif de rendre Kinshasa plus résiliente et économiquement inclusive.