Potasse : un projet de 1,5 milliard d'euros au Congo séduit les investisseurs
Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Les chaînes d’approvisionnement en potasse ont été perturbées par les sanctions imposées à la Biélorussie et à la Russie.
Photo DR
Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Les chaînes d’approvisionnement en potasse ont été perturbées par les sanctions imposées à la Biélorussie et à la Russie.
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La compagnie minière australienne Kore Potash a annoncé cette semaine avoir reçu des offres de rachat de deux acheteurs potentiels. Ces investisseurs, dont les identités n'ont pas été dévoilées, se positionnent pour prendre le contrôle de l’un des plus grands projets de potasse au monde. Situé en République du Congo, le projet Kola héberge plus d'un demi-milliard de tonnes de ressources minérales, un potentiel qui séduit aussi le fonds d’investissement OWI-RAMS.
Basé à la fois dans le canton de Zoug en Suisse et à Francfort en Allemagne, OWI-RAMS est une société de services financiers créée en 2022, et spécialisée dans les investissements dédiés à l'amélioration de la sécurité alimentaire mondiale ainsi qu'à l'accélération de la transition énergétique. Sur le projet Kola, elle a signé en juin 2025 un protocole d’accord non contraignant avec Kore Potash pour mobiliser 2,2 milliards USD (1,91 milliard d'euros), un financement devant couvrir la totalité des coûts de construction de la mine.
Selon les détails divulgués à l’époque, OWI-RAMS devrait fournir 1,53 milliard USD (1,328 milliard d'euros) sous forme de prêt garanti, représentant environ 70% du total requis. Ce prêt, conforme aux principes de la finance islamique, offrira un rendement fixe compris entre 6,8% et 9,3% par an. Le solde du financement, soit environ 655 millions USD, prendrait la forme d’un investissement participatif conférant à OWI-RAMS une part des revenus de la mine durant toute sa durée d’exploitation. Cette participation s’élèvera à 14 % du chiffre d’affaires pendant la première phase, puis à 16% une fois le prêt remboursé. Le partenaire financier disposera également d’un droit prioritaire pour acheter 100% de la potasse produite.
Kore Potash et OWI-RAMS prévoyaient de finaliser les discussions et de signer un accord définitif permettant de lancer la construction de la mine Kola début 2026. Ce partenariat pourrait désormais ne jamais se concrétiser, la compagnie australienne ayant lancé un processus de vente officiel. Contrairement à OWI-RAMS qui est purement un partenaire financier, les deux parties ayant soumis une proposition de prise de participation dans Kore sont présentées comme des « acteurs du secteur de la potasse ».
« Kore accorde une grande priorité à la recherche d'un opérateur contractuel approprié et d'un partenaire stratégique disposant d'une expérience adéquate dans l'extraction et le traitement de la potasse », indique la compagnie dans un communiqué publié le mardi 4 novembre.
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L’intérêt des investisseurs pour Kore Potash est notamment motivé par la qualité du portefeuille congolais de la société, qui contrôle plusieurs gisements dans le bassin de Sintoukola. Kola est le plus avancé, avec une étude de faisabilité définitive publiée en février 2025, estimant la valeur actuelle nette du projet à 1,7 milliard USD (1,476 milliard €) après impôts. Un contrat d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction (EPC) a par ailleurs été signé avec Power China pour la construction d’une mine capable de livrer 2,2 millions de tonnes de potasse par an pendant 23 ans.
Mais Kola n’est que l’un des atouts de ce que Kore appelle le grand district de Sintoukola Potash. La société détient également le gisement Dougou et son extension DX, deux projets situés à proximité et partageant une partie des infrastructures prévues pour Kola. Dougou renferme 1,07 milliard de tonnes de ressources mesurées et indiquées, titrant 20,6 % de chlorure de potassium. De son côté, DX peut livrer environ 400 000 tonnes de potasse par an sur 18 ans, selon une étude exploratoire publiée en 2019.
L’exploitation de ces gisements est susceptible de renforcer et diversifier l’offre mondiale, dans un contexte de défis d’approvisionnement ces dernières années. Depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, les chaînes d’approvisionnement mondiales en potasse ont en effet été fortement perturbées par les sanctions imposées à la Biélorussie et à la Russie, deux acteurs représentant à eux seuls environ 35% de la production mondiale et plus de la moitié des importations européennes avant le conflit.
Selon Matt Simpson, PDG de Brazil Potash, environ 50 % de l’approvisionnement mondial en potasse provient de pays sanctionnés ou en guerre. Alors que l’Union européenne a engagé une diversification de ses sources, notamment vers le Canada (premier exportateur mondial), les gisements congolais apparaissent comme des alternatives potentielles. Le marché est par ailleurs en croissance à l’échelle mondiale. Selon le plus grand groupe minier au monde, BHP, la demande mondiale de potasse devrait augmenter de 70% d’ici 2050 par rapport à 2021, soutenue par la croissance démographique et les besoins par conséquent accrus de l’agriculture.
Le calendrier d’exploitation des gisements congolais de Kore Potash demeure cependant incertain, malgré l’intérêt manifesté par plusieurs investisseurs. Le processus de vente engagé cette semaine n’en est qu’à ses débuts, et les options de financement nécessaires à la construction de la mine Kola restent à préciser. La société n’a pas fait de commentaire sur l’avenir de son protocole d’accord avec OWI-RAMS, mais indique rester ouverte à un financement par actions ou par emprunt.
« Il est toujours possible qu'à l'issue du processus de vente formel, le Conseil d'administration conclue que Kore et ses parties prenantes auraient tout intérêt à opter pour d'autres options stratégiques dont dispose la société, notamment le maintien de Kore sur les marchés AIM, ASX et JSE [les bourses de Londres, d’Australie et de Johannesburg, respectivement, Ndlr.] », affirme la compagnie.
Si le projet Kola s’inscrit dans une recomposition plus large des chaînes d’approvisionnement mondiales en potasse, davantage de certitudes sur son développement sont encore nécessaires pour conforter son statut. En cas de bouclage du financement d’ici fin 2025, Kore Potash estime que des travaux de construction démarrant début 2026 pourraient s’étendre sur 43 mois. La mise en service de la mine pourrait alors survenir vers le troisième trimestre 2029.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin