LA TRIBUNE AFRIQUE - Une ère de mobilisation à grande échelle des financements s’ouvre à la BAD avec un accent sur les capitaux privés et une sorte de redéfinition du développement. Où va-t-on concrètement ?
GAUTHIER BOURLARD - Dès son arrivée à la tête de la Banque africaine de développement et après plusieurs mois de vastes consultations en interne et en externe faites d’écoute et d’observation, le président Sidi Ould Tah a voulu marquer un tournant stratégique avec la mise en œuvre de ses quatre points cardinaux. Le principe est simple. On sait qu'aucun continent n'a pu se développer et arriver à un niveau de prospérité important sans le développement d'un secteur privé dynamique qui crée des emplois, génère de la croissance économique, contribue aux recettes fiscales et qui génère des revenus domestiques que les États peuvent réinvestir. Le rôle du secteur privé n'est plus à démontrer dans les efforts de développement. La BAD l'a bien compris et de ce fait, la promotion du secteur privé est une priorité transversale dans notre stratégie décennale.
Mais avec ses quatre points cardinaux et en particulier le premier - qui vise à libérer les capitaux privés pour le développement du continent, le président Sidi Ould Tah est parti du paradoxe africain, qui compte sur le continent des sources de financement significatives , que ce soient les fonds de pension africains, les institutions financières de développement africaines ou les banques nationales de développement africaines, mais qui enregistre également des besoins de financement du développement très conséquents Les ressources existent en Afrique. On constate néanmoins, et c’est d'ailleurs ce qui a motivé le thème des assemblées annuelles 2026, l'existence d'un continent très fragmenté. Les sources de financement existantes sont dispersées à l'échelle du continent et au-delà. Un des objectifs avec ces points cardinaux est de mobiliser ces capitaux privés, de les libérer, tout en organisant leur utilisation et leur canalisation. Ce sont exactement les objectifs poursuivis par au travers des deux premiers points cardinaux, le premier étant la libération des capitaux privés en particulier, et du capital en général, et le second visant le renforcement et la construction d'une nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD).