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La Tribune Afrique

Dette : le Sénégal évoque pour la première fois une possible renégociation de la dette

Photo de Idriss Linge

Idriss Linge, Agence Ecofin

Publié le 23 juin 2026 à 13:50

Serigne Gueye Diop, ministre sénégalais de l’Industrie et du Commerce n’exclut plus une renégociation de la dette.

Serigne Gueye Diop, ministre sénégalais de l’Industrie et du Commerce n’exclut plus une renégociation de la dette.

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Après avoir promis de rembourser intégralement ses créanciers, Dakar se dit désormais prêt à discuter d’un accord si cette option devient incontournable. Ce changement de ton intervient après le limogeage de l’ex-Premier ministre Ousmane Sonko, qui défendait une ligne dure sur la dette et rejetait toute restructuration. Le verrou politique le plus visible a sauté, mais l’accord avec le Fonds monétaire international reste encore à conclure.

Un responsable du gouvernement sénégalais a indiqué que le pays était prêt à renégocier sa dette, rompant avec plusieurs mois de promesses de remboursement intégral. Si la seule issue passe par une renégociation, le gouvernement la mènera, a déclaré le 22 juin le ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Gueye Diop, à la télévision publique.

Le changement touche au cœur de la crise. Après l’alternance, les nouvelles autorités ont révélé qu’une partie de la dette avait été dissimulée. Les premiers contrôles ont réévalué la dette publique à près de 100% du produit intérieur brut fin 2023, contre environ 74% annoncés auparavant. Des estimations ultérieures l’ont portée à plus de 130 % du PIB. Autrement dit, le Sénégal doit désormais plus que ce que son économie produit en une année. Le FMI a alors suspendu son soutien financier, prévu autour de 1,8 milliard de dollars.

Ce changement de position intervient après le départ d’Ousmane Sonko. Durant des mois, l’ex-Premier ministre a incarné une ligne de refus de la restructuration, au nom de la souveraineté et de la crédibilité du pays. En mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye l’a limogé et a dissous le gouvernement. Le désaccord sur la dette et les discussions avec le FMI faisaient partie des points de tension entre les deux hommes. Sonko n’a toutefois pas quitté le jeu politique. Il préside désormais l’Assemblée nationale et son parti y dispose d’une large majorité. Tout accord accompagné d’efforts difficiles hausses d’impôts, baisse de certaines dépenses, réformes budgétaires pourrait donc se heurter au Parlement. Le verrou a sauté au sommet de l’État, mais pas dans tout le système politique.

Sortie incertaine

Derrière le mot « restructuration », deux scénarios se dessinent. Le premier consiste à étaler les remboursements. Le pays paie plus tard, mais paie tout. Les pertes pour les prêteurs restent limitées. Le second scénario est plus lourd : il oblige les créanciers à abandonner une partie de leurs créances. C’est ce qui s’est passé au Ghana, autre pays membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, où les détenteurs d’obligations internationales ont accepté d’effacer près de 40 % de la valeur de leurs titres. Cette option soulage davantage l’État, mais elle coûte cher. Elle peut fermer l’accès aux marchés internationaux pendant plusieurs années et fragiliser les banques de la région qui détiennent de la dette sénégalaise. C’est l’un des arbitrages que les marchés suivront de près.

L’urgence est réelle. En 2026, le Sénégal doit faire face à de lourdes échéances, dont une partie due à des investisseurs étrangers via des eurobonds. Ces titres se négocient nettement sous leur valeur initiale, signe que les investisseurs n’écartent plus un scénario de renégociation.

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Dakar doit aussi s’entendre avec le FMI sur son budget. Le gouvernement mise sur une hausse des recettes fiscales et sur une croissance portée par le pétrole et le gaz, dont le pays a commencé la production. Mais le FMI juge que les prévisions des autorités restent trop optimistes et demande des hypothèses plus prudentes.

L'enjeu de l'UMOA

Un autre risque, moins visible, concerne la place du Sénégal sur le marché monétaire de l’Union monétaire ouest-africaine, qu’il partage avec sept autres pays. Toucher à cette dette pourrait fragiliser les banques de la zone, qui détiennent une partie des titres sénégalais. C’est pourquoi plusieurs experts recommandent de la laisser de côté et de limiter tout accord aux prêts extérieurs. En mai 2026, sur le marché d’UMOA-Titres, le Sénégal continuait de lever de l’argent, mais dans des conditions plus tendues. Il empruntait plus court et plus cher que la moyenne régionale. Le marché continuait ainsi d’exiger une prime de risque élevée, proche de celle des signatures les plus fragiles de l’Union.

Pour les autorités sénégalaises, l’enjeu est concret. Une dette mieux étalée, c’est moins d’argent absorbé chaque année par les remboursements, donc plus de marge pour financer les écoles, les hôpitaux ou les infrastructures. Mais ce chemin passe presque toujours par une phase difficile : impôts plus lourds, dépenses publiques contraintes, arbitrages sociaux délicats. C’est cette équation que le nouveau gouvernement devra expliquer.

Depuis le 22 juin, la question n’est plus seulement de savoir si le Sénégal renégociera sa dette, mais aussi comment, avec qui et à quel rythme.

La signature ou non d’un accord dans les prochaines semaines dira si les propos du ministre ouvrent la voie à une sortie ordonnée ou à un nouveau délai.

Idriss Linge, Agence Ecofin

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