Après avoir exclu son partenaire historique, le Niger tente de redessiner l’avenir de sa filière uranium. Autrefois premier producteur africain du combustible nucléaire, le pays dispose de plusieurs options, allant d’un partenaire canadien déjà présent à l’arrivée possible de la Russie.
La production d’uranium du Niger est tombée à 962 tonnes en 2024, un niveau plus de quatre fois inférieur à celui de 2015. Si la production était sur une tendance baissière depuis un moment, cela s’est accéléré avec la brouille née entre Orano, partenaire historique du pays, et les autorités militaires arrivées à la tête du Niger en juillet 2023. Alors que le groupe français conteste toujours son départ forcé, d’autres acteurs se positionnent pour soutenir la relance de la production du Niger, au moment où l’intérêt mondial pour ce combustible nucléaire s’accroît.
Baisse progressive des volumes
Au Niger, la production d’uranium est historiquement portée par la Société des Mines de l’Aïr (Somaïr) et la Compagnie minière d’Akouta (Cominak), deux coentreprises entre Orano et l’Etat nigérien. Avant les tensions ayant conduit à la nationalisation en juin 2025 de la Somaïr, la production du Niger n’a cessé de décliner depuis 2015. Cette année-là, le pays a extrait 4 116 tonnes d’uranium, se positionnant comme le premier producteur africain et le quatrième mondial, selon les chiffres de la World Nuclear Association (WNA).
Les volumes produits ont ensuite diminué, aussi bien en raison d’un contexte de faiblesse des cours de l’uranium incitant certains producteurs à la prudence, que de la fermeture en 2021 de la mine de Cominak, faute de réserves exploitables. La Somaïr est donc restée la seule société à exploiter l’uranium du Niger, puisque la Société des Mines d'Azelik (Somina), coentreprise sino-nigérienne propriétaire de la troisième mine d’uranium du pays, a suspendu ses activités dès 2014 pour des raisons de rentabilité économique, liées à la chute des prix.
Chine et Canada au premier rang
Encore inférieur à 66 000 dollars la tonne en janvier 2021, le prix spot de l’uranium a presque triplé pour dépasser 180 000 dollars la tonne fin 2025. Ces chiffres fournis par le spécialiste canadien de l’uranium, Cameco, traduisent une demande plus forte pour cette ressource, en raison du retour en grâce du nucléaire comme source d’énergie.
Si les Etats ayant annoncé des plans de construction de nouvelles centrales et de recours accru à la production de cette énergie atteignent leurs objectifs, WNA estime que la capacité nucléaire mondiale pourrait plus que tripler d’ici 2050, atteignant 1446 GWe. Forte de ces perspectives, la Somina s’active pour relancer ses activités au Niger. C’est du moins ce qu’a assuré en mai 2024 la télévision publique nigérienne, dans un reportage faisant référence à la remontée des prix comme contexte plus favorable pour reprendre la production d’uranium.
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Un protocole d’accord en ce sens avait déjà été signé en juin 2023 entre Niamey et la China National Nuclear Corporation (CNNC), opérateur du site. En cas de redémarrage effectif des activités, la Somina n’est toutefois pas en mesure, à elle seule, d’aider le Niger à retrouver sa place parmi les leaders mondiaux de la production d’uranium. Selon les chiffres de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, la meilleure performance de la mine date de 2012, année au cours de laquelle 201 tonnes d’uranium ont été extraites.
Le Niger peut en revanche compter sur le projet Dasa, piloté par le canadien Global Atomic. Ce dernier ambitionne de mettre en service sa mine d’ici 2027, avec une production totale de 68,1 millions de livres sur environ 24 ans, soit une moyenne annuelle d’environ 2,9 millions de livres ou 1 315 tonnes. A titre de comparaison, la dernière année où Orano a opéré au Niger sans tensions, en l’occurrence 2022, le pays a produit 2020 tonnes, selon les chiffres de WNA.
L’ouverture de la mine Dasa dépend néanmoins de contraintes logistiques et financières, en l’occurrence la mobilisation des fonds nécessaires aux travaux de construction et la sélection d’itinéraires adéquats pour approvisionner la mine et exporter la production. Niamey a en effet fermé depuis 2023 sa frontière avec le Bénin, dont le port de Cotonou constitue le principal débouché maritime pour les exportations et importations du pays enclavé. Les alternatives envisagées par la compagnie canadienne sont jugées plus longues et plus coûteuses.
La Russie en embuscade ?
En attendant la relance des activités de la Somina et l’ouverture de la mine Dasa, la solution à court terme pour augmenter la production nigérienne d’uranium demeure la Somaïr. Malgré la nationalisation, l’entreprise reste au cœur de tensions entre le gouvernement nigérien et Orano, qui a lancé des procédures judiciaires à l’international pour contester son éviction. Devant les sénateurs français mercredi 21 janvier, le groupe a ainsi réaffirmé son intention de poursuivre « quiconque voudrait mettre la main » sur un stock d’uranium d’au moins 1 000 tonnes extrait par ses soins au Niger.
Actuellement entreposé sur une base militaire à l’aéroport de Niamey, ce stock intéresse plusieurs acheteurs, dont la Russie. Mais au-delà de l’achat de l’uranium déjà extrait, Moscou pourrait devenir un partenaire du Niger dans l’exploitation de l’uranium. Alors que le gouvernement nigérien s’est éloigné de la France depuis le coup d’Etat de juillet 2023, un rapprochement s’est opéré en parallèle avec la Russie, qui collabore notamment sur la construction d’une centrale nucléaire au Niger.
Bras armé de Moscou pour le projet nigérien de centrale nucléaire, l’entreprise publique russe Rosatom est aussi spécialisée dans l’extraction de l’uranium. Une collaboration entre cette dernière et la Sopamin, société nigérienne qui cogérait la Somaïr avec Orano, n’est donc pas à exclure dans les mois et années à venir. Pour le moment, les autorités de Niamey assurent exploiter directement l’uranium, avec environ 2000 tonnes extraites depuis juillet 2023.