Le 11 décembre 2025, Stanley Ahorlu (gauche), directeur général de Ahorlu Marine Ltd, et Emmanuel Kwadwo Agyekum (droite), ministre ghanéen chargé des Initiatives spéciales, ont signé un protocole d’accord dans le cadre du projet de service ferry...
Près de 75% des échanges commerciaux de la CEDEAO transitent par le corridor Abidjan-Lagos, selon la BAD. Principalement routier, cet axe souffre de nombreux goulets d’étranglement qui freinent son potentiel, malgré la vigueur économique des États riverains.
L’axe Abidjan–Lagos concentre l’essentiel des flux commerciaux et humains d’Afrique de l’Ouest, mais aussi ses principales fragilités logistiques. Saturation routière chronique, délais imprévisibles, coûts informels et pertes de compétitivité y constituent désormais des contraintes structurelles. Dans ce contexte, AFROPAX, un projet de ferry côtier porté par le secteur privé, ambitionne de repositionner la voie maritime comme solution complémentaire au tout-routier.
Une réponse privée à une impasse logistique régionale
Prévu pour être basé au Ghana, le projet AFROPAX propose de relier par mer les principales villes côtières entre Abidjan et Lagos. Le projet repose sur des navires RoPax, conçus pour combiner fret roulant et transport de passagers, offrant ainsi une solution logistique plus fluide et moins exposée aux aléas routiers.
Dès la première annonce publique du projet en novembre 2025, le président ghanéen John Dramani Mahama insiste sur cette logique de complémentarité. « Un opérateur maritime du secteur privé nous a récemment approchés pour mettre en place un service de ferry pour les pays de la côte ouest-africaine, basé ici à Tema. Les ferries transporteront des véhicules, des passagers et des marchandises entre le Ghana et d’autres États ouest-africains », explique-t-il.
Dans la foulée, en décembre, un protocole d’accord est signé entre Ahorlu Marine Limited, une compagnie ghanéenne du transport maritime en charge du développement du projet et le Ministère ghanéen des initiatives présidentielles spéciales.
Au-delà de l’innovation modale, le projet entend contourner les rigidités du corridor terrestre, que le chef de l’État décrit sans détour : « Vous pouvez aller en ferry avec vos marchandises jusqu’au Nigeria et éviter tous ces points de contrôle où vous devez payer de petits “impôts” à toutes sortes d’agents ». Autrement dit, la mer est envisagée comme un espace de fluidité là où la route est devenue un facteur de friction.
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Le cadre posé comprend la construction ou l’adaptation de terminaux dédiés dans certains ports du corridor, ainsi que l’installation d’un système numérique de gestion du trafic et des opérations. Le projet vise explicitement à soutenir les échanges régionaux, notamment pour les petits commerçants transfrontaliers, en réduisant les coûts de transport et l’incertitude liée aux déplacements terrestres.
Cette structuration public-privé traduit une approche pragmatique : l’État crée un environnement favorable, tandis que le risque opérationnel et la conduite du projet restent entre les mains du porteur privé. Une logique cohérente dans un contexte budgétaire contraint, mais qui renvoie désormais AFROPAX à l’épreuve de l’exécution.
AFROPAX face aux limites du tout-routier
Les derniers développements confirment que le projet AFROPAX entre désormais dans une phase plus technique. Un cabinet de conseil maritime a été mandaté pour accélérer sa mise en œuvre, avec des essais prévus dès 2026. Le ferry côtier se positionne ainsi comme un élément potentiel d’un futur système logistique multimodal en Afrique de l’Ouest.
Selon la Banque africaine de développement, l’axe Abidjan–Lagos concentre près des trois quarts des échanges commerciaux de la sous-région. Ces dernières années, les dirigeants des États côtiers de la CEDEAO ont multiplié les initiatives pour fluidifier le corridor terrestre.
Dans ce contexte, AFROPAX ne cherche ni à remplacer la route ni à concurrencer les grands projets d’infrastructures terrestres en cours. L’objectif est plutôt de redistribuer une partie des flux, d’alléger les goulets d’étranglement et d’offrir une alternative crédible aux acteurs économiques les plus exposés aux perturbations actuelles.
La question clé reste la viabilité économique et opérationnelle du projet dans un environnement portuaire, réglementaire et sécuritaire complexe. Touchés par la piraterie maritime il y a quelques années, les États du golfe de Guinée ont renforcé leurs dispositifs. En 2025, cette menace est tombée à son niveau le plus bas depuis trente ans, selon l’Institut d’études de sécurité (ISS), un signal rassurant pour les investisseurs potentiels.
Pour l’heure, le coût global de l’initiative n’a pas été communiqué.