Nickel : comme la RDC avec le cobalt, l’Indonésie veut ajuster l’offre pour faire remonter les prix

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

la part de l’Indonésie dans l’offre mondiale de nickel atteint désormais 70 %, contre environ 30 % il y a cinq ans.
DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

la part de l’Indonésie dans l’offre mondiale de nickel atteint désormais 70 %, contre environ 30 % il y a cinq ans.
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L’Indonésie veut réduire sa production de nickel en 2026. Premier fournisseur mondial de ce métal utilisé dans la production d’acier inoxydable et dans les batteries pour véhicules électriques, le pays entend par cette mesure stimuler des prix qui ont fortement chuté ces dernières années. La démarche indonésienne n’est pas sans rappeler celle de la RDC, qui domine l’approvisionnement mondial en cobalt, comme Jakarta domine celui en nickel.
Depuis le début de la décennie, l’Indonésie a consolidé sa mainmise sur le marché mondial du nickel, grâce à une interdiction d’exportation imposée en 2020 sur le minerai brut. Cela a non seulement contribué à stimuler la construction de raffineries dans le pays, mais aussi la production de nickel. Selon le groupe de services financiers Macquarie, la part de l’Indonésie dans l’offre mondiale de nickel atteint désormais 70%, contre environ 30% il y a cinq ans.
Cette position dominante est d’ailleurs l’un des arguments avancés par les défenseurs de l’accord de libre-échange signé en septembre 2025 entre l’Union européenne et l’Indonésie, qui y voient un moyen de faciliter l’approvisionnement européen en minéraux critiques. L’Indonésie a assuré aussi 12 % de l’offre mondiale de cobalt en 2024, une part qui pourrait atteindre 22 % d’ici 2030, selon le Cobalt Institute.
« L’UE vise à garantir à long terme l’approvisionnement en matières premières essentielles et en énergie des entreprises européennes. Un accès stable et prévisible à des matières telles que le nickel et le cobalt, associé à un approvisionnement plus facile, promet de nouvelles opportunités pour les entreprises européennes », explique le cabinet de conseil SEC Newgate EU, basé à Bruxelles. À Weda Bay, le français Eramet exploite d’ailleurs en Indonésie la plus grande mine de nickel au monde.
La progression de la part de marché de l’Indonésie s’est faite au prix d’une explosion de la production de nickel. La multiplication de fonderies dans le pays a stimulé la demande, au point où ces dernières doivent importer du minerai pour faire fonctionner leurs installations. Au cours des dix premiers mois de 2024 par exemple, Jakarta a importé environ 7 millions de tonnes de minerai de nickel depuis les Philippines. Cette surproduction de nickel sur le marché a conduit à un excédent, que Macquarie ne voit pas se résorber avant 2030.
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Selon l’International Nickel Study Group, cet excédent résulte surtout d’un décalage persistant entre l’offre qui continue de croître rapidement, largement tirée par l’Indonésie, et une demande qui progresse plus lentement que prévu. En octobre dernier, l’organisation a indiqué que la production mondiale de nickel primaire devrait s’établir à 3,81 millions de tonnes en 2025, contre 3,53 millions de tonnes en 2024, avant d’atteindre 4,08 millions de tonnes en 2026.
En face, la consommation mondiale progresse plus lentement, passant de 3,41 millions de tonnes en 2024 à 3,60 millions de tonnes en 2025 et 3,82 millions de tonnes en 2026. Si la demande du secteur de l’acier inoxydable continue de croître, l’utilisation du nickel dans les batteries avance moins vite, sous l’effet de la montée en puissance de chimies alternatives comme le lithium-fer-phosphate (LFP) et d’une demande plus soutenue pour les véhicules hybrides rechargeables que pour les véhicules 100 % électriques.
« Les batteries LFP sont 50 % moins chères que les batteries contenant du nickel. Les batteries au nickel continueront de se développer, mais uniquement dans les véhicules haut de gamme, selon nous », estime Jim Lennon, analyste chez Macquarie.
Ce déséquilibre maintient le marché mondial en situation d’excédent, avec des surplus estimés à 112 000 tonnes en 2024 et appelés à s’élargir à 209 000 tonnes en 2025 puis 261 000 tonnes en 2026. Un excédent qui se traduit dans les prix du nickel, avec le contrat pour livraison dans trois mois qui est tombé à 14 263 dollars la tonne mi-décembre 2025 sur la bourse des métaux de Londres (LME), contre plus de 21 000 dollars en mai 2025.
C’est dans ce contexte que le ministre indonésien de l’Énergie et des Ressources minérales, Bahlil Lahadalia, a annoncé fin décembre 2025 une réduction de la production de nickel de son pays en 2026. Dans le pays, les activités des compagnies minières sont soumises à des quotas et c’est sur ces derniers que le gouvernement peut agir pour réduire l’offre. Concrètement, les compagnies doivent transmettre aux autorités les volumes de minerai qu’elles envisagent d’extraire sur l’année, et il revient à l’État de les approuver ou d’imposer des limites.
À l’annonce de cette mesure, le contrat de nickel pour livraison dans trois mois a progressé de plus de 6% à la LME. Sur un marché excédentaire, les politiques de réduction de l’offre d’une matière première peuvent en effet stimuler les prix à la hausse. Ce fut le cas en 2025 avec l’embargo mis en place par la RDC sur ses exportations de cobalt. Instaurée en février 2025 et levée officiellement en octobre, la mesure a coïncidé avec une hausse de plus de 100 % des prix du cobalt. Kinshasa a depuis décidé de remplacer l’embargo par des quotas pour les compagnies produisant le métal, afin de relancer les exportations tout en continuant à contrôler l’offre.
Dans le cas de l’Indonésie, les prochains mois seront édifiants sur l’étendue des restrictions sur l’offre et leur impact éventuel sur le marché, aussi bien en matière de réduction de l’excédent que de hausse des prix. Si le ministre Bahlil Lahadalia n’a pas chiffré les réductions envisagées au niveau de la production, des sources citées par Bloomberg prévoyaient déjà une limitation des quotas depuis fin 2024. À l’époque, la quantité de minerai que les mineurs seraient autorisés à extraire sur l’année 2025 était estimée à 150 millions de tonnes, contre 272 millions en 2024.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin