Machines agricoles : le groupe italien Argo Tractors élargit son empreinte en Afrique
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Seules 27 % des terres arables sont actuellement cultivées avec des tracteurs en Ethiopie.
Photo DR
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Seules 27 % des terres arables sont actuellement cultivées avec des tracteurs en Ethiopie.
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Le groupe italien Argo Tractors vient de franchir une nouvelle étape dans sa stratégie africaine en s’ouvrant au marché éthiopien. Sa filiale McCormick Tractors a conclu la semaine dernière un accord avec le conglomérat local Kerchanshe Group, qui devient distributeur exclusif de ses tracteurs en Éthiopie.
Lors de la cérémonie de lancement à Addis-Abeba, les parties prenantes ont présenté le partenariat comme un appui direct à la stratégie nationale de mécanisation, qui vise à élargir l’accès à des machines plus performantes et à renforcer la sécurité alimentaire. Kerchanshe a créé une division dédiée pour structurer la distribution et le service après-vente, essentiels dans un marché où l’accès aux pièces et aux réparations conditionne souvent l’adoption de nouvelles technologies.
« La modernisation agricole de l’Éthiopie nécessite des équipements robustes, fiables et technologiquement avancés. Ce partenariat permet à Kerchanshe de mettre à la disposition des agriculteurs et opérateurs commerciaux des machines éprouvées et reconnues à l’échelle mondiale », a commenté Israel Degefa, directeur général de la société.
Cette implantation en Éthiopie permet au groupe italien de s’étendre sur un continent où il était jusqu’ici principalement présent en Afrique australe à travers sa filiale Argo Tractors South Africa. La firme y dispose d’une infrastructure logistique et technique conséquente, inaugurée en 2022, qui lui sert de base régionale.
Selon le média local Engineering News, le site de Kempton Park couvre 16 000 m2 dont un bâtiment comprenant un showroom, des espaces de formation et une zone d’assemblage capable de produire 2 000 tracteurs par an. La filiale y gère également un stock de pièces afin d’améliorer la disponibilité des machines dans toute la région.
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Argo Tractors South Africa dessert plusieurs marchés d’Afrique australe et orientale et soutient des réseaux de distribution couvrant des pays comme le Zimbabwe, le Mozambique, la Zambie, la Tanzanie ou encore l’Angola.
Le partenariat conclu pour approvisionner le marché éthiopien arrive dans un contexte où l’agriculture représente 34% du produit intérieur brut du pays et reste une source majeure d’emplois.
Malgré ce poids économique, le recours à la mécanisation reste limité, une majorité de producteurs dépendant encore du travail manuel ou de systèmes de traction animale. Selon les estimations officielles, sur une superficie totale de 18,4 millions d’hectares de terres arables en Éthiopie, seulement 27% sont actuellement cultivées à l’aide de tracteurs.
Les autorités ont engagé une stratégie de modernisation visant à tripler l’usage des équipements agricoles. Ce plan inclut un développement du parc de tracteurs, mais aussi une expansion significative du nombre de moissonneuses-batteuses utilisées à l’échelle nationale. Le gouvernement a par ailleurs adopté depuis 2019 une politique fiscale favorable à l’importation des machines agricoles et des équipements associés, afin de soutenir l’émergence de services de location destinés aux petits exploitants.
Au-delà de l’Éthiopie, c’est sur l’ensemble du continent que la mécanisation agricole progresse. Selon Mordor Intelligence, le marché africain des tracteurs agricoles devrait passer de 3,20 milliards dollars en 2025 à 4,65 milliards dollars d’ici 2030. Le cabinet explique la prévision par plusieurs facteurs parmi lesquels on retrouve des politiques gouvernementales qui encouragent l’investissement, le développement de modèles économiques fondés sur la location d’équipements et par l’essor des technologies agricoles adaptées aux défis climatiques.
Pour un groupe comme Argo Tractors, cet environnement représente une opportunité de renforcer sa présence sur des marchés où la demande croît rapidement. La capacité du groupe à accompagner durablement ses partenaires, à développer un réseau de maintenance solide et à s’inscrire dans les priorités nationales de modernisation sera déterminante pour mesurer l’impact réel de cette nouvelle implantation.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin