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La Tribune Afrique

La Guinée accueille un second câble sous-marin de fibre optique, riche d'enjeux

Photo de Muriel Edjo

Muriel EDJO, Agence Ecofin

Publié le 18 mai 2026 à 12:59

Avec Medusa, la Guinée se dote d’une redondance destinée à limiter les risques de coupures massives, de ralentissements prolongés d'internet, et de perturbations pour les administrations, banques et entreprises.

Avec Medusa, la Guinée se dote d’une redondance destinée à limiter les risques de coupures massives, de ralentissements prolongés d'internet, et de perturbations pour les administrations, banques et entreprises.

DR

Le Quotidien Numérique

04 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Inscrit parmi les priorités du programme Simandou 2040, le numérique continue de gagner en importance dans l’agenda public guinéen. Les autorités entendent s’appuyer sur de nouvelles infrastructures pour soutenir les ambitions de développement national.

La Guinée a officiellement rejoint le système sous-marin de fibre optique Medusa, à travers un accord de construction et de maintenance signé le mercredi 6 mai dernier. L’opération doit lui offrir une deuxième liaison internationale en fibre optique, plus de dix ans après son raccordement au câble Africa Coast to Europe (ACE), resté jusqu’ici sa principale porte d’entrée vers l’internet mondial. Pour Conakry, l’enjeu dépasse le seul aspect technique. Il touche à la résilience économique, à la souveraineté numérique et à l’attractivité du territoire.

Le premier intérêt stratégique tient de la sécurisation de la connectivité internationale. En s’appuyant essentiellement sur le câble ACE depuis 2014, la Guinée est restée exposée aux incidents pouvant affecter une seule route de transit, comme cela a été le cas lors des pannes survenues le 14 mars 2024 en Afrique de l’Ouest et qui ont fait chuter le trafic internet dans plusieurs pays africains. Avec Medusa, le pays se dote d’une redondance destinée à limiter les risques de coupures massives, de ralentissements prolongés et de perturbations pour les administrations, les banques, les opérateurs télécoms et les entreprises.

Les autorités guinéennes présentent d’ailleurs ce second atterrissement comme une réponse directe à cette dépendance.

Sécurité du trafic et baisse des prix

Cet aspect est central dans une économie où les paiements, les services publics, les échanges commerciaux et une part croissante de l’activité entrepreneuriale reposent sur Internet. Chaque interruption importante pénalise les transactions, freine la productivité et détériore la confiance des investisseurs nationaux et internationaux dans le numérique. Le second câble apparaît ainsi comme une forme d’assurance infrastructurelle pour une économie en transition numérique, à l’heure où la fiabilité des réseaux devient un critère de compétitivité.

L’autre enjeu majeur est celui du coût. L’augmentation de la capacité internationale et la diversification des routes d’acheminement peuvent contribuer à réduire les prix de gros de la connectivité. Une étude de la Banque mondiale publiée en 2024 montre qu’un doublement de la bande passante internationale peut entraîner une baisse allant jusqu’à 14 % des prix du haut débit fixe et jusqu’à 21 % pour le haut débit mobile. Pour la Guinée, cette perspective est importante dans un marché où l’accessibilité du numérique reste encore limitée.

Si cette baisse potentielle se transmet au marché intérieur, elle pourrait soutenir plusieurs segments de l’économie. Un internet plus abordable et plus stable favoriserait l’essor du e-commerce, des fintechs, de l’éducation en ligne, de la dématérialisation administrative et, plus largement, de l’économie de la donnée. Cela renforcerait aussi la compétitivité des petites et moyennes entreprises (PME) locales, souvent freinées par la qualité de service et le coût de la bande passante.

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La Banque mondiale souligne d’ailleurs que l’effet prix dépend fortement de la capacité des marchés nationaux à répercuter ensuite les gains de connectivité sur les populations.

Un enjeu de souveraineté

Le projet a aussi une portée géo-économique. La société guinéenne de large bande (GUILAB) agira comme landing party du câble Medusa et en assurera la gestion, l’exploitation et la maintenance. Le Premier ministre Amadou Oury Bah a présenté le projet comme un impératif pour la souveraineté et la sécurité nationale, tout en rappelant que le développement numérique est désormais lié à la compétitivité économique du pays. Dans le programme national de développement Simandou 2040, le numérique est l’un des leviers de la croissance économique projetée par le gouvernement.

Mais l’effet transformateur du câble dépendra aussi de ce qui sera fait à terre. La nouvelle capacité internationale ne produira pleinement ses effets que si la fibre nationale est étendue et mieux maillée, afin que la bande passante soit distribuée au-delà de Conakry. Les autorités ont d’ailleurs insisté sur l’accélération du déploiement du réseau national de fibre optique pour améliorer la répartition de la capacité sur l’ensemble du territoire.

En somme, l’arrivée de Medusa ne constitue pas seulement un nouvel investissement télécom. Elle représente pour la Guinée un levier de sécurisation de son économie numérique, un possible facteur de croissance économique dans un contexte où la connectivité devient un critère de compétitivité.

Muriel EDJO, Agence Ecofin

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