Cobalt : derrière la RDC, de nouvelles sources se dessinent en Afrique et ailleurs

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Le projet namibien Opuwo illustre la diversification des sources de cobalt face à la domination congolaise.
DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Le projet namibien Opuwo illustre la diversification des sources de cobalt face à la domination congolaise.
DR
En Namibie, l'australien Celsius Resources a annoncé le 30 juin la vente au chinois Chinalco Mining Corporation de son projet de cuivre-cobalt Opuwo, qu'il présente comme « le plus important gisement de cobalt hors de la RDC ». Cette opération rappelle qu’en dehors du premier producteur mondial qui a durci ces derniers mois les conditions d'exportation du métal, plusieurs pays africains disposent d’un potentiel susceptible de contribuer à la diversification des sources d'approvisionnement mondiales en cobalt.
Le projet Opuwo renferme des ressources estimées à 259 000 tonnes de cobalt contenu, en plus de près d'un million de tonnes de cuivre, selon son propriétaire. Il est soumis à plusieurs conditions, dont l’approbation des actionnaires de Celsius et des autorités namibiennes et chinoises. Le montant de l'opération reste modeste, 15 millions de dollars (environ 13 millions d'euros), mais son intérêt tient surtout au contexte dans lequel elle intervient.
La Chine demeure très présente en RDC, notamment via le CMOC qui est le premier producteur mondial de cobalt devant le suisse Glencore. Mais l’achat d’un actif comme Opuwo montre que les industriels chinois continuent aussi d’explorer des options hors du premier producteur mondial, afin de sécuriser des ressources dans la durée et de limiter leur exposition à un cadre réglementaire congolais devenu plus interventionniste.
Le calendrier renforce cette lecture. Le 29 juin, Reuters a rapporté que la RDC allait retirer aux opérateurs les quotas d’exportation de cobalt non utilisés au premier semestre 2026, pour les réaffecter à une entité contrôlée par l’État. L’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques, qui a mis en place en février 2025 un embargo sur les exportations (remplacé depuis par des quotas), a précédemment indiqué que ces volumes serviraient des projets d’intérêt national, dont la transformation locale.
En Afrique, la diversification de l’approvisionnement en cobalt reste limitée mais progresse. La Zambie produit peu de cobalt (353 tonnes en 2025), mais cherche à se positionner sur la transformation. Le projet de raffinerie de cobalt de Kobaloni Energy, retenu en 2025 parmi les projets stratégiques de l'Union européenne pour les matières premières critiques, prévoit une capacité initiale de 6 000 tonnes par an de sulfate de cobalt.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

L'Afrique du Sud et le Maroc représentent aussi une part marginale de la production minière africaine de cobalt, mais produisent déjà du cobalt raffiné. Madagascar dispose également d'une présence dans l’extraction et le raffinage, et sa part atteignait près de 2% de l’offre mondiale de cobalt raffiné en 2025, selon le Cobalt Institute. Ces capacités ne changent pas l’équilibre continental, car la RDC concentre encore environ 97 % des réserves africaines connues de cobalt. Mais la diversification de l'approvisionnement mondial se joue aussi hors d’Afrique.
Le dauphin de la RDC est aujourd'hui l'Indonésie, où le cobalt est récupéré comme sous-produit du nickel. Selon le Cobalt Institute, la part de marché de l'Indonésie a atteint 14 % en 2025, et le pays est appelé à devenir la première source de croissance de l'offre mondiale d'ici 2030, avec 109 000 tonnes supplémentaires attendues sur cinq ans, contre 99 000 tonnes pour la RDC.
À court terme, cette progression indonésienne ne menace pas le leadership congolais. Mais combinée à l'émergence de nouveaux projets comme Opuwo en Namibie, elle montre que les industriels cherchent à réduire leur exposition à un marché dont les équilibres restent fortement influencés par des décisions réglementaires. Pour la RDC, l’un des enjeux à moyen terme est de transformer la position ultra-dominante qu’elle conserve en avantage industriel durable. Car si les restrictions actuelles soutiennent les revenus du pays, avec une hausse de 160 % des prix du cobalt depuis février 2025, elles peuvent aussi accélérer les efforts de diversification des acheteurs et l’adoption de chimies de batteries moins dépendantes du cobalt.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin