Agro-industrie : la Côte d'Ivoire lance son interprofession pour muscler la filière manioc

Espoir Olodo, Agence Ecofin

Attiéké, semoule de manioc emblématique de la Côte d’Ivoire, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.
DR

Espoir Olodo, Agence Ecofin

Attiéké, semoule de manioc emblématique de la Côte d’Ivoire, inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco.
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En Côte d’Ivoire, la filière manioc franchit un nouveau cap au niveau institutionnel avec le lancement officiel, mardi 27 janvier à Abidjan, de l’Organisation interprofessionnelle agricole de la filière manioc (OIA Manioc).
Cette étape vient clore un processus engagé depuis novembre 2025 et traduit une volonté partagée de structurer une filière longtemps marquée par la dispersion des acteurs et la prédominance de l’informel.
Selon Yedoh Kévin Nomel, président du conseil d’administration de l’interprofession, l’OIA Manioc prévoit sur les trois prochaines années, de renforcer sa gouvernance, d’établir une cartographie précise de la filière et de mettre en place des mécanismes de collecte de données et de traçabilité.
La nouvelle organisation entend aussi œuvrer à la structuration de mécanismes de financement adaptés aux différents maillons et à la sécurisation des contrats d’approvisionnement entre producteurs, transformateurs et acheteurs.
Si ce lancement donne un nouvel élan à la structuration de la filière, il s’inscrit surtout dans un mouvement plus large qui, au-delà de l’organisation des acteurs, mise aussi sur le renforcement de la recherche agronomique, l’amélioration de la productivité et le développement d’une transformation à plus forte valeur ajoutée.
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En mai 2025, le gouvernement a ainsi annoncé l’obtention de deux prêts d’un montant total de 45,9 milliards FCFA (environ 70 millions d'euros) auprès de la Banque islamique de développement (BID), destinés à financer le Projet de développement de la chaîne de valeur du manioc. Ce programme vise à améliorer la résilience du système de production, renforcer la sécurité alimentaire et nutritionnelle et valoriser 40 000 hectares de terres agricoles, l’aménagement de périmètres irrigués dédiés à la multiplication de boutures, ainsi que le développement d’unités de transformation.
Au niveau de la recherche, en septembre 2025, l’Agence de développement de la filière manioc (ADFMA) a noué un partenariat avec le Centre régional d’excellence pour les phytopathogènes transfrontaliers (WAVE). Cette collaboration a pour objectif de lutter contre les maladies et à réduire des pertes post-récolte estimées à près de 40% de la production nationale.
Selon l’ADFMA, alors qu’un hectare de manioc devrait produire entre 25 et 35 tonnes, les rendements observés se situent souvent entre 10 et 18 tonnes. Une contre-performance liée entre autres à la pression de maladies comme la striure brune du manioc ou la mosaïque africaine, susceptibles d’entraîner des pertes totales dans certaines zones.
Dans la première économie de l’UEMOA, ces différents efforts sont à mettre en lien avec la place stratégique qu’occupe le manioc tant sur le plan alimentaire qu’économique. Cultivé dans l’ensemble des régions du pays, le tubercule constitue l’un des piliers de la sécurité alimentaire nationale, en particulier pour les ménages ruraux et urbains à revenus modestes.
Selon les données de la FAO, sa consommation par tête dépasse les 100 kg par an, soit plus que le riz (84 kg) avec une gamme de produits transformés, au premier rang desquels figure l’attiéké, aliment emblématique consommé quotidiennement par des millions de personnes. Une étude du Cirad publiée en novembre 2017 estimait, quant à elle, à 514 milliards FCFA (783,5 millions €) la valeur ajoutée directe générée par l’ensemble de la chaîne de valeur du manioc.
D’après les données officielles, la production nationale de manioc a progressé de plus de 30 % en cinq ans, passant de 6,4 millions de tonnes en 2020 à 8,4 millions de tonnes en 2024. Un niveau qui confirme la dynamique de croissance de la filière mais qui reste encore en retrait par rapport aux performances de ses voisins sous-régionaux. Au Nigeria, premier producteur mondial, l’offre dépasse les 60 millions de tonnes par an alors qu’elle avoisine 25 millions de tonnes au Ghana, d’après la FAO.
Espoir Olodo, Agence Ecofin