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L'or, moteur des exportations au Ghana, alors que le FMI invite à la prudence

Photo de Idriss Linge

Idriss Linge, Agence Ecofin

Publié le 21 mai 2026 à 11:30

Ruben Atoyan, chef de la division Afrique du FMI.

Ruben Atoyan, chef de la division Afrique du FMI.

Sarajevo Times

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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L'or a représenté 62,9% des exportations ghanéennes en 2025, soit 20,9 milliards de dollars sur un total de 31,1 milliards de dollars. Ce poids inédit a permis le retour à la stabilité financière du pays et sa sortie du programme du FMI en mai. Les services du Fonds ont toutefois demandé aux autorités de surveiller les risques associés au programme d'achat d'or de la banque centrale.

Le Conseil de stabilité financière ghanéen, qui réunit la Banque du Ghana, le ministère des Finances et les régulateurs sectoriels, vient de publier sa revue annuelle. Le rapport décrit un système financier revenu à la stabilité après le défaut souverain de 2023. Le produit intérieur brut a progressé de 6% en 2025 contre 5,8% en 2024, l'inflation est passée de 23,8% en décembre 2024 à 5,4% un an plus tard, et la dette publique a baissé de 61,8% à 45,3% du PIB en douze mois, selon les données reprises dans le document. Les exportations totales du pays ont atteint 31,1 milliards de dollars en 2025, contre 19,1 milliards en 2024, selon les données économiques publiées par la Banque du Ghana le 27 janvier 2026. L'or a apporté 20,9 milliards de cette somme, en hausse de 103 % sur un an. Le cacao a rapporté 3,8 milliards et le pétrole 2,6 milliards.

Sur l'ensemble de l'année, le métal a représenté 62,9% des recettes d'exportation, selon le bulletin commercial publié par le Service ghanéen des statistiques en avril 2026. Les réserves de change de la banque centrale ont atteint 14,5 milliards de dollars en février 2026, soit près de six mois d'importations, selon le ministère des Finances. Le cedi (monnaie locale) s'est apprécié de 40,7 % face au dollar, 30,9% face à la livre sterling et 24% face à l'euro sur l'ensemble de 2025, selon la Banque du Ghana. Le Ghana Gold Board, créé en 2025 et dirigé par Sammy Gyamfi, a acheté environ 8 milliards de dollars d'or auprès du secteur artisanal entre janvier et octobre 2025, selon les chiffres communiqués lors de la Mining and Minerals Convention à Accra le 8 septembre 2025. L'organisme reverse l'intégralité de ses recettes en devises à la banque centrale.

Le FMI alerte sur le risque sur le bilan de la banque centrale

Le Fonds monétaire international a conclu le 15 mai 2026 un accord de services avec le Ghana sur la sixième et dernière revue du programme de la Facilité élargie de crédit de 3 milliards de dollars, signé en mai 2023, selon le communiqué de l’institution. Le programme sera officiellement clôturé en août 2026 après examen par le Conseil d'administration prévu fin juillet. Le Fonds a parallèlement annoncé la négociation d'un instrument de coordination de la politique économique de 36 mois pour accompagner la sortie de crise. Le communiqué a explicitement identifié le programme d'achat d'or de la Banque du Ghana, le Domestic Gold Purchase Programme, comme une source de risque à surveiller. «Les efforts pour protéger le bilan de la Banque du Ghana des risques quasi-budgétaires liés au DGPP et la reconnaissance budgétaire des coûts futurs contribueraient à renforcer la responsabilité et le contrôle», a déclaré l'équipe dirigée par Ruben Atoyan, chef de la division Afrique du FMI. Le Fonds a demandé aux autorités de renforcer le bilan de la banque centrale et d'assurer une transmission monétaire efficace. «La stabilisation et la résilience sont deux choses différentes. La priorité doit désormais être la résilience», a déclaré Ruben Atoyan lors du point presse à Accra le 15 mai, selon le compte rendu publié par The Business and Financial Times le 18 mai 2026.

Les services du Fonds ont également identifié des risques liés aux passifs éventuels des entreprises publiques, en particulier ceux de l'Electricity Company of Ghana, ainsi qu’à la situation du Cocobod, l'office du cacao. Le Conseil mondial de l'or, dans ses perspectives 2026 publiées en décembre 2025, a évalué entre 5% et 20% le scénario de correction des prix de l'or si la demande des banques centrales émergentes ralentit. Le cours moyen au premier trimestre 2026 s'est établi à 4 873 dollars l'once, selon le rapport Gold Demand Trends du Conseil. JPMorgan a maintenu sa cible de 5 055 dollars l'once pour le quatrième trimestre 2026. Le rapport du Conseil de stabilité financière ghanéen reconnaît par ailleurs que le ratio des prêts non performants des banques s'établit à 18,9% fin 2025, contre 21,8% un an plus tôt. La Banque du Ghana s'est donné pour objectif de ramener l'inflation à 10% d'ici fin 2026. Cinq banques sur vingt-trois étaient encore en deçà du seuil minimum de capital fin 2025, selon le discours du gouverneur Johnson Asiama, prononcé en décembre dernier au dîner annuel du Chartered Institute of Bankers.

Une exposition commerciale qui concerne directement l'Europe

Les exportations ghanéennes en 2025 se sont concentrées sur cinq destinations, qui ont absorbé 71,2% du total : les Émirats arabes unis (25,9%), l'Inde (16%), la Suisse (14,2%), l'Afrique du Sud (10,3%) et la Chine (4,9%), selon le bulletin commercial du Service ghanéen des statistiques, publié en avril 2026. Les Pays-Bas ont figuré en cinquième position des destinations du quatrième trimestre, avec 5,3 milliards de cedis, ce qui en fait le seul pays européen dans le peloton de tête. L'Union européenne demeure un partenaire commercial structurant. Selon les statistiques de la Direction générale du commerce de la Commission européenne, le commerce bilatéral UE-Ghana s'est élevé à 6,4 milliards d'euros en 2024, dernière année pour laquelle les chiffres consolidés d’Eurostat sont disponibles. Les importations européennes en provenance du Ghana ont atteint 3 milliards d'euros, à 57% composées de produits agricoles. Les exportations européennes vers le Ghana ont totalisé 3,4 milliards d'euros, pour 79% de biens industriels.

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La filière du cacao alimente principalement les chocolatiers allemands, néerlandais, belges et français. Le Ghana Cocoa Board a chiffré à 19 000 hectares les surfaces de cacaoyères perdues au profit de l'orpaillage en 2025. Le règlement européen sur la déforestation, dont l'application progressive a démarré fin 2025, exige des importateurs européens une preuve de traçabilité attestant que les cargaisons ne proviennent pas de zones nouvellement déforestées. Le FMI a précisé dans son communiqué du 15 mai que «des réformes plus profondes sont nécessaires pour traiter les vulnérabilités structurelles» de la filière du cacao.

La Banque mondiale a publié en décembre dernier le document conceptuel du Ghana Market Access and Connectivity Program, un projet de 400 millions de dollars de crédit IDA dont l'approbation est prévue le 17 juin prochain. Le programme financera la réhabilitation de 1000 kilomètres de routes rurales sur une présélection de 5000 km établie par le Département ghanéen des routes de desserte, pour désenclaver les bassins agricoles, en particulier ceux du cacao, du maïs et du manioc.

Le ministre des Finances Cassiel Ato Forson a indiqué le 15 mai à Accra que le budget 2026 ne prévoit aucun emprunt international. «Nous ne sommes pas pressés de retourner sur les marchés de capitaux», a-t-il déclaré lors du point presse conjoint avec le FMI, selon le compte rendu de The Business and Financial Times. La notation souveraine du Ghana a remonté à «B» avec perspective positive après cinq relèvements consécutifs depuis le défaut de 2022. Le Conseil d'administration du FMI examinera le dossier ghanéen fin juillet prochain.

Idriss Linge, Agence Ecofin

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