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Côte d'Ivoire : la rigueur budgétaire à l'épreuve du pouvoir d'achat des ménages

Photo de Idriss Linge

Idriss Linge, Agence Ecofin

Publié le 18 février 2026 à 17:30

En moins de 3 ans, la Côte d’Ivoire ainsi mobilisé près de 4,8 milliards de dollars de financements du FMI.

En moins de 3 ans, la Côte d’Ivoire ainsi mobilisé près de 4,8 milliards de dollars de financements du FMI.

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La Côte d’Ivoire entre désormais dans une phase plus exigeante. Assurer un lien durable entre la discipline budgétaire, le dynamisme entrepreneurial et l’amélioration des revenus des ménages suppose un ajustement délicat de la pression fiscale et une allocation efficace du crédit.

Le 4 décembre dernier, le Fonds monétaire international (FMI) a validé une nouvelle étape de son programme d’aide au pays, ouvrant la voie au versement immédiat d’environ 840 millions de dollars.

Depuis le lancement de ce programme en mai 2023, le pays a ainsi mobilisé près de 4,8 milliards de dollars de financements du FMI, dont 3,5 milliards dans le cadre des principaux accords de soutien budgétaire et 1,3 milliard destiné aux projets liés à la résilience et au climat, selon un rapport publié le 11 février dernier.

Trajectoire favorable

Les projections confirment une trajectoire favorable : la croissance atteindrait 6,3% en 2025 après 6% en 2024. L’inflation a fortement reculé, avec une moyenne de 0,16% sur les neuf premiers mois de l’année, et devrait s’établir à 1% sur l’ensemble de 2025, contre 3,4% en 2024. Le déficit budgétaire a été ramené à 3% du PIB, ce qui respecte le plafond de l’UEMOA, après 4% en 2024 et 5,2% en 2023. Les recettes fiscales représentent 15% du PIB en 2025 et devraient progresser à 15,7% en 2026, avec un objectif de 20% à moyen terme dans le cadre de la Stratégie de mobilisation des recettes à moyen terme (MTRS) adoptée en mai 2024.

Sur le plan extérieur, la situation s’est nettement améliorée. Les exportations ont progressé de 49% en valeur au cours des neuf premiers mois de 2025, soutenues par la hausse des prix du cacao et de l’or, ainsi que par le développement des hydrocarbures et des produits miniers. Le déficit courant s’est réduit à 1,6% du PIB en 2025, contre 4% en 2024 et 8,2% en 2023.

Les réserves de change de l’UEMOA s’élevaient à 31,6 milliards de dollars en septembre 2025, soit l’équivalent de 5,8 mois d’importations. Le secteur bancaire reste solide : les créances nettes improductives ont reculé à 1,5% du total des crédits à fin 2024, un niveau historiquement bas. La masse monétaire a progressé de 13,6%, pour atteindre 19 814 milliards de FCFA à fin 2024, portée notamment par la hausse des créances sur l’économie de 16,2%.

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Cette stabilité constitue un acquis important. Mais elle marque aussi le début d’une nouvelle phase. La consolidation des finances publiques n’est qu’une première étape. L’enjeu consiste désormais à faire pleinement bénéficier les ménages, les entreprises locales et les partenaires commerciaux de cette stabilité retrouvée.

Dans une économie où la consommation privée joue un rôle moteur, le niveau de revenu disponible devient déterminant. Le FMI souligne que la croissance en 2025 a été soutenue par la hausse des revenus agricoles. Toutefois, avec un PIB par habitant de 2 710 dollars et un taux de pauvreté de 37,5 %, la progression du pouvoir d’achat demeure un défi central. L’emploi informel, bien qu’en recul, représentait encore 89,2 % de l’emploi total en 2019 selon l’OIT. En 2023, 77 % des entreprises déclaraient faire face à la concurrence du secteur informel, d’après la Banque mondiale.

Du cacao au crédit bancaire, les maillons sensibles de la chaîne

La Côte d’Ivoire demeure le premier producteur mondial de cacao. Cependant, le rapport du FMI indique que la production a été inférieure aux tendances historiques au premier semestre 2025, en raison de conditions climatiques défavorables et de la maladie du swollen shoot. Les revenus ruraux restent exposés à la volatilité des prix internationaux et aux aléas climatiques, alors qu’ils alimentent une part importante de la demande intérieure.

La structure des investissements étrangers apporte un autre éclairage. Selon le CEPICI, les investissements directs étrangers agréés ont atteint 664 millions d’euros en 2024, en baisse de 7,4% par rapport aux 718 millions d’euros de 2023.

L’agroalimentaire et l’agroindustrie concentrent 38,9% des IDE, suivis des télécommunications (20,7%) et de l’industrie manufacturière (10,6%).

Les principaux pays investisseurs sont l’Île Maurice (202,5 millions d’euros), la France (81,1 millions d’euros), Singapour (80,5 millions d’euros), le Royaume-Uni (50,2 millions d’euros) et le Maroc (49,2 millions d’euros). Ces investissements apportent du capital et de la technologie. Leur pérennité dépend toutefois du dynamisme du marché local. Si la demande intérieure ralentit, les flux de capitaux peuvent se rediriger vers d’autres marchés.

Concernant le financement de l’économie, les créances sur l’économie ont atteint environ 19,4 milliards d’euros à fin 2024, contre 15 milliards d’euros en 2022, soit une progression d’environ 30% en deux ans. Cela traduit un effort significatif de financement du secteur privé.

Le défi consiste désormais à orienter davantage le crédit vers les PME, le financement des cycles d’exploitation et l’investissement productif, à mesure que la consolidation budgétaire réduit les besoins de financement public. Le solde global de la balance des paiements est redevenu excédentaire, à 3,4% du PIB en 2024 et à 3,5% en 2025, après un déficit de 2,5% en 2023. Les investissements directs nets représentaient 3,8% du PIB en 2024. L’investissement total est passé de 12 milliards d’euros en 2019 à 17 milliards d’euros en 2023, dont 13,7 milliards d’euros d’investissement privé.

Le Plan national de développement (PND) 2021-2025, évalué à 90 milliards d’euros, prévoit une contribution du secteur privé de 74%. À moyen terme, le FMI anticipe une croissance moyenne de 6,7% sur la période 2026-2030, avec un pic à 7% en 2029 lié à l’augmentation de la production pétrolière. La dette publique, projetée à 55% du PIB en 2026 contre 59,5% en 2024, suivrait une trajectoire baissière.

Le pays a également innové en devenant le premier État d’Afrique subsaharienne à accéder au marché obligataire japonais, avec une émission de 50 milliards de yens en juillet 2025, dans le respect des règles environnementales, sociétales et de gouvernance (ESG).

Idriss Linge, Agence Ecofin

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