Aéroport Houari Boumediene, à Alger. L’Algérie devient désormais le premier pays où les compagnies aériennes font face au plus gros volume de recettes bloquées.
Alors que l’Afrique cherche à développer sa connectivité aérienne, près de 93% des recettes mondiales que les compagnies ne parviennent pas à rapatrier sont aujourd’hui bloquées sur le continent, selon l’IATA, accentuant les risques pour le transport aérien et les échanges régionaux.
L’Afrique s’impose comme épicentre mondial des fonds aériens bloqués. D’après les dernières données publiées par l’Association du transport aérien international (IATA), 93% des recettes que les compagnies aériennes ne parviennent pas à rapatrier dans le monde sont immobilisées sur le continent et au Moyen-Orient, soit 1,03 milliard d’euros (1,2 milliard de dollars) au 31 octobre 2025.
Ces revenus proviennent des ventes de billets de passagers, de fret ou de services, et doivent pouvoir être convertis et rapatriés en dollars, conformément aux accords internationaux, indique l’IATA. Mais les transporteurs se heurtent à des pénuries de devises, à des contrôles renforcés des banques centrales et à des procédures administratives jugées « injustifiées » par l’IATA. Résultat, les compagnies internationales, déjà fragilisées par la faiblesse de la demande intérieure africaine et des coûts opérationnels élevés, voient leurs marges s’éroder davantage.
« Les compagnies ont besoin d’un accès fiable à leurs revenus pour poursuivre leurs opérations, payer leurs factures et maintenir une connectivité aérienne vitale » a exhorté Willie Walsh, directeur général de l’IATA, appelant les gouvernements africains à prioriser le secteur dans l’allocation des devises.
« Il est également dans l’intérêt des gouvernements de soutenir le rôle d’accélérateur économique que jouent les compagnies aériennes en connectant leurs économies au reste du monde. C’est pourquoi nous exhortons les gouvernements à faciliter le rapatriement efficace des fonds des compagnies aériennes et à en faire une priorité dans l’allocation des devises étrangères », a-t-il indiqué.
L’Algérie et l’Afrique centrale au cœur du blocage
Pour la première fois, l’Algérie devient le pays le plus problématique pour les transporteurs, avec 263 millions d’euros de recettes bloquées. Selon l’IATA, le gouvernement a instauré une nouvelle obligation d’approbation par le ministère du Commerce, rallongeant des procédures déjà complexes. L’organisation appelle à la suppression immédiate de ces barrières.
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Autre zone critique : l’Afrique centrale (Cameroun, Gabon, Congo, Tchad, Centrafrique, Guinée équatoriale), où 153 millions d’euros restent immobilisés. Malgré la légère baisse observée depuis avril 2025, les transporteurs dénoncent des retards persistants liés à la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC).
L’Angola (69,5 millions d'euros), le Mozambique (78 millions d'euros), l’Érythrée (67 millions d'euros), le Zimbabwe (57,5 millions d'euros) et l’Éthiopie (46 millions d'euros) complètent la liste des marchés africains les plus restrictifs. En toile de fond : des marchés fortement dollarisés, dépendants des importations et soumis à de fortes pressions sur leurs réserves de change.
Des risques non négligeables
Il faut dire que cette situation est de nature à faire peser des risques sur le secteur aérien africain qui, bien que ne représentant que 2% du marché mondial, dispose d’un potentiel de croissance considérable. A titre illustratif, le continent enregistre la croissance la plus élevée parmi toutes les régions sur le fret aérien, avec un volume transporté en octobre 2025 en hausse de 16,6 % par rapport à la même période de l’an dernier. Cette dynamique pourrait se renforcer avec la mise en œuvre complète du Marché unique du transport aérien africain (MUTAA) qui, en créant un espace aérien intégré, veut réduire les coûts et stimuler le trafic, dans un contexte où la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) se déploie et se consolide grâce au développement de hubs régionaux.
Dans cette configuration, le blocage des devises pourrait entraîner une réduction des fréquences, une augmentation des prix des billets, voire le retrait de compagnies internationales de certaines routes africaines. Des précédents existent : au Nigeria, après une crise similaire en 2022-2023, certaines entreprises avaient réduit leur présence ou exigé des paiements uniquement en dollars. Néanmoins, en avril 2024, Abuja a apuré environ 98% de sa dette envers les compagnies.
Dans le cadre de la ZLECAf, ces restrictions font peser un risque sur la stabilité de l’environnement financier, indispensable au fonctionnement durable des compagnies aériennes. Pour favoriser plus de transparence, l’IATA a annoncé la création d’une plateforme publique de suivi trimestriel des fonds bloqués.