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Malgré les incertitudes, l'américain Energy Fuels maintient son cap sur les terres rares à Madagascar

Photo de Emiliano Tossou

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Publié le 12 janvier 2026 à 18:36

Projet Vara Mada à Madagascar : l’étude de faisabilité actualisée confirme de solides perspectives économiques, avec une valeur estimée à 1,55 milliard €.

Projet Vara Mada à Madagascar : l’étude de faisabilité actualisée confirme de solides perspectives économiques, avec une valeur estimée à 1,55 milliard €.

Photo DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La publication d’une nouvelle étude de faisabilité confirme l’ambition d’Energy Fuels de faire du projet Vara Mada un maillon stratégique de l’approvisionnement occidental en terres rares. À Madagascar, l’industriel américain doit néanmoins naviguer dans un contexte politique incertain, des négociations fiscales encore ouvertes et des enjeux environnementaux toujours sensibles.

La compagnie minière américaine Energy Fuels a publié jeudi 8 janvier une étude de faisabilité actualisée pour son projet Vara Mada, anciennement connu sous le nom de Toliara, à Madagascar. Malgré un environnement politique devenu plus incertain, le groupe y confirme sa stratégie consistant à associer l’exploitation de sables minéraux, cœur historique du projet, à l’extraction de terres rares mises en évidence plus récemment.

Basée à Lakewood, dans le Colorado, Energy Fuels a pris le contrôle de Vara Mada en 2024 à la faveur du rachat de l’australien Base Resources. L’étude de faisabilité indique que le projet permettrait d’extraire en moyenne chaque année 959 000 tonnes d’ilménite, 66 000 tonnes de zircon et 8 000 tonnes de rutile, sur une durée de vie estimée à 38 ans. À cette production de sables minéraux s’ajouterait celle de 24 000 tonnes annuelles de monazite, l’une des principales sources des métaux de terres rares.

Ces derniers constituent un groupe de 17 métaux essentiels notamment aux véhicules électriques et aux éoliennes. Leur production reste largement dominée par la Chine, qui n’hésite pas à mobiliser cet avantage dans ses relations commerciales avec les États-Unis et l’Union européenne, en imposant des restrictions sur les exportations. Si le potentiel en sables minéraux de Vara Mada est documenté depuis plus de dix ans, l’intégration de la monazite au plan d’exploitation n’a été décidée qu’en 2023 par Base Resources. Ce choix avait alors doublé la valeur actuelle nette du projet, portée à 2 milliards de dollars après impôts (1,72 milliard d'euros). Selon la nouvelle évaluation d’Energy Fuels, cette valeur ressort désormais à 1,8 milliard de dollars (1,55 milliard d'euros).

Négociations en cours

Une fois la mine en service, la compagnie prévoit d’exporter la monazite vers les États-Unis afin de la transformer en oxydes de terres rares dans son usine de White Mesa Mill, destinée à approvisionner des clients commerciaux et gouvernementaux américains ainsi que ceux de pays alliés. À pleine capacité, Energy Fuels estime que la production issue de Vara Mada, combinée à celle de ses autres projets de sables minéraux lourds, pourrait couvrir jusqu’à 30 % de la demande américaine en oxydes de terres rares légères et 85 % de celle en oxydes de terres rares lourdes.

Avant d’atteindre ce stade, le projet doit encore franchir plusieurs étapes décisives, à commencer par son financement. Les dépenses prévues avant la décision finale d’investissement sont évaluées à 104 millions d'euros. Une fois cette décision prise, la première phase de la mine nécessiterait 660 millions d’euros supplémentaires, avant une seconde phase estimée à 122 millions d'euros. Dans l’intervalle, Energy Fuels indique poursuivre les discussions avec les autorités d’Antananarivo sur les conditions fiscales applicables au projet, un préalable indispensable à tout engagement définitif.

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En décembre 2024, la société avait signé un protocole d’accord avec le gouvernement malgache alors dirigé par le président Andry Rajoelina. Le texte prévoit une redevance unique de 5% sur les produits miniers ainsi qu’un engagement financier d’au moins 68,7 millions d'euros en faveur de projets sociaux et de développement. En contrepartie, l’État s’engageait à faciliter l’obtention des autorisations administratives nécessaires, notamment pour intégrer la monazite aux permis existants, et à garantir la stabilité juridique et fiscale du projet.

L’accord n’ayant pas encore été finalisé, le changement de pouvoir intervenu en octobre 2025 oblige désormais la compagnie à renégocier avec les nouvelles autorités issues du coup d’État qui a porté le colonel Michaël Randrianirina à la tête du pays.

Enjeux et incertitudes

Au-delà des négociations en cours, Vara Mada revêt aussi une dimension stratégique pour Madagascar, qui cherche à renforcer la contribution du secteur minier à son économie. Ce dernier représente environ 5% du produit intérieur brut, mais a été fragilisé ces dernières années par la baisse des prix du nickel et du cobalt, ainsi que par le ralentissement de la filière graphite, dont le pays est l’un des principaux producteurs africains.

« Le déficit du compte courant s'est creusé pour atteindre, selon les estimations, 5,4% du PIB en 2024 (contre 4,1% en 2023), principalement en raison de la faiblesse persistante de certains sous-secteurs miniers (nickel et cobalt) », soulignait le Fonds monétaire international dans un rapport de juillet 2025.

L’institution anticipe un redressement porté par le graphite et par une montée en puissance de la filière des terres rares, tout en appelant à la poursuite des réformes engagées. Un nouveau code minier adopté en 2023 prévoit notamment une participation gratuite de 10% de l’État dans tous les projets miniers, une disposition dont Vara Mada est exclu dans le cadre du protocole signé avec Energy Fuels. En attendant de savoir le sort réservé au protocole d’accord par les nouvelles autorités de l’île, rappelons que la compagnie américaine doit aussi composer avec les enjeux socio-environnementaux du projet.

Des préoccupations autour des avantages et risques du projet avaient déjà conduit à sa suspension en novembre 2019. L’ONG française CCFD-Terre Solidaire et son partenaire malgache CRAAD-OI alertent notamment sur la consommation d’eau du projet, jugée susceptible d’aggraver la pression hydrique dans la région au détriment des usages agricoles et domestiques. La société civile exprime également des inquiétudes concernant les risques d’émanations radioactives liées à l’exploitation de minerais contenant des terres rares.

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

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