La raffinerie de Kribi, au Cameroun, portée par Cstar, devrait générer 610 millions d'euros d’économies et 215 millions d'euros de revenus d’exportation par an.
Privé de capacité de raffinage depuis l’arrêt de la Sonara en 2019, le Cameroun mise sur la nouvelle raffinerie de Kribi pour alléger rapidement sa dépendance aux importations de carburants. Porté par un partenariat avec l’émirati Ariana Energy, le projet pourrait entrer partiellement en service dès 2026.
Attendue initialement en 2028, la mise en service de la nouvelle raffinerie de Kribi pourrait intervenir de manière anticipée dès le second semestre 2026 au Cameroun. C’est du moins le scénario envisagé par Cstar Petroleum, société chargée du projet, qui a présenté fin décembre 2025 un calendrier permettant au pays d’Afrique centrale de réduire dans les prochains mois sa facture d’importation de produits pétroliers.
Selon les détails relayés par le média local Investir au Cameroun, ce démarrage anticipé s’appuierait sur l’exploitation d’un tiers des capacités complètes attendues de l’installation, soit 10 000 barils par jour sur un total de 30 000. Cette production partielle devrait couvrir environ 22 % de la demande camerounaise en diesel et en essence, précise Cstar, une coentreprise entre la Société nationale des hydrocarbures (SNH) du Cameroun, sa filiale Tradex et l’émirati Ariana Energy.
Retrouver de la « souveraineté énergétique »
C’est en juillet 2025 que le projet de construction de cette nouvelle raffinerie a été lancé. Prévue sur un site de 250 hectares, au sein de la zone industrielle et portuaire de Kribi, l’installation affiche un coût prévisionnel de 175 millions d’euros. Le projet comprend un terminal de stockage de carburants – notamment gasoil, essence et kérosène – doté d’une capacité initiale de 250 000 m³, extensible à 300 000 m³. Les travaux sont confiés à un consortium composé de RCG Turnkey Solutions, Global Process Systems (GPS) et Norinco International.
Les capacités nationales de stockage de produits pétroliers au Cameroun, estimées à environ 270 000 m³, sont aujourd’hui jugées insuffisantes au regard des exigences réglementaires, qui imposent près de 470 000 m³ de stocks commerciaux et de sécurité. La construction de la raffinerie de Kribi vise ainsi non seulement à réduire les importations de produits pétroliers raffinés, évaluées par le gouvernement à 1,8 million de tonnes entre janvier et octobre 2025, mais aussi à renforcer les capacités nationales de stockage de carburants.
La raffinerie s’inscrit surtout dans un contexte où le Cameroun ne dispose plus d’infrastructure de ce type depuis l’incendie ayant entraîné l’arrêt de l’unique raffinerie nationale en mai 2019. En quête de « souveraineté énergétique » depuis cet accident, le pays peine à réhabiliter cette installation exploitée par la Société nationale de raffinage (Sonara). Selon une étude de faisabilité réalisée par le français Axens, la remise en état de la Sonara nécessiterait un investissement de 457 millions d’euros.
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Plusieurs bailleurs de fonds ont déjà manifesté leur intérêt pour le projet, à l’image de l’Union de Banques Arabes et Françaises (UBAF), de la banque néerlandaise ING et de la Mauritius Commercial Bank (MCB), qui ont dépêché une délégation au Cameroun en juin 2025 pour engager des discussions. La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a également indiqué sa volonté d’accompagner le projet par l’octroi de crédits. En l’absence, à ce stade, d’accord signé pour la relance de la raffinerie nationale, celle de Kribi apparaît comme la solution la plus immédiate pour le gouvernement camerounais.
Calendrier exigeant
Selon les projections attribuées aux promoteurs, la raffinerie de Kribi devrait permettre une réduction de 30% des importations de carburants et générer près de 610 millions d’euros d’économies annuelles, tout en rapportant 215 millions d’euros par an grâce à l’exportation d’une partie de la production. Lors du lancement officiel du projet en juillet 2025, les promoteurs ont avancé une durée des travaux de 18 mois, pour une mise en service complète des installations en juin 2028.
Si les détails sur la mise en œuvre du scénario de mise en service accélérée ne sont pas encore disponibles, notons que la direction de Cstar a annoncé début décembre l’arrivée, en janvier 2026, d’une mission d’ingénieurs chargée de lancer les travaux. Le financement a été confié à BGFIBank Cameroun, filiale du groupe bancaire gabonais BGFI Holding, qui s’est engagée à sécuriser 182 millions d’euros pour le chantier. Elle doit structurer le financement et rassembler les fonds nécessaires auprès de bailleurs locaux et internationaux, tout en assurant la gestion administrative et financière des fonds tout au long de la réalisation du projet. La mise à disposition du financement et un respect scrupuleux des délais apparaissent désormais essentielles pour assurer la mise en service partielle de l’installation cette année.