Pour une taxe carbone maritime mondiale juste et souveraine : l’Afrique appelle à un mécanisme équitable

« Nous plaidons donc pour un modèle qui combine souveraineté nationale et coopération internationale. »
Photo ISS Africa

« Nous plaidons donc pour un modèle qui combine souveraineté nationale et coopération internationale. »
Photo ISS Africa
La décision le 17 octobre de reporter d’un an le vote sur le cadre « IMO Net Zero Framework » — incluant la taxe carbone mondiale pour le transport maritime — par l’Organisation Maritime Internationale (OMI) jusqu’en 2026, ouvre une période critique pour construire ensemble une solution plus juste et plus équilibrée. La session extraordinaire du Comité pour la protection du milieu marin (MEPC), tenue à Londres, a livré un résultat révélateur : 57 États membres ont voté pour le report de 12 mois, 49 s’y sont opposés et 21 se sont abstenus.
Ce délai d’un an représente une opportunité essentielle pour corriger les faiblesses initiales du cadre proposé et concilier deux objectifs majeurs. A savoir, soutenir les efforts mondiaux de décarbonation du secteur maritime, en orientant les financements vers le développement de carburants à faibles émissions et l’accompagnement des flottes internationales dans leur transition. Et promouvoir la justice climatique, en permettant aux économies émergentes — notamment africaines — de disposer des moyens nécessaires à leur adaptation au changement climatique et à leur transition verte souveraine.
Nous partageons la conviction que le transport maritime doit contribuer à la décarbonation mondiale. Cependant, le modèle proposé par l’OMI, dans sa forme actuelle, soulève plusieurs interrogations quant à sa mise en œuvre et à ses effets sur les économies africaines.
Le projet de l’OMI prévoit une taxe carbone différenciée : les navires les plus polluants paieraient jusqu’à 380 dollars par tonne de CO₂, tandis que les navires plus performants pourraient vendre des « unités » carbone à ceux qui le sont moins.
Cette approche vise à encourager l’efficacité énergétique et à financer la transition vers des carburants plus propres.
Néanmoins, il est essentiel que le système ne crée pas, en pratique, un transfert financier des flottes les moins avancées — souvent issues des pays en développement — vers les flottes les plus technologiquement équipées, majoritairement basées en Europe ou en Asie.
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L’enjeu n’est pas de s’opposer au principe, mais de garantir que la transition maritime mondiale soit inclusive et juste.
Les recettes de la taxe seraient collectées dans un fonds administré par l’OMI, avec le concours de représentants du secteur privé.
Si l’idée d’un fonds global est positive, la question de sa gouvernance mérite d’être clarifiée.
Les pays en développement, en particulier africains, doivent être pleinement associés à la définition des règles de redistribution et à la sélection des projets à financer.
Nous croyons profondément à la coopération internationale.
Mais une gouvernance équilibrée — où chaque région dispose d’une voix réelle — est indispensable pour que ce mécanisme soit accepté et efficace.
L’Afrique soutient le principe d’une contribution carbone mondiale.
Toutefois, comme l’Europe l’a fait à travers son propre système d’échange de quotas d’émission (ETS), les pays africains doivent pouvoir percevoir les contributions générées dans leurs eaux et leurs ports, et les utiliser pour financer leurs propres efforts de décarbonation : ports verts, énergies renouvelables, corridors maritimes durables.
Nous plaidons donc pour un modèle qui combine souveraineté nationale et coopération internationale :
Ainsi, nous pourrions concilier la justice climatique et l’efficacité économique, tout en respectant la diversité des contextes nationaux.
Le report décidé à Londres ne doit pas être perçu comme un échec, mais comme une chance collective : celle de rebâtir un cadre réellement équitable, prenant en compte les spécificités économiques et climatiques de chaque région. Comme l’a rappelé le secrétaire général de l’OMI, Arsenio Dominguez, il est temps de « tirer les leçons du résultat, œuvrer à un consensus et revenir avec un nouvel élan dans un an ». L’Afrique, loin d’être un spectateur, doit être un partenaire central de cette transformation. Car c’est sur son sol que se joue une partie essentielle de la transition climatique mondiale.
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