Le Maroc est l’un des pays africains investissant le plus dans leurs réseaux ferroviaires, avec l’Afrique du Sud et l’Égypte. Ce développement porté par le gouvernement fournit des opportunités à plusieurs acteurs de cette industrie, notamment ceux européens.
Le constructeur de matériel ferroviaire Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles (CAF) affiche son intention de jouer dans les prochaines années un rôle croissant sur le marché marocain, actuellement marqué par une forte demande. En marge de la 4ème édition du Rail Industry Summit Morocco qui se tenait les 9 et 10 décembre à El Jadida, le groupe espagnol a affirmé vouloir y renforcer son implication, aux côtés d'acteurs déjà bien implantés.
« Nous n’avons pas l’histoire centenaire d’Alstom au Maroc ni un projet de l’ampleur de Hyundai Rotem. En revanche, CAF est un leader mondial de la mobilité durable », a déclaré Joseba Goñi, le responsable de sa division internationale, selon des propos relayés par le quotidien local Medias24.
Consolider dans la durée une présence au Maroc
Selon Joseba Goni, l’entreprise entend « apprendre et mieux connaître les potentialités du Maroc et de ses fournisseurs », notamment via son contrat de 600 millions d'euros signé en février pour livrer 30 trains interurbains modernes (avec 10 unités supplémentaires en option) à l’Office national des chemins de fer (ONCF). Ce deal entre dans le cadre d’un vaste plan de l’organisme public qui veut acquérir au total 168 trains pour un montant global de 2,75 milliards d'euros. Une partie des véhicules est destinée à la ligne à grande vitesse (LGV) Kénitra-Tanger en cours d'extension vers Marrakech. Dans ce cadre, Hyundai Rotem avait aussi décroché un contrat de livraison de 110 trains, alors qu'Alstom a reçu une commande de 18 trains à grande vitesse (TGV).
Pour ce projet de développement de la LGV dont les travaux ont été lancés en avril 2025, CAF promeut un partenariat gagnant-gagnant avec les acteurs locaux. « Nous sommes ici pour apprendre et grandir ensemble avec les fournisseurs marocains, dans l’espoir que non seulement dans le cadre des projets en cours, mais aussi en investissant nous-mêmes pour renforcer leur compétitivité, nous puissions les associer davantage à d’autres projets dans le monde. C’est en quelque sorte notre ambition à travers ce projet au Maroc », souligne Joseba Goñi, qui annonce que le groupe compte structurer un réseau de 15 à 20 fournisseurs locaux.
En attendant que ces diverses annonces se concrétisent sur le terrain, les observateurs estiment que les ambitions affichées par CAF sont d’abord motivées par les intéressantes perspectives de croissance du marché ferroviaire chérifien, liées à la stratégie volontariste du gouvernement. Dans ce pays qui co-organisera en 2030 la coupe du monde de football avec l’Espagne et le Portugal, les autorités veulent accélérer la mise en œuvre du « Plan Rail Maroc », qui porte sur le développement du réseau ferré national à l’horizon 2040. Cette feuille de route d’un coût global de 35 milliards d'euros (375 milliards de dirhams) prévoit entre autres de desservir 43 villes contre 23 actuellement, et de relier 12 ports au rail.
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Des visées globalement africaines
En se renforçant dans le royaume chérifien, CAF entend aussi se positionner plus largement sur le marché africain. Le groupe espagnol fournit déjà du matériel roulant (trains, métros, tramways, bus, etc.) à plusieurs autres pays sur le continent. En septembre dernier, il a paraphé 3 accords avec l’Autorité nationale des tunnels (NAT), responsable du réseau de métro égyptien, pour la modernisation de 39 trains de la ligne 2 ainsi que la maintenance des rames des lignes 1 et 2 du métro du Caire.
D’un montant supérieur à 450 millions d’euros, ce contrat vise à prolonger de 20 ans la durée de vie des trains, à renforcer la sécurité et le confort des voyageurs, et à intégrer de nouveaux services tels que le Wi-Fi à bord et la vidéosurveillance. Plus tôt en avril 2023, CAF décrochait une commande de 7 trains au Sénégal pour le réseau ferroviaire express régional de Dakar. En 2024, la compagnie a réalisé un chiffre d’affaires de 4,2 milliards d'euros, en hausse de 10% d’une année à l’autre, et un profit net de 108 millions d'euros (+17%).