Défense et sécurité : comment la Russie s'ancre en Afrique

Muriel EDJO, Agence Ecofin

La Russie a été le 1er fournisseur d’armes majeures à l'Afrique sur la période 2020-2024, pourvoyant 21% des importations africaines.
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Muriel EDJO, Agence Ecofin

La Russie a été le 1er fournisseur d’armes majeures à l'Afrique sur la période 2020-2024, pourvoyant 21% des importations africaines.
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A l’occasion de la Journée de l’Afrique organisée le 25 mai dernier, Rosoboronexport, l’agence publique russe d’exportation d’armements rattachée au conglomérat Rostec, a affirmé avoir désormais 46 pays africains partenaires liés par des accords intergouvernementaux de coopération militaro-technique.
« Grâce aux accords conclus lors du Sommet Russie-Afrique et aux efforts soutenus de Rosoboronexport, environ 150 contrats d'une valeur de plus de 20 milliards USD (plus de 17,2 milliards d’euros, NDLR) ont été signés avec des pays africains depuis 2023. Parallèlement, l'exportateur spécialisé continue de développer et d'étendre sa coopération militaro-technique et militaro-technologique avec ses partenaires africains », a déclaré Alexander Mikheev, le directeur général de l'agence, et vice-président de l’Union russe des constructeurs de machines.
L’offre russe ne se limite plus aux livraisons directes d’équipements : Moscou met en avant la production sous licence, les projets industriels conjoints, la modernisation de matériels, la maintenance et l’appui aux infrastructures de défense. Pour Moscou, l’enjeu est de se présenter comme un partenaire de la souveraineté, capable de fournir des armes, des formations et des solutions adaptées aux conflits intérieurs, à la lutte antiterroriste et à la sécurisation maritime.
Cette communication intervient dans un contexte où la Russie cherche à convertir son influence diplomatique en positions durables sur le marché africain de la sécurité. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de stockholm (SIPRI), elle a été le premier fournisseur d’armes majeures du continent sur la période 2020-2024, avec 21% des importations africaines, devant la Chine (18%) et les Etats-Unis (16%). L'institut souligne toutefois que les achats africains d’armes ont reculé de 44% par rapport à 2015-2019, en raison notamment de la baisse des commandes algériennes et marocaines.
Sur le continent, la percée russe est alimentée par un contexte propice : crises sécuritaires, défiance envers les anciens partenaires occidentaux et montée de régimes militaires en quête d’alliés alternatifs. Le Sahel reste la vitrine la plus politique de cette dynamique. Mali, Burkina Faso et Niger, réunis au sein de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), ont rompu ou réduit leurs partenariats militaires occidentaux et renforcé leurs liens avec un Moscou qui a promis, lors de la visite des ministres des Affaires étrangères des trois pays en avril 2025, de soutenir leur force conjointe de 5 000 hommes par des équipements, des instructeurs et de la formation.
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La dimension paramilitaire demeure, elle aussi, centrale. Après la Wagner, la Russie a progressivement institutionnalisé sa présence via l’Africa Corps, structure liée à son ministère de la Défense. Selon un rapport du Timbuktu Institute publié en juillet 2025, l'implantation de l'Africa Corps a abouti à une « consolidation » de l'influence russe au Sahel, loin du retrait que certains avaient espéré après la mort du chef de Wagner, Evgueni Prigojine, en août 2023. Une présence qui se double d'une exploitation de ressources minières.
Selon Alexander Mikheev, « le continent représente 30% du carnet de commandes de l’entreprise, avec des contrats de coopération technologique d’une valeur de plus de 1,7 milliard de dollars ». Une part significative qui souligne l’importance stratégique de l'Afrique pour l’industrie de défense russe. Alors que le 3e sommet Russie-Afrique est annoncé pour l’automne prochain, précédé par le premier Forum international sur la sécurité qui se tient à Moscou fin mai, sous l'égide du Conseil de Sécurité de la Fédération de Russie, cette dynamique commerciale et sécuritaire pourrait encore s’accélérer, offrant aux pays africains une alternative aux arsenaux occidentaux.
Muriel EDJO, Agence Ecofin