Dans un contexte de transition progressive hors du charbon et de montée en puissance des énergies renouvelables, le renforcement du réseau de transport apparaît comme un préalable indispensable à la réalisation des ambitions énergétiques de l’Afrique du Sud.
Le ministère sud-africain de l’Électricité a annoncé la sélection de sept groupements d’entreprises comme soumissionnaires préqualifiés dans le cadre du programme d’extension du réseau de transport d’électricité. Parmi les sociétés membres de ces consortiums figure le français Électricité de France (EDF), aux côtés de plusieurs groupes internationaux, dont des entreprises chinoises, selon un communiqué officiel publié le lundi 15 décembre à Pretoria.
Selon les détails relayés par Bloomberg, les consortiums retenus comprennent aussi des sociétés comme Adani Power, State Grid International Development et China Southern Power Grid International. À ce stade, les autorités n’ont pas précisé la composition détaillée de chaque groupement ni les modalités techniques et financières associées à leurs offres.
Un programme central pour la stratégie nationale
D’après les plans du gouvernement, le programme devrait permettre de moderniser et renforcer le réseau de transport national afin de soutenir la croissance économique à long terme. Son coût est estimé à environ 22 milliards d’euros (l’équivalent de 440 milliards de rands).
Pour le ministre de l’Electricité, Kgosientsho Ramokgopa, cette phase de présélection constitue une étape importante dans la stratégie de l’Etat, qui entend déployer des mécanismes de mise en œuvre diversifiés et une participation accrue du secteur privé.
La première phase du programme prévoit le lancement d’un appel d’offres pour la construction de 1 164 kilomètres de lignes de transport, destinées à connecter plus de 3 000 MW de nouvelles capacités de production au réseau national. Une phase ultérieure, d’une ampleur supérieure de plus de dix fois à celle du projet pilote, nécessitera également l’acquisition et l’installation de transformateurs et d’équipements associés.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Enjeux industriels et contexte opérationnel
La présence d’EDF parmi les candidats préqualifiés intervient alors que le groupe développe déjà sur le continent des solutions de production d’électricité destinées à améliorer l’accès à l’énergie. Ces solutions sont déjà déployées dans plusieurs pays africains, et concernent aussi bien l’électrification domestique que des usages productifs, comme les pompes solaires agricoles.
En Afrique du Sud, EDF est un acteur reconnu du secteur électrique, en particulier à travers sa filiale EDF Renewables. En avril dernier, un consortium dirigé par sa filiale EDF Renewables a par exemple mis en service la première sous-station principale de transmission construite par un producteur indépendant d’électricité dans le pays, dans la province du Cap-Nord. Cette infrastructure est conçue pour connecter jusqu’à 1 500 MW de capacités renouvelables au réseau national.
Le groupe français est également engagé dans le développement de projets éoliens, solaires et de stockage par batteries. En septembre, il a annoncé, via sa filiale EDF Power Solutions, le lancement officiel des travaux de construction de trois projets de stockage toujours dans la province du Cap-Nord. Si l’entreprise venait à faire partie des entreprises finales retenues pour le nouveau programme de transport d’électricité, elle pourrait s’appuyer sur cela pour élargir son périmètre d’intervention dans le pays.
Du côté du gouvernement sud-africain, l’enjeu dépasse la seule extension du réseau. Le pays a annoncé en octobre un vaste plan de transformation énergétique, l’Integrated Resource Plan 2025, qui prévoit des investissements cumulés de 2 200 milliards de rands (plus de 100 milliards d’euros). Ce plan vise à résoudre la crise électrique chronique, relancer la croissance et créer des emplois, avec un objectif de progression du PIB de 3% d’ici 2030.
Il marque également une inflexion historique du mix énergétique sud-africain, avec des sources plus propres comme l’hydroélectricité, le nucléaire, l’éolien et le solaire appelées à dépasser le charbon pour la première fois. D’ici 2039, le pays ambitionne d’ajouter 105 000 mégawatts de nouvelles capacités de production, ce qui implique un renforcement sans précédent des infrastructures de transport et de distribution.