Madagascar mise sur une université 100% numérique pour transformer son capital humain

L’Université Virtuelle Publique de Madagascar se fixe un objectif de 10 000 nouveaux diplômés par an.
CNTEMAD

L’Université Virtuelle Publique de Madagascar se fixe un objectif de 10 000 nouveaux diplômés par an.
CNTEMAD
Madagascar franchit une nouvelle étape dans sa transformation numérique avec le lancement officiel de son Université Virtuelle Publique (UVP). Portée par le Centre National de Télé-enseignement et de l’Enseignement à Distance (CNTEMAD), cette initiative soutenue par la Banque mondiale à travers le programme DECIM (Digital and Energy Connectivity for Inclusion in Madagascar) ambitionne de démocratiser l’accès à l’enseignement supérieur et d’adapter les compétences des jeunes aux exigences du marché.
Créé pour développer l’enseignement à distance à Madagascar, le CNTEMAD entame avec l’UVP une mutation stratégique. L’établissement public, placé sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, propose déjà des formations diplômantes accessibles à distance dans plusieurs domaines, notamment le droit, l’économie, la gestion, la communication, l’informatique et les sciences sociales.
La transformation en Université Virtuelle Publique marque un changement d’échelle. Elle repose sur une plateforme numérique intégrée, développée en partenariat avec l’école tech SAYNA, permettant de gérer l’ensemble du parcours étudiant à distance, de l’inscription à l’accès aux cours et ressources pédagogiques, jusqu’aux évaluations, examens et soutenances.
L’objectif est d’absorber la pression croissante sur les universités publiques physiques, souvent saturées, tout en élargissant l’accès à l’enseignement supérieur aux étudiants des régions éloignées où l’offre universitaire demeure limitée. Avec un financement de 3 millions de dollars, l’UVP vise à accueillir jusqu’à 49 000 apprenants par an d’ici 2029, générant environ 10 000 diplômés supplémentaires chaque année.
L’enjeu dépasse la seule modernisation pédagogique. À Madagascar, plus de 40% des jeunes âgés de 18 à 35 ans étaient au chômage en 2024, selon Afrobarometer. Le manque de formation ou de préparation, le déficit d’expérience professionnelle et l’inadéquation entre les qualifications scolaires et les besoins des employeurs figurent parmi les principaux obstacles identifiés.
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L’UVP se positionne ainsi comme un instrument de politique publique au service du développement du capital humain, axe central de la stratégie nationale de transformation numérique. En facilitant l’accès à des formations universitaires certifiantes et en modernisant les contenus, l’État malgache cherche à réduire le décalage entre formation académique et compétences attendues sur le marché du travail, notamment dans les secteurs porteurs tels que le numérique, la gestion, les services ou la relation client.
L’un des points structurants du projet réside dans son ancrage territorial. L’UVP prévoit la modernisation et l’extension de 16 centres régionaux, équipés de solutions solaires autonomes afin de garantir la continuité des activités, y compris dans les zones à faible couverture électrique.
Ce choix technique répond à une contrainte structurelle majeure. La fracture énergétique demeure un frein à la digitalisation dans plusieurs régions du pays. En combinant connectivité numérique et autonomie énergétique, le projet entend sécuriser l’accès à la formation dans les territoires enclavés et réduire les inégalités régionales.
L’Université Virtuelle Publique s’inscrit dans un écosystème plus large de programmes soutenus par les partenaires techniques et financiers, tels qu’ASAN’AI ou Skills4Job, qui visent à former les jeunes aux métiers du digital et aux compétences recherchées par les entreprises.
Avec une population majoritairement jeune, le pays doit transformer son dividende démographique en levier de croissance. L’UVP représente à ce titre une tentative structurée de réponse à la massification de la demande d’enseignement supérieur, dans un contexte de contraintes budgétaires et d’infrastructures limitées.