L'agence S&P a relevé la note souveraine du Nigeria de B- à B, récompensant la réforme du naira et l'essor de la raffinerie Dangote. Une bonne nouvelle pour les marchés, alors que 140 millions de Nigérians vivent désormais sous le seuil de pauvreté.
S&P Global Ratings a relevé ce 15 mai la note du Nigeria à B, contre B- auparavant, avec perspective stable. C'est le premier relèvement accordé par l'agence à la deuxième économie d'Afrique depuis quatorze ans. L'agence salue trois années de réformes : la libéralisation du taux de change du naira en 2023, la fin des subventions sur le carburant et la montée en puissance de la raffinerie privée de Dangote. Les chiffres avancés par l'agence sont sans ambiguïté. Les réserves brutes en devises du Nigeria sont passées de 33 milliards de dollars en 2023 à 50 milliards début mars 2026. La balance courante doit atteindre un excédent de 5,8 % du PIB cette année.
Le poids des intérêts de la dette dans les recettes publiques, qui s’élevait à 39 % en 2023, devrait redescendre à 22,4 % en 2026. « La libéralisation du taux de change a rétabli l'accès aux devises et soutenu la confiance des investisseurs », écrit S&P dans son rapport publié le 15 mai.
S&P n’est pas la seule à avoir réévalué la note du profil d’emprunteur du Nigéria. Fitch avait relevé sa note de B- à B en avril 2025, et Moody's avait retiré le pays de la catégorie la plus risquée en mai de la même année. L'agence chinoise Dagong Global Credit Rating va encore plus loin : elle note déjà le Nigeria BB+, soit deux crans au-dessus de ses rivales occidentales, selon les évaluations publiées par cette agence basée à Pékin. Une divergence liée à la méthode : les agences chinoises accordent davantage de poids aux ressources naturelles et aux liens avec Pékin.
Performances réelles ou mirage social
Au moment où S&P salue le redressement, la Banque mondiale publie un constat opposé. Dans sa mise à jour économique sur le Nigeria d'avril 2026, l'institution révèle que le taux de pauvreté est passé de 56% de la population en 2023 à 61% en 2024, puis à 63% en 2025, soit environ 140 millions de personnes. Sept millions de Nigérians supplémentaires ont basculé dans la pauvreté en un an. « Les revenus des ménages n'ont pas progressé suffisamment vite pour compenser une inflation encore élevée, et la pauvreté n'a pas commencé à reculer », écrit la Banque mondiale.
Le Fonds monétaire international apporte sa propre nuance. Lors des réunions de printemps à Washington, l'institution a abaissé sa prévision de croissance pour le Nigeria à 4,1 % en 2026, contre 4,4 % auparavant, à cause des conséquences du conflit au Moyen-Orient. « La hausse des prix du carburant, des engrais et du transport maritime va peser sur l'activité non pétrolière au Nigeria », a déclaré Deniz Igan, cheffe de division au département de recherche du FMI, lors de la conférence de presse du 14 avril.
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S&P, à l'inverse, table sur un baril de Brent à 100 dollars pour le reste de l'année, soit une hypothèse particulièrement favorable.
La raffinerie Dangote, présentée par S&P comme un pilier du redressement, illustre les limites du modèle. Avec une capacité de 650 000 barils par jour et un projet d'extension à 1,4 million, elle a réduit la facture d'importation de carburants. Mais elle n'a pas fait baisser les prix à la pompe, parce que les tarifs locaux suivent désormais ceux du marché mondial. Pire : l'usine dépend encore de brut importé pour ses mélanges. Le Nigeria devient une puissance du raffinage, sans soulager ses ménages.
Des angles morts à surveiller
Le rapport de S&P comporte aussi des signaux faibles que les marchés ignorent souvent. L'agence inclut dans la dette publique du Nigeria un échange de devises de 5 milliards de dollars conclu avec la banque émiratie First Abu Dhabi Bank, garanti par des obligations en naira représentant 133 % du montant. Environ 200 000 barils de brut par jour seraient également gagés au titre d'autres financements de la compagnie pétrolière publique NNPC. S&P reconnaît enfin que la qualité des données budgétaires et extérieures du pays reste faible, « avec des erreurs, des omissions et de fréquentes révisions ».
Le calendrier politique pèsera lourd. L'élection présidentielle de février 2027 approche, et le déficit public doit se creuser à 4,2% du PIB en 2026, puis à 4,1% en 2027, contre 3% en 2025.
Le budget signé en avril par le président Bola Tinubu prévoit 32 200 milliards de nairas de dépenses d'investissement, soit 7,3% du PIB. La prochaine décision de politique monétaire de la Banque centrale du Nigeria et la trajectoire des prix du carburant diront si l'engagement réformateur tient la distance d'une campagne.