Avec l’italien Todini, le Gabon relance sa stratégie énergétique : enjeux et perspectives
Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

L'accord porte sur le lancement des études de faisabilité techniques, environnementales et financières.
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Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

L'accord porte sur le lancement des études de faisabilité techniques, environnementales et financières.
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Sous la présidence de Brice Oligui Nguéma, fraîchement élu pour un mandat de sept ans, le gouvernement gabonais amorce les premiers jalons d’une nouvelle stratégie énergétique. Début octobre, le ministère de l’Accès universel à l’Eau et à l’Energie a annoncé la signature d’un protocole d’accord (MoU) avec Todini Costruzioni Generali S.p.A. en vue de la relance des barrages hydroélectriques de Booué et Tsengué-Lélédi.
L’accord ne porte pas encore sur la phase de construction, mais sur le lancement des études de faisabilité techniques, environnementales et financières. Selon le ministère, cette étape « marque une avancée majeure dans la préparation des études de construction » de deux projets longtemps restés dans les tiroirs.
Cette relance intervient dans un contexte de pression sur le réseau électrique national. Le mix énergétique gabonais repose sur quelques barrages emblématiques (Kinguélé, Tchimbélé, Grand Poubara), mais l’hydroélectricité demeure insuffisante pour répondre à la demande croissante. Les pénuries d’eau en saison sèche, combinées à une dépendance persistante aux centrales thermiques, provoquent des délestages récurrents.
Depuis septembre 2024, la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) applique à Libreville un système de délestage tournant, avec des coupures planifiées de trois heures, deux à trois fois par jour, affectant les ménages et les entreprises. En mai dernier, le vice-président Alexandre Barro Chambrier a promis d’y mettre fin d’ici deux ans, grâce à un vaste plan de modernisation du réseau.
Le Plan national de développement pour la transition (PNDT 2024-2026) prévoit ainsi 1 134,5 milliards FCFA (1,73 milliard d'euros) d’investissements pour moderniser les infrastructures, renforcer les capacités hydroélectriques et soutenir la croissance territoriale.
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Selon les autorités, les barrages de Booué et Tsengué-Lélédi visent à « renforcer la capacité de production nationale, sécuriser l’approvisionnement énergétique et stimuler le développement économique des régions du Moyen-Ogooué et de l’Ogooué-Ivindo ».
L’Italien Todini, présent sur quatre continents et qui revendique plus de 500 employés à travers le monde et spécialisé dans les grands projets de génie civil, apportera son expertise en ingénierie, planification de barrages et gestion de projets d’infrastructure. Aucun coût définitif n’a été annoncé, mais selon le Programme pour le développement des infrastructures en Afrique (PIDA), le projet pourrait atteindre 1,78 milliard USD (soit environ 1,5 milliard d'euros). Ce chiffre figure dans la version 2023 du PIDA-PAP2 (2021-2030), qui évalue la construction des deux sites et des lignes de transmission associées.
Si ce montant est confirmé à l’issue des études de faisabilité, le Gabon devra mobiliser des financements étrangers pour compléter les ressources publiques. En comparaison, le pays n’a attiré que 1,15 milliard USD d’investissements directs étrangers (IDE) en 2023, selon la CNUCED.
Au-delà de sa portée nationale, le projet s’inscrit dans une logique d’interconnexion régionale, reliant le Gabon au Congo, au Cameroun et à la Guinée équatoriale via des lignes à très haute tension. Cet axe figure dans la feuille de route du Pool énergétique d’Afrique centrale (PEAC), soutenu par la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) et l’Union africaine. Une telle intégration pourrait, à terme, positionner le Gabon comme fournisseur net d’électricité verte dans la sous-région.
Mais la réussite du projet dépendra aussi du respect des normes environnementales et sociales (ESG). Les barrages de Booué et Tsengué-Lélédi devront limiter les impacts sur les forêts, la biodiversité et les populations locales, dans un pays qui mise sur la neutralité carbone et la valorisation durable de ses ressources naturelles.
Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin