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La Tribune Afrique

Le nationalisme des ressources au Mali rebat les cartes… au profit de la Chine

Photo de Emiliano Tossou

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Publié le 11 février 2026 à 10:50

Le 15 décembre 2024, le président malien, Assimi Goïta, inaugure la mine de lithium de Goulamina, dans le sud du Mali.

Le 15 décembre 2024, le président malien, Assimi Goïta, inaugure la mine de lithium de Goulamina, dans le sud du Mali.

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En renforçant son contrôle sur les ressources minières, l’Etat malien a profondément modifié l’équilibre de son secteur extractif. Si ce tournant souverainiste a fragilisé plusieurs opérateurs occidentaux, il a aussi ouvert un espace que certains groupes chinois ont su investir.

Lors du Conseil des ministres, tenu en fin de semaine dernière, le gouvernement malien a acté la création de la Société de Patrimoine minier du Mali (SOPAMIM). Chargée de gérer les participations publiques dans les sociétés minières, cette nouvelle structure illustre la volonté des autorités de reprendre la main sur un secteur stratégique. Si ce « nationalisme des ressources » a mis en difficulté certains acteurs étrangers, notamment australiens et canadiens, il a en revanche aidé la Chine à consolider ses positions dans le secteur minier malien.

Tournant souverainiste de Bamako

Selon l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), le secteur minier représente environ 22% des recettes budgétaires, près de 80% des exportations et près de 10% du PIB. Mais un audit publié en 2023 a mis en lumière un manque à gagner estimé entre 300 et 600 milliards FCFA (entre 457 et 914 millions d’euros) pour l’État, imputé aux pratiques contractuelles et fiscales des producteurs d’or étrangers. En ligne de mire figurent des groupes comme les canadiens Barrick Mining et B2Gold, ou encore l’australien Resolute Mining.

C’est dans ce contexte qu’a été adopté le nouveau code minier de 2023, pierre angulaire du tournant souverainiste engagé par Bamako. Le texte renforce significativement la participation nationale dans les projets miniers, aussi bien pour l’Etat que les investisseurs locaux. Au lieu d’une participation maximale de 20%, l’autorité publique peut ainsi obtenir jusqu’à 30% désormais, avec 5% d’intérêts supplémentaires réservés aux investisseurs locaux. Paradoxalement, ce dispositif conçu pour réduire l’emprise des acteurs étrangers a offert à la Chine l’opportunité de consolider sa présence dans le secteur minier malien.

Lithium, porte d’entrée de la Chine

L’un des premiers projets concernés par les effets du nouveau code minier est Goulamina. Cette mine, qui a permis au Mali de devenir producteur de lithium fin 2024, était initialement contrôlée par l’australien Leo Lithium, avant de passer sous contrôle chinois. Sous l’ancien code minier, l’État malien pouvait compléter sa participation gratuite de 10 % en acquérant jusqu’à 10 % d’intérêts supplémentaires à leur juste valeur de marché.

Dans le nouveau code, les participations additionnelles ne sont plus valorisées sur la base de la valeur de marché, mais sur celle des coûts de développement. À cela s’ajoutent d’autres dispositions jugées défavorables à la rentabilité des projets pour les investisseurs, comme l’introduction de nouvelles redevances basées sur le chiffre d’affaires et la suppression de plusieurs incitations fiscales.

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Or, c’est sous ce nouveau régime que la mine de Goulamina est appelée à opérer, ce qui dilue par exemple la participation de Leo Lithium dans le projet, de 40% à environ 26%. A moins d’un an de l’entrée en production du gisement, Leo Lithium annonce en mai 2024 la vente de sa participation dans Goulamina à son partenaire chinois Ganfeng Lithium, qui passe alors du statut de bailleur de fonds et de client à celui de propriétaire majoritaire de la mine.

« Dans l'ensemble, ces changements ont considérablement réduit les rendements financiers des partenaires de la coentreprise, diminuant ainsi la valeur ajoutée de Leo pour Goulamina. L'imposition du Code minier de 2023 a été un facteur déterminant dans la décision du conseil d'administration de vendre la participation [dans Goulamina, NDLR] à Ganfeng », assure alors la compagnie australienne.

En revanche, le code minier n’est pas cité dans le montage qui a permis à un autre groupe chinois, Hainan Mining, de devenir le premier actionnaire de la deuxième mine de lithium du Mali. Là aussi bailleur de fonds, Hainan Mining détient en effet une participation de 51% dans une coentreprise avec le britannique Kodal Minerals. C’est cette coentreprise qui contrôle ensuite 65 % d’intérêts dans la mine de lithium Bougouni, aux côtés de l’Etat malien (35%).

L’or, prochaine cible ?

L’entrée des investisseurs chinois dans le secteur minier malien leur a permis de sécuriser du concentré de spodumène de lithium pour alimenter les usines installées dans l’empire du Milieu. Mais leur appétit est loin d’être comblé et, malgré la volonté affichée de l’État de renforcer son contrôle sur le secteur, des marges de manœuvre subsistent encore pour une montée en puissance progressive. Dans ce contexte, le groupe chinois Auxin Chemical Technology a signé un accord pour l’installation d’une usine d’explosifs à usage civil, destinés aux sites miniers. Contrôlée par une coentreprise détenue à 51 % par l’État malien, cette unité illustre la consolidation du partenariat sino-malien au-delà de la seule extraction.

L’annonce récente de l’intention d’acquisition du canadien Allied Gold par le chinois Zijin Mining en est une autre illustration. Parmi les actifs concernés par cette transaction, on retrouve en effet la mine d’or malienne Sadiola, qui dispose d’une capacité de production supérieure à 200 000 onces par an. Alors que Zijin Mining mène une stratégie d’expansion dans l’or ouest-africain, avec des opérations au Ghana et en Côte d’Ivoire, l’hypothèse de nouveaux investissements au Mali ne peut être écartée à court ou moyen terme.

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

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