La RDC prépare son premier eurobond, un test de confiance historique

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Vue de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo.
Photo DR

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Vue de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo.
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Après des années de financement dominé par les bailleurs concessionnels et le marché domestique, la République démocratique du Congo (RDC) s’apprête à franchir un seuil symbolique : accéder pour la première fois au marché obligataire international. Kinshasa prévoit une émission inaugurale de 750 millions de dollars soit environ 632 millions d’euros, dès avril 2026, selon des informations rapportées par Bloomberg. Derrière cette opération, le pays cherche autant à financer ses infrastructures qu’à construire une crédibilité durable auprès des investisseurs.
Initialement, les autorités congolaises envisageaient une levée unique de 1,5 milliard de dollars. Ce format a finalement été revu à la baisse, avec une première tranche de 750 millions de dollars, afin de calibrer l’appétit des investisseurs et réduire les risques d’exécution. Cette inflexion traduit une approche prudente pour un émetteur débutant qui doit composer avec une base d’investisseurs encore peu familiers de la signature congolaise.
La structuration de l’opération a été confiée à Citigroup, avec l’appui de Rawbank, tandis que Rothschild & Co et White & Case interviennent comme conseillers. Cette architecture vise à rassurer les marchés sur la qualité de l’ingénierie financière et juridique de l’émission, dans un contexte où les investisseurs restent exigeants vis-à-vis des primo-émetteurs africains.
L’opération s’inscrit dans un pipeline d’investissements publics estimé à près de 3 milliards de dollars, concentré notamment sur l’énergie et les infrastructures, deux secteurs clés pour lever les contraintes structurelles pesant sur la croissance congolaise.
Pour séduire les investisseurs, Kinshasa met en avant un profil macroéconomique relativement atypique pour un pays africain à faible revenu : un ratio dette/PIB à 17,6%, une inflation à 2% en 2025 et une croissance soutenue par le boom minier. Cette configuration confère au pays un espace d’endettement plus large que celui de nombreux pairs africains.
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Les agences de notation reconnaissent cette amélioration progressive. Standard & Poor’s a récemment révisé la perspective de la RDC à « positive », tout en maintenant la note souveraine à « B- », saluant les réformes fiscales, la performance budgétaire et la solidité des exportations minières, tout en soulignant la vulnérabilité persistante aux chocs sur les prix des matières premières et aux tensions sécuritaires dans l’est du pays. « La croissance réelle du PIB devrait rester soutenue, autour de 5 % par an jusqu’en 2028, dépassant celle de la plupart des pays comparables, portée par une forte demande de cuivre et de cobalt », précise l’agence.
Pour rappel, la RDC est le premier producteur mondial de cobalt et figure parmi les principaux producteurs de cuivre, auxquels s’ajoutent d’autres matières premières comme l’étain, le coltan ou l’or. Si cette concentration sur un nombre limité de filières a favorisé une montée en puissance rapide des exportations minières, elle a également accru la dépendance du pays à des chaînes de valeur spécifiques, un élément susceptible de peser sur la perception du risque par les investisseurs.
D’après S&P, les autorités cherchent d’ailleurs à porter les recettes fiscales à 14-15% du PIB et à réduire la dépendance aux revenus miniers, qui représentent plus de 40% des recettes de l’État.
Au-delà du financement d’infrastructures, l’émission d’eurobond revêt une dimension stratégique : il s’agit d’installer la RDC dans la catégorie des émetteurs souverains réguliers, capables de se financer sur les marchés internationaux. Les autorités affichent leur ambition de réaliser d’autres émissions à l’avenir afin de diversifier les sources de financement et de réduire la dépendance à l’aide publique au développement.
Mais ce pari comporte un coût. En tant que primo-émetteur noté en catégorie spéculative, la RDC devra probablement consentir à des rendements élevés pour attirer les investisseurs. Les comparables africains suggèrent que le coupon pourrait s’inscrire dans une fourchette à deux chiffres, reflétant la perception du risque politique, sécuritaire et institutionnel.
Notons néanmoins que l’opération intervient dans un environnement où plusieurs pays africains ont marqué ces derniers mois leur retour sur le marché des eurobonds, confirmant une amélioration du contexte post-covid. En 2025, le coût d’emprunt des eurobonds africains est tombé à son plus bas niveau depuis 2019, porté par la désinflation mondiale, la stabilisation des devises africaines et la quête de rendement des investisseurs internationaux. Dans ce cadre, plusieurs pays, notamment la Côte d’Ivoire, le Nigeria ou encore l’Angola ont déjà renoué avec les marchés internationaux.
Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin