Lithosquare met un pied dans l’exploration minière africaine en s’associant à Aterian pour appliquer ses outils d’intelligence artificielle à des licences au Maroc et au Botswana. Un pari qui intervient alors que l’usage de l’IA dans la prospection minière commence tout juste à montrer son potentiel sur le continent.
La start-up française Lithosquare a conclu un protocole d’accord contraignant avec Aterian pour financer des travaux d’exploration minière au Maroc et au Botswana. C’est l’annonce faite, mardi 9 décembre, par la junior minière britannique, qui détaille un programme commun d’exploration qui pourrait atteindre jusqu’à 1,4 million d'euros.
Créée en 2024, Lithosquare est une jeune pousse technologique qui combine « l’expertise géologique et l’intelligence artificielle fondamentale » pour faciliter l’exploration minière. La start-up ambitionne de réduire les coûts liés aux travaux de recherche tout en accélérant les nouvelles découvertes. Elle est lauréate de la promotion 2025 du programme French Tech 2030, lancé par le gouvernement français pour accompagner chaque année 80 start-up innovantes développant des technologies stratégiques pour la souveraineté numérique et industrielle de l’Hexagone.
Accord gagnant-gagnant
Le partenariat conclu avec Aterian est aussi un coup de projecteur bienvenu pour la société française, d’autant plus qu’il porte sur les minéraux critiques, essentiels notamment à la transition énergétique. Le programme d’exploration concerne en effet huit licences couvrant 2 898 km² et détenues par Aterian dans les ceintures cuprifères du Kalahari Copperbelt (KCB) au Botswana et de l’Anti-Atlas au Maroc. Métal utilisé dans les voitures électriques, les industries solaire et éolienne, le cuivre fait l’objet d’une course mondiale pour trouver de nouveaux gisements afin de combler une demande en forte croissance.
Lithosquare fournira initialement 500 000 euros qui seront notamment consacrés à la génération de cibles de forage à l’aide de la plateforme propriétaire d’Agents IA dédiée à la géologie développée par la start-up française. C’est une occasion pour Aterian d’avancer plus rapidement dans ses travaux de recherche.
En échange, la start-up française pourra obtenir une participation initiale de 20 % dans la future coentreprise chargée des travaux d’exploration ainsi qu’une redevance de 0,5 % sur les revenus. Lithosquare pourra ainsi tester en conditions réelles les solutions technologiques qu’elle développe depuis quelques mois tout en étant partie prenante des succès éventuels.
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« Ce partenariat marque une étape importante dans le parcours de Lithosquare, en lui donnant accès à un terrain d'exploration de classe mondiale et en validant notre approche unique en matière d'IA géologique », souligne Aymeric Preveral-Etcheverry, cofondateur de la start-up.
Un marché nouveau mais prometteur en Afrique
Comme d’autres start-up apparues dans le sillage du boom de l’IA, Lithosquare s’aventure sur un marché où les promesses sont nombreuses, mais les validations encore limitées. L’usage de l’IA dans l’exploration minière en est ainsi à ses débuts, mais les performances réelles des solutions développées émergent progressivement.
La compagnie britannique Botswana Diamonds a commencé dès 2024 à soumettre une base de données de 380 gigaoctets, comprenant des données géophysiques aéroportées et des résultats d’échantillons de sol obtenus au Botswana, à un système doté d’intelligence artificielle. Il s’agit de la technologie Xplore, développée par Planetary AI, en partenariat avec International Geoscience Services. Botswana Diamonds souligne que cet outil, conçu pour raisonner « comme un géologue », a mis en évidence plusieurs zones potentielles de kimberlite en quelques mois. Il a permis à la compagnie minière d’identifier plusieurs cibles d’exploration pour les diamants et de déposer en conséquence de nouvelles demandes de permis.
Véritable pionnière dans le domaine en Afrique, KoBold Metals enregistre aussi des succès. Présente depuis 2022 en Zambie, la start-up californienne est soutenue par les milliardaires américains Jeff Bezos et Bill Gates. Elle a fait de l’IA le cœur de sa méthode d’exploration, destinée à identifier des gisements de minéraux critiques (cuivre, cobalt, lithium, nickel). KoBold a annoncé en 2024 la découverte d’un gisement de cuivre en Zambie, présenté comme l’une des trouvailles les plus prometteuses du pays depuis 100 ans.
Des promesses à confirmer
Selon Charles Bray, président exécutif d'Aterian, le recours à l’IA permet d’engager des « dépenses visant spécifiquement les cibles les plus prometteuses du portefeuille » de la société, qui détient des licences au Maroc, au Botswana et au Rwanda. Interrogé par Agence Ecofin, Shabir Ahmed, consultant Énergie et Ressources naturelles chez l’allemand SAP, confirme ces apports concrets de l’IA dans l’exploration minière.
L’expert souligne que les algorithmes d’apprentissage automatique peuvent analyser de vastes jeux de données géologiques « pour repérer plus précisément des zones à fort potentiel », aidant ainsi les petites compagnies à concentrer leurs ressources sur les secteurs les plus prometteurs. Il note aussi que les techniques de machine learning améliorent l’estimation des ressources en fournissant « des prédictions plus solides sur la taille et la teneur des gisements », un élément clé pour renforcer la crédibilité d’un projet auprès du marché.
Pour autant, la phase d’exploration ne concerne que les premiers moments du cycle de vie d’un projet minier. En cas de succès des travaux prévus par Aterian et Lithosquare, il faudra à ces deux sociétés de taille modeste (Aterian affiche une capitalisation boursière de 4,74 millions de livres sterling, soit environ 5,4 millions d’euros) mobiliser d’importants moyens financiers pour développer les projets les plus prometteurs. A titre d’exemple, KoBold Metals prévoit jusqu’à 2 milliards de dollars d’investissements pour faire de sa découverte zambienne une mine de cuivre. Sur cette question, la société britannique n’a pas encore fourni de détails et il faudra sans doute attendre les premiers résultats de son partenariat avec Lithosquare pour y voir plus clair.