Maroc-Algérie : les nouveaux équilibres du blé français en Afrique du Nord
Espoir Olodo, Agence Ecofin

Historiquement premier client non européen des céréaliers français, l'Algérie est devenue un marché majeur pour la Russie.
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Espoir Olodo, Agence Ecofin

Historiquement premier client non européen des céréaliers français, l'Algérie est devenue un marché majeur pour la Russie.
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Le recul du blé français sur le marché algérien ouvre une nouvelle bataille pour la filière hexagonale. Après une récolte 2024 historiquement faible qui a freiné les ambitions à l’export, les opérateurs peuvent enfin compter sur des volumes plus confortables pour la campagne 2025/2026. Mais ce répit cache un défi de taille : il faudra désormais regagner du terrain face à une concurrence internationale de plus en plus agressive sur l’un de leurs débouchés historiques.
En effet, l’Algérie, qui représentait il y a une décennie le premier client non européen des céréaliers français, est devenue un marché d’importance majeure pour la Russie. Ceci sur fond de tensions diplomatiques avec Paris et d’un assouplissement des normes phytosanitaires, qui tolèrent davantage les grains punaisés.
Pendant que Moscou y montait en puissance, les acteurs français ont vu leur part de marché fondre. Ils ne figurent plus depuis octobre 2024 dans les appels d’offres de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), qui dément néanmoins toute exclusion, affirmant que ses critères d’achat restent strictement techniques et non politiques.
Dans tous les cas, le plus vaste pays d’Afrique n’aura importé sur la campagne 2024/2025 que 31 500 tonnes de blé tendre de l'Hexagone, selon le Syndicat français du commerce extérieur des céréales (Synacomex). À titre comparatif, l'Algérie réceptionnait il y a encore 5 saisons jusqu’à 6 millions de tonnes de blé français par an.
Ce volume correspondait alors à plus de la moitié de sa consommation, qui est la seconde plus importante d'Afrique après celle de l'Égypte qui dépasse les 20 millions de tonnes par an.
Avec cette nouvelle configuration du marché algérien et le besoin d'écouler un volume compris entre 7 et 8 millions de tonnes, le Maroc apparaît plus que jamais pour les acteurs français comme un relais de croissance en Afrique du Nord.
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Dans le Royaume chérifien, la filière tricolore entend ainsi placer 3,5 millions de tonnes de blé tendre d’ici la fin de la campagne 2025/2026 selon les dernières prévisions du groupe Intercéréales, contre 1,5 million de tonnes un an plus tôt. Avec un tel volume, elle assurera la fourniture des deux tiers des besoins du Maroc en blé tendre.
Dans ce pays qui a déjà ravi la place de premier marché extra-Union européenne du blé français à l’Algérie, les opérateurs français tirent profit, d’une part de la proximité géographique leur permettant de se démarquer en termes de coûts logistiques par rapport à des acteurs plus éloignés, et d’autre part d’un marché jusqu'ici relativement épargné par la concurrence russe.
Selon les données de la Fédération nationale des commerçants de céréales et légumineuses (FNCL), le pays des Tsars a fourni seulement 85 499 tonnes de blé au Maroc entre juin et septembre 2025, contre 996 368 tonnes en provenance de la France.
Il faut savoir que le Royaume chérifien affiche l’un des plus importants niveaux de consommation de blé par habitant du continent africain. Selon les données du Département américain de l’agriculture (USDA), le niveau moyen annuel y atteint 288 kg par tête contre par exemple 268 kg en Tunisie, 195 kg en Égypte ou 56 kg en Afrique du Sud.
Le gouvernement marocain applique actuellement un mécanisme de subventions qui octroie une prime forfaitaire aux importateurs. L’objectif est de stimuler les achats de blé et d'assurer l’approvisionnement domestique en blé tendre, principalement utilisé pour la fabrication du pain.
Espoir Olodo, Agence Ecofin