Pilier de l’économie malienne, l’or a longtemps constitué le principal moteur de croissance et une source majeure de recettes publiques. Au cœur de ce secteur se trouve le complexe de Loulo-Gounkoto, l’une des plus grandes mines d’or d’Afrique, exploité par le groupe canadien Barrick. Le différend qui a opposé Bamako à l’opérateur autour de ce site stratégique n’a pas été sans conséquences sur la production nationale.
La production d’or du Mali a nettement reculé en 2025, principalement en raison du conflit entre l’État et Barrick Mining autour du durcissement des règles minières, a rapporté en fin de semaine dernière Reuters, citant des données provisoires du ministère malien des Mines.
Selon ces données, la production industrielle d’or du Mali a reculé de 22,9 % en 2025, pour s’établir à 42,2 tonnes. À titre de comparaison, les volumes industriels déclarés totalisaient 54,8 tonnes en 2024, alors qu’un an plus tôt ils avaient atteint un pic de 66,48 tonnes.
Cette contraction s’explique en grande partie par la faible contribution de Loulo-Gounkoto, qui était jusqu’alors le premier site aurifère du pays. En 2025, le complexe n’a produit que 5,5 tonnes, contre 22,5 tonnes un an plus tôt. Une baisse liée à la suspension prolongée des opérations et aux perturbations intervenues au cours de l’année.
La hiérarchie des producteurs d’or a changé dans le pays. Selon Reuters, le groupe canadien B2Gold est ainsi devenu le premier producteur industriel d’or du Mali en 2025, avec 17,5 tonnes. Allied Gold s’est hissé à la deuxième place avec 9,58 tonnes, porté par la montée en puissance de sa nouvelle mine de Korali-Sud, qui s’est ajoutée à sa mine de Sadiola.
La production artisanale, qui relève de circuits distincts des mines industrielles, est restée stable à six tonnes. En incluant cette composante, la production nationale totale a atteint 48,2 tonnes en 2025, soit 6 tonnes de moins que la prévision initiale du gouvernement qui tablait sur 54 tonnes.
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Un bras de fer né de la réforme du cadre minier
Le différend entre Barrick et l’État malien s’inscrit dans un contexte de refonte du cadre minier, engagée par Bamako afin de renforcer la part de valeur captée par le pays. Le code minier adopté en 2023 permet désormais à l’État de détenir jusqu’à 35% des parts dans les projets miniers, contre 20% auparavant, dont 5% réservés aux investisseurs locaux.
Si plusieurs opérateurs sont parvenus à s’accorder avec les autorités sur l’application de ces nouvelles règles, les discussions avec Barrick se sont révélées plus complexes. Les tensions se sont accentuées début 2025 après la saisie par l’État d’un stock d’or sur le site de Loulo-Gounkoto, épisode qui a conduit à la suspension des opérations et au placement du complexe sous administration provisoire.
Parallèlement, Barrick avait engagé des procédures d’arbitrage international devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), un mécanisme destiné à trancher les litiges entre États et investisseurs.
Fin novembre 2025, les deux parties ont annoncé un accord destiné à mettre fin au différend. Selon les informations communiquées par Barrick, l’État malien s’est engagé à abandonner les poursuites visant les filiales locales du groupe, à libérer quatre employés détenus et à restituer le contrôle opérationnel de Loulo-Gounkoto.
En contrepartie, Barrick a accepté de retirer ses procédures d’arbitrage, alors que Bloomberg indique que l’accord inclut aussi un paiement de 244 milliards de francs CFA (environ 370 millions d’euros) au profit de l’Etat malien, une information qui n’a pas été confirmée officiellement par les parties.
Reprise attendue et environnement de prix porteur
Les autorités maliennes n’ont pas encore communiqué de nouvelles projections de production pour 2026. La trajectoire du secteur dépendra de plusieurs facteurs, parmi lesquels la normalisation effective des opérations à Loulo-Gounkoto et la stabilité du cadre réglementaire.
Ces incertitudes contrastent avec un environnement de marché favorable. Après une année 2025 positive pour le prix de l’or, plusieurs institutions financières anticipent une poursuite de la tendance haussière. Selon Morgan Stanley, le cours du métal jaune pourrait atteindre 4 800 dollars l’once d’ici fin 2026, soutenu par les perspectives de baisse des taux d’intérêt, la demande des banques centrales et son rôle de valeur refuge.
Pour le Mali, l’enjeu sera de traduire la fin annoncée du conflit avec Barrick en une reprise durable de la production, afin de bénéficier pleinement d’un cycle de prix élevé.