Au Gabon, les défis qui attendent le nouveau ministre des Finances Thierry Minko

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Thierry Minko devra trouver l'équilibre entre consolidation des finances publiques et préservation du pouvoir d’achat au Gabon.
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Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Thierry Minko devra trouver l'équilibre entre consolidation des finances publiques et préservation du pouvoir d’achat au Gabon.
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Dans un décret rendu public le 1er janvier, le président gabonais Brice Oligui Nguema a nommé Thierry Minko à la tête de l’imposant ministère de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations. Y succédant à Henri-Claude Oyima, qui n’a pas quitté la tête du groupe bancaire BGFI depuis sa nomination en mai 2025, M. Minko était jusque-là conseiller technique au sein de ce département dont il a désormais la charge. Sa mission s’annonce délicate, dans un contexte où Libreville doit gérer des inquiétudes croissantes autour de la dette publique, tout en faisant face à la hausse persistante du coût de la vie.
Pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, le Gabon est un producteur de pétrole et de manganèse. Malgré les richesses de son sous-sol, le pays d'Afrique centrale connait depuis plusieurs mois une situation économique délicate, marquée par une crise de liquidités et des difficultés à honorer ses engagements auprès de ses créanciers. A fin octobre 2025, les arriérés de la dette ont atteint 443,6 milliards FCFA (environ 676,3 millions d'euros), en hausse de plus de 174 milliards FCFA (environ 265,3 millions d'euros) par rapport à décembre 2024.
Libreville a multiplié ces derniers mois les incursions sur le marché financier de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC), accentuant la dépendance du Trésor gabonais à ce canal de financement. Sur l’encours de la dette intérieure, qui s’élevait à 4 391,9 milliards FCFA (environ 6,69 milliards d'euros) à fin octobre 2025, plus de 3 200 milliards proviennent ainsi de créanciers régionaux. Le Gabon a d’ailleurs franchi en 2024 la ligne rouge fixée par la CEMAC en matière d’endettement, avec une dette publique estimée à 72,5% du PIB, contre un critère de convergence fixé à 70%. Selon la Banque mondiale, ce taux d’endettement devrait même atteindre 86,1% du PIB d’ici 2027.
C’est dans ce contexte déjà tendu pour la capacité du pays à se refinancer que Fitch Ratings a dégradé sa note de crédit souveraine, aussi bien celle à long terme en devises étrangères, que celle à long terme en devises locales. Une décision que l’agence de notation attribue aux difficultés de Libreville à financer ses besoins à un coût raisonnable, alors que l’intérêt des investisseurs pour la dette gabonaise diminue.
Face à ces différents constats, le gouvernement gabonais a jusqu’ici mis en avant une stratégie centrée sur la qualité de l’endettement. L’ancien ministre des Finances Oyima a estimé que la dette ne « devient problématique [que] lorsqu’elle ne génère aucune recette », soulignant que les emprunts sont réalisés dans le but de financer des investissements structurants. Si son successeur n’a pas encore détaillé les grands axes de sa politique en matière de gestion de la dette, la situation actuelle lui laisse peu de marge de manœuvre, d’autant plus que d’autres défis l’attendent sur le plan intérieur.
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La lutte contre la vie chère, charge rattachée au ministère dirigé par Thierry Minko, place en effet ce dernier au cœur d’un dilemme sensible entre consolidation des finances publiques et préservation du pouvoir d’achat. Face à l’érosion des recettes pétrolières, les autorités gabonaises ont engagé plusieurs mesures visant à renforcer la mobilisation des ressources domestiques, dont la Taxe Forfaitaire d’Habitation. Inscrit dans le budget 2026, ce nouvel instrument fiscal vise à diversifier les revenus de l’État, mais fait l’objet de débats quant à ses implications sur le coût de la vie, dans un contexte où la croissance reste modérée.
Fitch Ratings estime la croissance à 3,5% en 2025, et anticipe un ralentissement à 2,7% en moyenne sur 2026-2027, tandis que le Fonds monétaire international table sur une croissance de 1,9% en 2025 puis 2,6% en 2026. C’est dans ce cadre budgétaire et macroéconomique contraint que Thierry Minko prend fonction, avec la charge de piloter à la fois la gestion de la dette, la mobilisation des recettes et la lutte contre la vie chère.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin