L'agence de notation Fitch Ratings a de nouveau dégradé la note de crédit souveraine du Gabon, le 19 décembre dernier, faisant passer la note à long terme en devises étrangères " Long-Term Foreign-Currency Issuer Default Rating " de CCC à CCC-
Sous pression budgétaire et confronté à des besoins de financement croissants, le Gabon voit sa trajectoire financière fragilisée. La nouvelle dégradation de sa note souveraine par Fitch intervient alors que l’État déploie un budget 2026, marqué par une forte hausse de l’investissement public, dans un contexte de liquidités contraintes.
L’agence de notation Fitch Ratings a de nouveau dégradé la note de crédit souveraine du Gabon, le 19 décembre dernier, faisant passer la note à long terme en devises étrangères « Long-Term Foreign-Currency Issuer Default Rating » de CCC à CCC- et celle à long terme en monnaie locale « Long-Term Local-Currency IDR » de CCC à CC. Pour Fitch, cette décision reflète une détérioration marquée de la capacité du pays à financer ses besoins à un coût raisonnable, une tension accrue sur la liquidité et un accès de plus en plus restreint aux marchés régionaux et internationaux.
Dans son communiqué, l’agence insiste sur la logique qui sous-tend l’écart entre les deux notations : « les besoins de financement en monnaie locale significativement plus élevés et les contraintes plus fortes dans les conditions de financement domestique expliquent l’écart entre les notations en devises locale et étrangère ». Cette formulation traduit un stress significatif sur les ressources internes de l’État face à des échéances qui se multiplient. Les données macroéconomiques confirment d’ailleurs une nette progression de la dette publique, que Fitch projette à 80,4 % du PIB en 2025, un niveau jugé élevé pour une économie toujours très dépendante des revenus pétroliers et désormais confrontée à une baisse de production et des recettes.
Les analystes de Fitch mettent en avant plusieurs éléments qui expliquent cette situation. Au-delà des arriérés croissants et d’un déficit budgétaire élargi à environ 6,1% du PIB en 2025, ils soulignent un environnement où l’intérêt des investisseurs pour la dette gabonaise s’est érodé, comme en témoigne une forte baisse des ratios de couverture lors des adjudications sur le marché régional. La combinaison de ces facteurs a « résulté en des tensions sévères sur la liquidité gouvernementale domestique et externe et une accumulation croissante d’arriérés ».
Un budget 2026 d’envergure, mais fragile
Cette décision de Fitch intervient alors que le Gabon cherche à donner un nouveau souffle à son économie, à travers un budget ambitieux pour 2026 qui s’inscrit dans une dynamique de relance et de transformation structurelle. Le projet de Loi de finances 2026, présenté fin 2025, fait apparaître un cadre budgétaire élargi, avec des ressources et dépenses totales autour de 11,3 milliards d'euros dans une version initiale examinée par le gouvernement, plaçant l’accent sur l’accroissement de l’investissement public dans des secteurs jugés moteurs de croissance. Dans une configuration révisée adoptée par l’Assemblée nationale, le budget est finalement arrêté à environ 6358,2 milliards fcfa, soit environ 9,7 milliards d'euros avec une enveloppe d’investissements publics de l’ordre de 3,2 milliards d'euros, en hausse par rapport aux exercices antérieurs, dans un contexte de prudence budgétaire.
Ce choix budgétaire reflète une double logique : d’une part, l’exécutif gabonais veut impulser une dynamique de développement à travers des projets d’infrastructure structurants. D’autre part, cette ambition s’inscrit dans un environnement financier déjà tendu où l’État doit concilier sa stratégie de relance avec les contraintes de financement, notamment dans un contexte de pression sur les marchés régionaux de capitaux.
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La tension est d’autant plus forte que le budget 2026 repose aussi sur des hypothèses de mobilisation accrue de recettes propres, une perspective rendue délicate par la volatilité des cours du pétrole, qui reste l’un des piliers de l’économie gabonaise. Les autorités misent sur des réformes fiscales, la digitalisation des recettes et la fin de certaines exonérations pour renforcer la base fiscale.
Fitch avait précédemment souligné que malgré un cadre politique jugé plus stable après la transition et l’élection présidentielle de 2025, la fragilité structurelle des finances publiques demeure un point central de la vulnérabilité du Gabon face aux chocs externes ou internes. Dans ce contexte, l’agence estime également qu’aucun nouveau programme avec le FMI n’est d’actualité.