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La Tribune Afrique

Avec le port d'Ain Sokhna, l’Égypte renforce à petits pas ses ambitions logistiques internationales

Photo de Moutiou Adjibi Nourou

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

Publié le 20 janvier 2026 à 10:55

Le nouveau terminal a été conçu pour accueillir des navires de très grande capacité, pouvant atteindre jusqu’à 400 mètres de long.

Le nouveau terminal a été conçu pour accueillir des navires de très grande capacité, pouvant atteindre jusqu’à 400 mètres de long.

Photo DR

Le Quotidien Numérique

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Avec l’inauguration du terminal à conteneurs d’Ain Sokhna, l’Égypte renforce progressivement son dispositif portuaire et logistique autour du canal de Suez. Conçue pour accueillir de grands navires et adossée à des partenariats internationaux, l’infrastructure s’inscrit dans une stratégie de montée en gamme dont l’impact dépendra de sa performance, ainsi que du contexte régional.

En Égypte, les autorités ont officiellement inauguré, le 15 janvier dernier, le terminal à conteneurs de la mer Rouge (RSCT), également désigné comme Terminal 1 du port d’Ain Sokhna, à l’issue d’une phase d’essais techniques lancée en décembre 2025. La cérémonie s’est tenue en présence de plusieurs responsables gouvernementaux, dont le Premier ministre Mostafa Madbouly et le ministre des Transports Kamel El-Wazir.

Pour marquer l’entrée en service de l’infrastructure, le navire CMA CGM IRON, appartenant au groupe maritime international CMA CGM (actionnaire de La Tribune et La Tribune Afrique, NDLR), a été le premier à accoster, avec à son bord quelque 13 000 conteneurs en provenance du port de Beyrouth. Disposant de postes d’amarrage totalisant près de 2 600 mètres linéaires et d’un tirant d’eau de 18 mètres, le nouveau terminal a été conçu pour accueillir des navires de très grande capacité, pouvant atteindre jusqu’à 400 mètres de long. Entièrement automatisée, l’infrastructure vise à renforcer la capacité du port d’Ain Sokhna à traiter des volumes importants et à répondre aux standards techniques requis par les grandes compagnies maritimes internationales.

L’exploitation du terminal a été confiée à un consortium réunissant Hutchison Ports et COSCO Shipping Ports, aux côtés de l’armateur français CMA CGM. Ce choix illustre l’option privilégiée par Le Caire : s’appuyer sur des opérateurs internationaux déjà intégrés aux grandes lignes maritimes et disposant d’une expertise reconnue en gestion portuaire, afin de consolider l’attractivité commerciale de la plateforme.

Ain Sokhna au cœur du corridor Sokhna - Alexandrie

Dans un contexte où les armateurs tendent à concentrer leurs escales sur un nombre limité de ports capables de traiter rapidement de gros volumes, les caractéristiques techniques du terminal d’Ain Sokhna constituent un atout potentiel, à condition que la performance opérationnelle soit durablement au rendez-vous.

Le projet s’inscrit ainsi dans le programme plus large de modernisation du port, présenté comme un maillon central du corridor logistique intégré Sokhna - Alexandrie, un projet logistique d’envergure qui vise à relier le port d’Ain Sokhna, sur la mer Rouge, à celui d’Alexandrie, sur la Méditerranée, à travers un réseau intégré d’infrastructures ferroviaires et routières. L’objectif est de structurer un corridor de transport fluide entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique, et de consolider le positionnement du pays dans les échanges maritimes internationaux.

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Situé à l’entrée sud du canal de Suez — par lequel transite environ 12% du commerce mondial — le port d’Ain Sokhna est également appelé à jouer un rôle de porte d’entrée vers le Golfe Persique, l’Asie et l’Afrique de l’Est. Les investissements consentis visent à déployer un dispositif combinant ports, zones industrielles et connexions terrestres, afin de fluidifier les échanges et de mieux articuler les infrastructures logistiques du pays.

Cette orientation s’inscrit dans la stratégie nationale « Vision 2030 », dans laquelle s’inscrit par le ministère égyptien des Transports, qui prévoit près de 300 milliards de livres égyptiennes (environ 5,4 milliards d'euros) d’investissements dans le développement du secteur maritime. Le programme comprend notamment l’extension des infrastructures portuaires, avec la construction de 70 km de quais d’une profondeur comprise entre 18 et 25 mètres, ainsi que l’augmentation de la superficie portuaire à plus de 100 millions de m².

À cela s’ajoutent le renforcement de la flotte navale nationale — avec un objectif de 40 navires à l’horizon 2030 — et la consolidation de partenariats avec de grands opérateurs internationaux.

Environnement concurrentiel

À moyen terme, la montée en puissance d’Ain Sokhna pourrait influencer certains arbitrages logistiques en Afrique du Nord et en mer Rouge. Toutefois, l’ampleur de cet impact dépendra de plusieurs facteurs, parmi lesquels l’attractivité tarifaire, la fluidité des opérations, la qualité des connexions terrestres et la capacité du port à capter des trafics réguliers. La concurrence régionale demeure en effet soutenue, notamment avec le Maroc, qui poursuit également des investissements massifs pour renforcer son rôle de plateforme de transbordement et de logistique.

Pour l’Égypte, l’enjeu sera double. Il s’agira, d’une part, de s’assurer que les tensions économiques persistantes — qui ont conduit le pays à être suivi par le Fonds monétaire international ces dernières années — ne freinent pas les perspectives de développement du port. D’autre part, dans une région marquée par des fragilités géopolitiques récurrentes, l’objectif sera de garantir aux opérateurs économiques un environnement suffisamment stable pour sécuriser leurs investissements.

En 2024 et sur une partie de l’année 2025, le conflit israélo-palestinien et les attaques menées par les Houthis en mer Rouge, avaient entraîné une chute significative du trafic via le canal de Suez, l’une des principales sources de devises étrangères du pays. En mars dernier, le président Abdel-Fattah El-Sissi évaluait les pertes mensuelles à environ 800 millions USD (environ 684,3 millions d'euros), tandis que les revenus du canal ont reculé de près de 60% sur l’ensemble de l’année 2024, générant un manque à gagner estimé à 6 milliards d'euros.

Moutiou Adjibi Nourou, Agence Ecofin

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