Appian Capital réaffirme son intérêt pour les mines en Afrique, avec un fonds de 860 millions d'euros
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Géomètre utilisant un théodolite sur un site minier
DR
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Géomètre utilisant un théodolite sur un site minier
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Appian Capital Advisory, société de gestion d’actifs basée à Londres, a annoncé mardi 21 octobre la création d’un fonds d’investissement de 1 milliard de dollars (environ 860 millions d’euros) destiné à soutenir les projets liés aux métaux critiques dans les pays en développement. Elle a indiqué que ce véhicule ciblera en priorité l’Afrique et l’Amérique latine.
D’après les informations communiquées, le fonds annoncé constitue le premier instrument d’investissement minier conçu spécifiquement pour les marchés émergents. Il est destiné à accompagner les projets à chaque étape de leur développement, depuis la phase de construction jusqu’à l’entrée en production, en incluant les éventuelles extensions de capacité. La contribution initiale provient de l’International Finance Corporation, qui a engagé 100 millions de dollars, tandis que le reste des capitaux sera levé sous l’égide de l’IFC Asset Management Company, sa filiale dédiée à la gestion d’actifs.
La gestion opérationnelle du fonds reviendra à Appian Capital Advisory, qui prévoit d’intervenir à travers des prises de participation, des facilités de crédit ou des mécanismes de redevances minières. Le premier investissement confirmé concerne la mine de nickel Santa Rita au Brésil. Aucune opération africaine n’a été révélée à ce stade.
Le choix d’Appian d’inclure l’Afrique dans les régions ciblées par son nouveau fonds s’inscrit dans un contexte de montée en puissance stratégique du continent dans l’économie des métaux critiques. Selon plusieurs sources concordantes, l’Afrique abrite environ 30% des réserves mondiales identifiées de minéraux critiques, indispensables à la fabrication de batteries, d’éoliennes et de composants électroniques utilisés dans les technologies bas carbone.
Pour Appian, ce nouveau fonds ne marque pas pour autant un changement de cap, mais plutôt une consolidation d’une orientation déjà engagée. En octobre 2023, la société avait levé 2,06 milliards de dollars à travers son troisième fonds institutionnel, en précisant vouloir consacrer une part significative de ce montant aux métaux liés à la transition énergétique, notamment sur le continent africain. Cette levée avait porté ses actifs sous gestion à environ 4 milliards de dollars.
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Au cours des deux dernières années, Appian a également renforcé son exposition directe en Afrique. En juin 2023, elle a acquis près de 90% de la mine de zinc Rosh Pinah en Namibie, un actif précédemment détenu par Trevali Mining. L’objectif annoncé est d’y relancer un projet d’extension permettant d’augmenter sensiblement la capacité de production. Le plan initial évoquait des réserves exploitables dépassant 500 000 tonnes de zinc sur la période 2024–2032.
Parallèlement, la société a nommé le Sud-Africain Khathutshelo Mapasa comme directeur Afrique. Cet ancien cadre de De Beers et de Basil Read Group est chargé de piloter les opérations africaines, d’identifier de nouveaux actifs et de gérer les relations institutionnelles. Appian détient également des intérêts dans l’or au Ghana, où elle a notamment investi via Asante Gold.
Selon Appian, le nouveau fonds renforce une relation d’investissement de longue date avec l’IFC, marquée notamment par deux opérations réussies sur le continent africain dans l’or et les terres rares. Ces précédentes collaborations auraient permis de construire et mettre en production des actifs miniers.
Le positionnement de l’entreprise en tant que gestionnaire d’un fonds soutenu par l’IFC, et explicitement tourné vers les métaux critiques en Afrique, pourrait donc à court terme influer sur les dynamiques en cours. Plusieurs projets liés aux minéraux critiques sont actuellement en quête de financement dans divers pays comme la Tanzanie, le Ghana, la RDC, l’Angola, ou encore le Zimbabwe.
Pour les pays hôtes, les enjeux sont encore plus importants dans un contexte où ils entendent jouer un rôle plus direct dans la valorisation des richesses de leurs sous-sols. Depuis quelques années, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, y compris des membres de l’Alliance des États du Sahel, ont engagé un recentrage stratégique sur le contrôle des chaînes de valeur minières. Et la dynamique s’étend à d’autres régions du continent comme l’Afrique australe. Le Botswana impose depuis le 1er octobre dernier une participation locale minimale de 24 % dans tous les permis miniers. La Zambie a renforcé son encadrement du contenu local, avec un nouveau cadre réglementaire visant à réserver 40 % des achats miniers à des fournisseurs nationaux. Au Zimbabwe, les autorités ont annoncé l’an dernier une obligation de participation gratuite de 26 % de l’État dans tout nouveau projet minier.
Si ces exigences traduisent une volonté croissante de capter davantage de valeur en local, elles posent aussi des défis concrets aux investisseurs, qui devront adapter leurs modèles de financement, intégrer des partenaires locaux et négocier dans des environnements institutionnels de plus en plus structurés. La capacité du nouveau fonds d’Appian et l’IFC à articuler rentabilité des projets et exigences de souveraineté économique constituera un indicateur important à suivre.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin
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