Les nouvelles autorités malgaches cherchent à envoyer un signal de continuité et de prévisibilité aux investisseurs. La reprise de la délivrance des permis répond à un impératif économique.
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Riche en nickel, cobalt, graphite, ilménite et terres rares, Madagascar abrite depuis longtemps des ressources stratégiques convoitées bien au-delà de l’océan Indien. Ce potentiel peine cependant encore à se traduire en retombées économiques durables, malgré l’intérêt affiché des investisseurs.
Le gouvernement malgache a annoncé la semaine passée la levée d’un moratoire vieux de 16 ans sur l’octroi de nouveaux permis miniers pour la plupart des minéraux. Présentée comme une mesure technique destinée à relancer l’investissement, cette décision survient à un moment où les États-Unis, la Chine et plusieurs acteurs européens cherchent à sécuriser leurs accès à des ressources devenues stratégiques.
La fin d'une suspension de 16 ans
Adopté en 2010, en pleine transition politique, le moratoire sur les nouveaux permis miniers visait à assainir un secteur marqué par la spéculation sur les titres, des failles dans le cadastre et des permis parfois inactifs pendant de longues années. Aucune nouvelle licence n’a ainsi été délivrée pendant plus d’une décennie, gelant de fait l’exploration sur une large partie du territoire. À la fin de l’année 2023, environ 1 650 demandes étaient encore en attente de traitement, selon l’ITIE (Initiative pour la transparence dans les industries extractives).
« Le permis minier est un outil de travail essentiel qui permet aux opérateurs et aux investisseurs d’exercer légalement leurs activités […] C’est pourquoi nous avons décidé de lever la suspension sur la délivrance des permis », a déclaré le ministre des Mines, Carl Andriamparany, selon des propos repris par la presse internationale.
Le gouvernement a toutefois choisi de maintenir le moratoire sur l’or. Les autorités évoquent l’incapacité actuelle de l’État à encadrer efficacement un secteur dominé par l’orpaillage artisanal. En 2024, la production officiellement déclarée n’a dépassé que légèrement les 13 kilogrammes, un volume jugé sans commune mesure avec l’intensité réelle de l’activité sur le terrain.
Un signal scruté par Washington, Pékin et les groupes miniers
La décision malgache tombe dans un contexte géopolitique précis, où plusieurs puissances avancent, à des rythmes différents, sur le terrain minier de la Grande Île. Côté américain, Energy Fuels a confirmé début janvier son ambition de faire du projet Vara Mada un maillon stratégique de l’approvisionnement occidental en terres rares. L’étude de faisabilité actualisée publiée par le groupe met en avant une production combinée de sables minéraux et de monazite sur 38 ans, avec une perspective d’exportation vers les États-Unis pour transformation. Le projet reste toutefois suspendu à des négociations fiscales avec les autorités, rouvertes après le changement de pouvoir survenu en octobre 2025.
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La Chine, de son côté, avance plus discrètement. Reçu par le ministre des Mines, l’ambassadeur chinois à Antananarivo a récemment plaidé pour une coopération « étroite » afin de renforcer l’attractivité du pays insulaire en matière d’investissements miniers. Pékin est déjà présent notamment dans la formation et la cartographie minière, mais multiplie les signaux en direction du nouveau pouvoir.
Dans ce paysage, plusieurs entreprises se font remarquer. Rio Tinto exploite toujours l’ilménite à travers sa filiale QIT Madagascar Minerals, même si le groupe australien a engagé une revue stratégique de ses actifs mondiaux. Ambatovy, projet phare de nickel et de cobalt, reste quant à lui l’un des principaux contributeurs aux exportations du pays, malgré des cycles de marché défavorables. Plus récemment, Harena Rare Earths, une entreprise née de la fusion entre un australien et un britannique, a indiqué vouloir lancer en 2027 la construction de sa mine de terres rares à Ampasindava, après avoir consolidé ses participations et publié une étude de préfaisabilité.
Un enjeu économique pour un pays en quête de crédibilité
Alors que Madagascar sort à peine d’une crise politique marquée par un coup d’État et l’arrivée au pouvoir d’un nouveau régime, les autorités cherchent à envoyer un signal de continuité et de prévisibilité aux investisseurs. Pour le pays, la reprise de la délivrance des permis répond d’abord à un impératif économique.
Selon l’ITIE, le secteur extractif a représenté en 2023 environ 4,6% du PIB réel et près de 49 % des exportations totales du pays. Après l’effondrement de 2020, suivi d’un rebond marqué, la contribution du secteur reste structurellement significative, malgré de fortes fluctuations.
Cette importance contraste néanmoins avec son faible impact sur l’emploi formel. En 2023, le secteur extractif ne représentait plus que 0,35 % des emplois déclarés, contre près de 1,6 % deux ans plus tôt. L’évolution de ce contraste sera un paramètre important pour mesurer l’impact des décisions actuelles pour Madagascar.