Un mois après son retour sur les marchés financiers internationaux, la République du Congo sollicite de nouveau les investisseurs avec la réouverture de son eurobond. Cette opération s’inscrit dans une stratégie plus large de gestion de la dette publique, qui combine recours aux marchés internationaux et exploration de mécanismes alternatifs.
La République du Congo a annoncé cette semaine la réouverture de l’obligation souveraine qu’elle avait émise en novembre 2025, afin de lever 260 millions de dollars supplémentaires, soit 221 millions d'euros. Quelques semaines plus tôt, le pays avait déjà récolté 670 millions de dollars, soit 570,5 millions d’euros, à l’occasion de sa première émission d’eurobonds depuis près de vingt ans. Avec cette nouvelle opération, Brazzaville fait de nouveau appel aux investisseurs internationaux pour financer sa dette.
L’emprunt initial, piloté par la banque américaine Citigroup et coté à la Bourse de Londres, arrivera à échéance en novembre 2032. Il offre un taux d’intérêt annuel de 9,875%. Le remboursement du capital est prévu de manière progressive, en cinq versements égaux entre 2028 et 2032. Selon les autorités congolaises, les sommes levées doivent servir avant tout à rembourser une partie de la dette intérieure arrivant à échéance entre fin 2025 et début 2026. L’objectif est d’étaler les remboursements dans le temps et de desserrer les contraintes de trésorerie à court terme.
La réouverture annoncée mardi 16 décembre porte sur cette même obligation. Elle permet au Congo de lever des fonds supplémentaires sans lancer un nouvel emprunt distinct. Les nouveaux titres sont proposés aux conditions actuelles du marché. Pour les autorités, cette méthode doit permettre d’augmenter la taille de l’émission existante, de faciliter les échanges du titre sur les marchés et de limiter les coûts liés à une nouvelle opération.
Un accueil de marché encore à confirmer
Sur le marché secondaire, où s’échangent les obligations déjà émises, l’eurobond congolais arrivant à échéance en 2032 se négocie autour de 89 % de sa valeur nominale, notamment sur des plateformes européennes comme GETTEX. Cette décote traduit une certaine prudence des investisseurs. Elle signifie aussi que le rendement exigé par le marché est supérieur au taux affiché de 9,875 %, ce qui renchérit le coût de la levée de fonds supplémentaire.
Lors de l’émission initiale en novembre, le retour du Congo sur les marchés internationaux avait été perçu comme un test de crédibilité, après plusieurs années de restructurations de dette et de discussions avec ses créanciers. Malgré une notation spéculative CCC+ attribuée par les agences de notation Fitch et S&P, l’opération avait trouvé preneur, dans un contexte mondial encore marqué par une quête de rendement de la part d’investisseurs internationaux.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.
Fort des engagements pris ces dernières années en matière de transparence, avec la publication trimestrielle d’un bulletin de statistiques sur la dette publique et le renforcement du dialogue avec les investisseurs, le Congo peut aussi compter sur ses indicateurs économiques pour rassurer le marché. Le pays a enregistré une croissance du PIB réel de 2,6 % en 2024, attendue à 3,7 % en 2025 selon le FMI. Le niveau d’endettement reste élevé, mais le ratio de dette publique est revenu à 93,5 % du PIB en 2024, contre plus de 96 % un an plus tôt, avec une trajectoire de baisse projetée à moyen terme.
La piste d’un échange « dette contre nature »
Parallèlement à cette stratégie sur le marché des eurobonds, Brazzaville travaille sur un autre levier. Présent à Belém au Brésil pour la COP30, le ministre des Finances Christian Yoka a indiqué, après l’émission de l’eurobond initial, que son pays envisage un mécanisme de type « debt for nature swap ». Le principe consiste à convertir une partie de la dette existante en financements destinés à la préservation de l’environnement. Selon le ministre, des discussions sont engagées avec plusieurs partenaires européens pour structurer l’opération, notamment autour de rehaussements de crédit, sans qu’un montant ne soit encore déterminé.
Concrètement, il ne s’agit pas d’obtenir de nouveaux prêts, mais de renégocier ou de racheter une partie de la dette à prix réduit, avec l’appui de partenaires internationaux, en échange d’engagements mesurables de protection des forêts du bassin du Congo. Selon les autorités, ce mécanisme pourrait contribuer à alléger la charge de la dette tout en finançant des projets de conservation et de lutte contre le changement climatique, sur le modèle d’opérations déjà conduites ailleurs, dont celle réalisée par le Gabon en 2023 avec son « Blue Bond » de 500 millions de dollars. Aucun calendrier n’a encore été communiqué, mais les discussions doivent se poursuivre dans les prochaines semaines.