L’impact transformateur d’un accès à Internet de qualité sur le développement économique et social d’un pays est désormais une évidence. Pour le concrétiser, la Gambie s’est engagée dans une modernisation en profondeur de son infrastructure terrestre.
L’opérateur public gambien des télécommunications, Gamtel, annonçait le mercredi 24 décembre dernier la signature d’un accord de partenariat public-privé (PPP) avec Sysroad SA Holding, un intégrateur de solutions informatiques et télécoms basé au Sénégal. Il porte sur un investissement de 50 millions USD, soit environ 42,8 millions d’euros, destiné à l’extension et à la mise à niveau du réseau national de fibre optique, colonne vertébrale des échanges de données du pays.
Renforcer le réseau
Pour la mise à niveau, il est concrètement prévu l’augmentation des capacités, de 50 à 800 Gigabits par seconde (Gbps). Derrière ces chiffres, l’enjeu concret est de mettre fin aux goulots d’étranglement qui ralentissent l’Internet, perturbent la qualité de service et limitent ainsi la capacité du pays à bâtir des services numériques solides (administration en ligne, fintech, e-commerce, e-santé, éducation connectée, etc.). Dans un contexte où les usages explosent — streaming, paiements digitaux, services cloud — la robustesse du réseau national devient un facteur déterminant pour une expérience utilisateur optimale.
Lamin A. Tunkara, le directeur général de Gamtel, a expliqué « qu’aujourd’hui, nous ne faisons pas que renforcer des capacités ; nous investissons dans la souveraineté, la résilience et l’avenir économique des générations à venir. La connectivité est la nouvelle infrastructure du développement ».
Le partenariat public-privé signé entre Gamtel et Sysroad est le fruit du changement de stratégie numérique en 2023, matérialisé par le lancement du Plan directeur national pour l'économie numérique 2023-2033. Ce dernier vise à combler les lacunes critiques en matière d'infrastructures. Au-delà de l'expansion nationale du réseau et une couverture étendue des lignes fixes à haut débit, il vise surtout une fiabilité accrue et une réduction des coûts opérationnels pour les petites et moyennes entreprises, les start-up et les créateurs de contenu locaux.
Un fort potentiel longtemps mal géré
En Gambie, la dorsale nationale en fibre optique est relativement bien développée selon la Banque mondiale. Son étude-diagnostic sur l’économie numérique du pays, publiée en mai 2021, indique qu’elle est longue de 1 367 kilomètres et qu'elle couvre un territoire où plus de 90% de la population vit à moins de 10 km d’un nœud de fibre. Un avantage comparatif certain par rapport à la moyenne africaine où seulement 30% de la population vit à moins de 10 km d'un nœud de fibre optique, 49% à moins de 25 km, 67% à moins de 50 km et 79% à moins de 100 km, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT).
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Malgré cette proximité, la dorsale est demeurée largement sous-utilisée. Selon l’étude de la Banque mondiale, seuls 27% des sites du réseau d’accès radio (RAN) — essentiellement situés en zones urbaines — sont connectés à la fibre, tandis que 5% de la population y est connectée. Les segments ruraux eux sont jugés peu fiables, marqués par des coupures de fibre, une qualité de service irrégulière et surtout des tarifs élevés qui découragent l’usage à grande échelle.
Ces difficultés ne relèvent pas uniquement de la technique. La Banque mondiale pointait aussi une gestion insuffisamment performante, et une faible capacité de commercialisation des services par Gamtel qui a la gestion exclusive de l’infrastructure de fibre optique nationale.