Le Kenya s’appuie sur un partenariat public-privé avec Africa50 et Power Grid of India pour financer deux lignes à haute tension, sécuriser l’évacuation de 300 MW d’énergie géothermique et étendre son réseau de distribution, face aux insuffisances de la desserte électrique.
Le 15 décembre dernier, le Kenya a conclu un accord de 264 millions d’euros (311 millions USD) pour le développement de deux lignes de transport d’électricité à haute tension. L’accord, qui est un partenariat public-privé (PPP) a été signé entre la société publique de transmission électrique (KETRACO) et un consortium réunissant Africa50 et la Power Grid Corporation of India. Il prévoit une prise en charge intégrale du projet par les partenaires privés, sans décaissement public initial. Le modèle retenu repose sur un mécanisme de paiements fondés sur la disponibilité effective des infrastructures, certifiée par un expert indépendant, avec une concession plafonnée à 30 ans avant le transfert des actifs à KETRACO.
Des axes structurants
Sur le plan technique, le projet porte sur deux axes structurants du réseau national. La ligne 400 kV Lessos- Loosuk vise à sécuriser l’évacuation de jusqu’à 300 MW d’électricité géothermique issus des champs de Baringo-Silali, une zone appelée à jouer un rôle croissant dans le mix énergétique kényan. La ligne 220 kV Kibos-Kakamega-Musaga étend pour la première fois le réseau à haute tension vers l’ouest du pays, une région historiquement marquée par des chutes de tension et des pertes techniques élevées. L’objectif est d’améliorer la fiabilité de l’approvisionnement, tout en réduisant les contraintes techniques qui pénalisent l’activité économique locale.
En confiant au secteur privé le financement, la construction et l’exploitation de ces ouvrages, les autorités kényanes actent un changement de méthode destiné à répondre à un déséquilibre devenu central. En effet, l’appareil de production électrique en progression rapide, mais un réseau de transport insuffisamment dimensionné pour en absorber les volumes et garantir la stabilité du système. « Ce partenariat démontre la solidité de l’environnement d’investissement du Kenya et la confiance que nous accordent des partenaires internationaux dans notre agenda énergétique. Nous accélérons l’accès à une électricité fiable et abordable, tout en posant les bases de l’industrialisation, de la création d’emplois et d’une croissance économique inclusive. », a déclaré le ministre de l’Énergie, Opiyo Wandayi.
Le transport électrique, maillon critique et sous-financé
Cette initiative se veut une réponse à une fragilité structurelle. Ces dernières années, le Kenya a massivement investi dans la production d’électricité, notamment géothermique et éolienne, mais le développement du réseau de transport n’a pas suivi au même rythme. Par conséquent, on note des congestions, des coupures récurrentes et une incapacité à acheminer efficacement l’électricité depuis les zones de production vers les centres de consommation. Ces dysfonctionnements ont un impact macroéconomique direct, en affectant la productivité industrielle et la fiabilité du service.
La KETRACO s’appuie pourtant sur une planification détaillée. Son Transmission Master Plan 2023-2042 identifie un besoin de 5 672 km de nouvelles lignes à haute tension, pour une extension totale du réseau estimée à près de 9 600 km et une capacité de transformation supplémentaire de 15 891 MVA sur vingt ans. Le coût global de ce programme est évalué à environ 4,6 milliards d’euros, un montant difficilement soutenable pour les finances publiques dans le contexte actuel. Jusqu’à présent, le financement du transport d’électricité reposait principalement sur le budget de l’État et sur des emprunts concessionnels auprès des institutions financières de développement. Plus de vingt projets ont été soutenus par ce biais depuis 2008.
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Mais cette stratégie atteint aujourd’hui ses limites. La hausse de la dette publique, combinée à des besoins sociaux pressants, réduit la capacité de l’État à recourir à de nouveaux financements souverains. Par ailleurs, les cycles de financement des bailleurs, souvent étalés sur 5 à 8 ans, ne sont plus compatibles avec l’urgence des besoins du réseau. Le recours au PPP vise donc à combler un déficit de financement estimé à lui seul à environ 4,6 milliards d’euros, tout en raccourcissant les délais de réalisation. En transférant une partie des risques au secteur privé, l’État cherche à préserver sa trajectoire budgétaire tout en maintenant le rythme des investissements indispensables à la sécurité énergétique.
Un modèle et des défis
Ce modèle n’est toutefois pas exempt de défis. Le transport d’électricité est un secteur fortement capitalistique, à rentabilité lente et très dépendant de la stabilité réglementaire. À moyen terme, l’enjeu dépasse ce seul projet. KETRACO estime devoir développer environ 8 000 km supplémentaires de lignes au cours des vingt prochaines années. Si le modèle PPP se révèle efficace, il pourrait devenir un pilier du financement du transport électrique au Kenya. La suite dépendra toutefois de la capacité des autorités à garantir un cadre prévisible et à démontrer, par l’exécution, que ce changement de méthode permet réellement de lever l’un des principaux freins à la transformation énergétique et industrielle du pays.