La compagnie pétrolière publique nigériane a lancé la vente de participations dans certains actifs, dans un secteur déjà en pleine recomposition. Alors que les majors comme Eni et Shell recentrent leurs activités sur l’offshore, cette opération pourrait renforcer la place des producteurs locaux, désormais au cœur de l’équilibre du premier producteur africain de brut.
La société publique de pétrole du Nigeria, la NNPC, a officialisé le 29 décembre dernier la mise en vente de ses participations dans certains actifs pétroliers et gaziers. Annoncée plus tôt cette année par le gouvernement fédéral, cette décision intervient en pleine recomposition du secteur pétrolier nigérian, avec une montée en puissance d’acteurs locaux et la réorientation du portefeuille des majors.
La NNPC a appelé les candidats intéressés à s’enregistrer en ligne avant le 10 janvier 2026. La sélection se fera par pré-qualification sur la base de la capacité technique et financière des opérateurs. Une évaluation documentaire précédera aussi les négociations, avant l’obtention des autorisations réglementaires nécessaires. Les entreprises ayant rempli ces conditions auront ensuite accès à une salle de données virtuelle pour examiner les informations détaillées sur les actifs.
Réorganisation des majors
Les projets concernés ne sont pas clairement identifiés et la NNPC ne précise pas le montant attendu de la cession ni la taille exacte des participations proposées. On sait en revanche qu’il s’agit d’un mélange d’actifs détenus directement par la NNPC et d’autres exploités en partenariat avec des compagnies internationales, comme Shell, Chevron, Eni et TotalEnergies. Aucune de ces majors n’a encore signalé une volonté de se positionner pour acquérir les parts mises en vente par la NNPC, alors qu’elles opèrent depuis quelques mois un recentrage stratégique de leurs activités au Nigeria.
ExxonMobil a ainsi finalisé fin 2024 la vente de l’ensemble de ses activités onshore au Nigeria, tout en conservant ses positions dans l’offshore profond. Le groupe américain a indiqué vouloir concentrer ses investissements sur des projets jugés plus stables et mieux alignés avec ses priorités globales. Une logique similaire est à l’œuvre chez Eni, qui a achevé à l’été 2024 la cession de sa filiale nigériane opérant des actifs onshore, dans une opération présentée par le groupe italien comme une rationalisation de son portefeuille amont. Là encore, la transaction n’a pas concerné les projets offshore ni les participations gazières stratégiques, illustrant une certaine hiérarchisation des actifs.
Shell et TotalEnergies ont aussi engagé ou annoncé des processus de désengagement de champs terrestres ou de participations non stratégiques, traduisant un changement notable dans l’approche des majors au Nigeria. Confrontées depuis des années aux risques liés à l’insécurité, aux sabotages d’infrastructures, aux vols de brut et aux contentieux environnementaux dans le delta du Niger, les compagnies internationales privilégient des projets offshore moins exposés.
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Montée en puissance des locaux
À la faveur de ces retraits ciblés, une nouvelle génération de producteurs nigérians s’impose progressivement comme un pilier du secteur pétrolier. Ces acteurs locaux assurent désormais plus de la moitié de la production nationale de brut, contre environ 40% il y a encore quelques années, selon les données sectorielles. Cette montée en puissance s’accompagne d’investissements significatifs. Après avoir repris les actifs onshore de Shell, Renaissance Africa Energy prévoit de mobiliser 15 milliards de dollars sur cinq ans afin d’accroître sa production de pétrole et de doubler ses volumes de gaz. De son côté, Seplat Energy, qui a acquis les activités onshore et en eaux peu profondes d’ExxonMobil, prévoit d’injecter 320 millions de dollars pour remettre en production environ 400 puits et porter sa production à 140 000 barils par jour. La mise en vente des actifs de la NNPC est l’occasion pour ces différents acteurs de renforcer l’ancrage local dans le secteur pétrolier nigérian.
Les producteurs locaux doivent néanmoins gérer des défis majeurs. En reprenant des actifs longtemps jugés risqués par les majors, ces entreprises héritent aussi de problématiques persistantes évoquées plus haut. Leur capacité à surmonter ces contraintes conditionnera en grande partie la réussite de cette transition et la trajectoire future de la production pétrolière nigériane.