Banques centrales : plus de 1 000 tonnes d’or achetées chaque année sur les trois dernières années, un rythme inédit par rapport à la décennie précédente.
En s’alliant à la Banque centrale d’Égypte pour lancer un projet de banque panafricaine de l’or, Afreximbank entend inscrire le continent dans une dynamique mondiale où le métal jaune retrouve une place centrale dans les stratégies monétaires.
La Banque africaine d'import-export (Afreximbank) a annoncé mardi 30 juin la signature d’un protocole d’accord avec la Banque centrale d'Égypte pour la création d’une banque panafricaine de l’or en Egypte. L’initiative intervient alors que l’or occupe une place croissante dans les stratégies des banques centrales, utilisé à la fois comme outil de diversification des réserves, de gestion des risques géopolitiques et de réduction de l’exposition au dollar américain.
Selon les termes du protocole d’accord, les deux institutions vont coopérer pour développer un programme de banque de l’or implantée dans une zone franche industrielle en Egypte et destiné à structurer des services financiers adossés au métal précieux. Cela comprend la création d'une raffinerie accréditée au niveau international, d'installations de stockage sécurisées et de services financiers et commerciaux associés. Loin d’être une initiative réduite à l’Egypte, premier actionnaire d’Afreximbank et pays hôte du siège de l’institution, la future banque de l’or devrait impliquer les gouvernements africains, d’autres banques centrales et les compagnies minières.
Le projet s’inscrit en effet dans une ambition plus large de renforcement du rôle de l’or dans les systèmes financiers africains. Il vise à faciliter la constitution de réserves en or par les banques centrales, à soutenir la formalisation des chaînes de valeur aurifères et à réduire la dépendance du continent vis-à-vis des centres étrangers de raffinage et de commercialisation.
« En constituant efficacement des réserves d'or, comme l'ont fait d'autres grandes économies, nous renforçons la résilience du continent, minimisons sa vulnérabilité aux chocs extérieurs, améliorons la stabilité et la convertibilité de la monnaie et créons de la richesse au sein du continent », explique George Elombi, président d’Afreximbank.
Tendance mondiale
L’initiative portée par Afreximbank s’inscrit dans une dynamique mondiale marquée par un retour en force de l’or dans les stratégies des banques centrales. Selon le World Gold Council (WGC), les banques centrales ont accumulé plus de 1 000 tonnes d’or par an au cours des trois dernières années, un rythme nettement supérieur à la moyenne observée sur la décennie précédente. Cette accélération intervient dans un environnement d’incertitudes géopolitiques et macroéconomiques, qui pèse sur la gestion des réserves et sur les perspectives des investisseurs institutionnels.
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Dans un sondage conduit entre février et avril 2024 par le WGC auprès d’une soixantaine de banques centrales, l’or apparaît avant tout comme un instrument de diversification des réserves, mais aussi comme une protection contre les risques géopolitiques. Ces motivations ressortent de nouveau dans l’édition 2025 de l’enquête, publiée en juin, où 95 % des répondants anticipent une hausse des réserves mondiales d’or sur les douze prochains mois. Le métal jaune est perçu comme un actif refuge politiquement neutre, ne relevant de la responsabilité d’aucun État et pouvant être stocké sur le territoire national, ce qui limite son exposition aux sanctions ou aux risques de saisie.
Cette lecture est partagée par le Fonds monétaire international (FMI). Sa directrice générale adjointe, Gita Gopinath, souligne que l’augmentation des achats d’or par les banques centrales en 2022 et 2023 constitue l’évolution la plus marquante dans la composition des réserves de change mondiales. Elle observe que la part de l’or progresse surtout dans les pays exposés aux risques géopolitiques et aux sanctions, alors qu’elle reste globalement stable dans les économies alignées sur les États-Unis. En Chine, par exemple, la part de l’or dans les réserves totales est passée de moins de 2% en 2015 à 4,3% en 2023, tandis que la part des obligations américaines a reculé.
Enjeux et incertitudes
Le projet initié par l’Egypte et Afreximbank peut aider à structurer une réponse commune du continent à la montée en puissance de l’or dans les stratégies monétaires. Alors que l’Afrique figure parmi les principales régions de production d’or au monde, avec plus de 1 000 tonnes extraites en 2024, les banques centrales du continent ne disposent que d’une part marginale des réserves du métal jaune. Selon les données du World Gold Council, à fin 2024, l’Afrique subsaharienne abritait environ 194 tonnes d’or dans les coffres des banques centrales, avec une nette concentration en Afrique du Sud (125,4 tonnes). A titre de comparaison, les banques centrales d’Europe de l’Ouest disposent d’environ 12 000 tonnes de réserves d’or et l’Inde dispose à elle seule de 876 tonnes.
Pour le président d’Afreximbank, une banque de l'or aidera l’Afrique à modifier « fondamentalement » la manière dont le continent gère, valorise et stocke ses ressources aurifères, « dans le but premier de conserver la valeur sur le continent ». Seulement, la concrétisation d’une telle ambition dépend encore de plusieurs facteurs. Afreximbank et l’Egypte prévoient une étude de faisabilité visant à évaluer les exigences techniques, commerciales et réglementaires pour le développement d'un tel écosystème intégré.
En attendant les modalités pratiques de cette initiative, il faut souligner que certains pays, parmi les principaux producteurs d’or du continent, intègrent déjà individuellement le métal jaune dans leur stratégie monétaire. Le Zimbabwe l’utilise notamment pour stabiliser une nouvelle monnaie nationale, le ZiG, lancée en 2024, alors que le Ghana a recours à la production d’or pour payer certaines charges de l’Etat, comme les achats de carburants. L’un des défis sera sans doute de canaliser ces initiatives nationales vers un objectif continental.