Du pétrole au biocarburant, Eni étend son empire africain
Espoir Olodo, Agence Ecofin

La major pétrolière italienne Eni a signé un accord avec l'Association égyptienne de la bioénergie pour le développement durable
@Eni
Espoir Olodo, Agence Ecofin

La major pétrolière italienne Eni a signé un accord avec l'Association égyptienne de la bioénergie pour le développement durable
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La signature, voici quelques jours par la major pétrolière italienne Eni d'un accord avec l'Association égyptienne de la bioénergie pour le développement durable concerne la réalisation d’une étude de faisabilité sur la construction d’une unité de biodigestion devant valoriser les déchets agricoles et animaux pour la production de biogaz destiné à la production d'énergies renouvelables. Cette initiative est la dernière en date de l’entreprise qui vise la neutralité carbone d'ici 2050.
Dans le cadre de cette stratégie, le groupe entend renforcer son activité dans les biocarburants en s’appuyant sur l’Afrique, d’où il prévoit d’approvisionner environ 25 % de ses matières premières. Il projette ainsi de produire près de 700 000 tonnes d’huile végétale sur le continent d’ici 2026, grâce à un investissement total de 735 millions de dollars (environ 640 millions d’euros).
La compagnie qui exploite déjà des bioraffineries en Sicile et à Venise a véritablement amorcé son expansion dans le secteur africain des biocarburants en 2022, avec l’inauguration au Kenya d’une unité d’extraction d’huiles végétales dotée d’une capacité installée de traitement de 15 000 tonnes d’oléagineux. L’usine basée dans le comté de Makueni produira de l’huile à partir des graines de ricin, de croton et de coton. Depuis ce lancement, les choses se sont accélérées, le groupe ciblant dans plusieurs autres pays des chaînes de valeur agricoles susceptibles d’alimenter la production de biocarburants. Ainsi, en plus du Kenya où elle a annoncé l’année dernière qu’elle mobiliserait un prêt de 210 millions $ pour développer ses opérations, elle investit en Côte d’Ivoire dans la valorisation des graines d’hévéa.
En juillet 2023, elle noue un partenariat avec la Fédération ivoirienne des producteurs d’hévéa (FPH-CI) pour l’approvisionnement en graines d’hévéa. Cette initiative qui avait pour but de valoriser ce sous-produit jusque-là peu exploité de la filière se concrétise un an plus tard avec le lancement d’une campagne visant à collecter 50 000 tonnes de la graine. L’entreprise exporte finalement en juin 2025 sa première cargaison d’huile végétale produite à partir de graines d’hévéa vers l’Italie pour la fabrication de biocarburants dans les bioraffineries italiennes d’Enilive, la filiale d’Eni dédiée à la mobilité durable. Dans l’intervalle, elle a paraphé un accord avec le gouvernement ivoirien pour apporter son appui à la structuration d’une chaîne d’approvisionnement agricole durable, notamment au niveau de la filière hévéa.
En dehors de ses interventions en Côte d’Ivoire, l’entreprise pétrogazière a inauguré en juin dernier au Congo, une unité d’extraction d’huile de soja et de tournesol dans le département de la Bouenza, au sud du pays. Elle est dotée d’une capacité de production de 30 000 tonnes par an d’huile végétale. La pleine capacité devrait atteindre 250 000 tonnes à partir de 2027.
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Dans le cadre de son ambition africaine, le groupe a également lancé au Mozambique la production d’huile végétale à partir de sous-produits agricoles via sa filiale Eni Rovuma Basin, avec le développement d’un Agri-Hub dont la capacité pourrait atteindre 200 000 tonnes à l’horizon 2027. En parallèle, il collabore avec l’Agence nationale du pétrole, du gaz et des biocarburants d’Angola (ANPG) et Sonangol pour la production d’agrocarburants.
Pour Eni, la transition vers les biocarburants vise à la fois à réduire l’empreinte carbone de ses activités et à saisir les opportunités commerciales offertes par ce secteur.
Selon la firme d’analyse Technavio, le marché des biocarburants devrait enregistrer un taux de croissance annuel composé (CAGR) de 3,8 % entre 2024 et 2029, soit une hausse en valeur de 32,6 milliards de dollars sur la période. De son côté, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que la demande mondiale en biocarburants devrait croître de 23 % pour atteindre 200 milliards de litres d’ici 2028.
L’Union européenne sera l’un des principaux moteurs de cette dynamique, s’étant fixé pour objectif d’atteindre, d’ici 2030, une part d’au moins 29 % d’énergies renouvelables dans la consommation finale du secteur des transports.
Si avec ces perspectives, le continent africain devrait encore gagner en importance dans le cadre du positionnement d’Eni dans les biocarburants, la compagnie devra toutefois veiller à ce que ses activités dans la production de matières premières ne fassent pas de l’ombre à l’usage des terres à des fins alimentaires. Si sur le papier, celle-ci assure qu’il n’y a pas de concurrence entre ses deux types de conversion des terres, une enquête du Pulitzer Center publiée en juillet dernier a notamment dénoncé l’impact sur la sécurité alimentaire du projet du groupe au Congo visant à transformer le soja et le tournesol en biocarburants.
Espoir Olodo, Agence Ecofin
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