Blocs et affleurements de fluorspar à haute teneur observés en surface dans la zone de fluorite de Monte Muambe
@Altona Rare Earths
Dans le tumulte des marchés de minéraux critiques, les grands noms occupent l’espace médiatique et politique. Mais il arrive que des sociétés plus modestes tracent, à bas bruit, leur chemin dans un environnement minier africain de plus en plus exigeant. C’est le cas d’Altona Rare Earths, entreprise britannique cotée à Londres, qui vient de finaliser deux levées de fonds successives et accélère ses travaux au Mozambique et au Botswana.
Le 15 octobre 2025, Altona clôture une deuxième levée de fonds en moins de trois mois sur le marché alternatif de la bourse de Londres. Au total, l’entreprise britannique a levé près de 1,5 million de livres sterling pour assainir ses finances et avancer sur son principal actif minier, le projet Monte Muambe au Mozambique. Derrière cette somme et ce qu’elle dit vouloir en faire se cache pourtant une stratégie discrète d’expansion sur les minéraux critiques africains. Portrait d’une junior appelée comme ses pairs à démontrer qu’elle n’est pas une coquille vide de plus, comme il s’en est vu tant dans le secteur.
L’entreprise, ses projets, ses hommes
Altona Rare Earths a été fondée avec l’ambition de participer à l’approvisionnement en métaux critiques, ces ressources essentielles à la transition énergétique, dont l’Europe cherche à sécuriser l’accès. Son PDG, Cédric Simonet, est géologue de formation, titulaire d’un doctorat et habitué de l’Afrique depuis plus de deux décennies. Ancien dirigeant de la SOGEREM en France, il a travaillé sur des gisements d’or, de vanadium, de terres rares et de niobium. Il a cofondé Akili Minerals, cabinet d’exploration basé à Nairobi, et a présidé la Chambre des mines du Kenya.
Sous sa direction, Altona a structuré un portefeuille de trois projets ciblés. Le plus avancé se trouve au Mozambique, à Monte Muambe, où la société s’est installée dès 2021 sur un ancien volcan. L’endroit est prometteur. Il contient du néodyme et du praséodyme, deux métaux classés parmi les terres rares. Ils servent à la fabrication d’aimants permanents, utilisés notamment dans les véhicules électriques et les turbines d’éoliennes. La société y détient une concession minière valable jusqu’en 2049.
Moins de deux ans après l’entrée sur site, un premier jalon est atteint en octobre 2023 lorsqu’Altona publie une estimation établissant à 13,6 millions de tonnes les ressources minérales disponibles sur le site, avec une teneur moyenne de 2,42 % d’oxydes de terres rares. Dans la foulée, l’entreprise publie une étude exploratoire, une des premières étapes formelles dans la validation d’un projet minier, qui examine la faisabilité technique et économique de l’exploitation. Ladite étude projette une production annuelle de 15 000 tonnes de concentré de terres rares, une durée de vie de 18 ans, une rentabilité de 25 % après impôts, et un retour sur investissement au bout de 2,5 ans.
Parallèlement, Altona explore d’autres pistes sur ce même site. Des veines riches en fluorine, ou fluorspar, un minéral utilisé dans l’industrie chimique et métallurgique, sont identifiées avec l’espoir d’une exploitation à plus court terme. Pour avoir plus de précisions sur cette possibilité, l’entreprise mène des tests métallurgiques au Zimbabwe. En avril 2025, elle découvre un nouvel élément intéressant, la présence de gallium dans les sols. Ce métal rare, souvent produit comme sous-produit du zinc ou de la bauxite, pourrait ici être récupéré directement à partir des minerais de terres rares.
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Loin de là, au Botswana, l’entreprise a signé en avril 2024 un accord pour acquérir jusqu’à 85% d’intérêts dans le projet de cuivre Sesana. Ce dernier se trouve au cœur de la ceinture de cuivre du Kalahari, dans une « province cuprifère émergente où des découvertes de classe mondiale ont déjà été prouvées par le développement de mines », selon le PDG Cédric Simonet.
De grandes ambitions pour une petite compagnie
Altona dit vouloir créer de la valeur à travers des projets rapidement exploitables. Dans ses communications, elle insiste sur l’intérêt de disposer d’un portefeuille modulaire, géographiquement diversifié, aligné sur les priorités critiques définies par l’Union européenne. C’est dans cette logique qu’elle a recentré ses efforts sur trois métaux jugés stratégiques — les terres rares, le cuivre et le fluor — tout en laissant ouverte la porte à d’autres minéraux critiques.
Son ambition repose toutefois sur des ressources modestes. Altona, cotée sur le marché alternatif de la bourse de Londres, affiche une capitalisation boursière d’environ 6,7 millions de livres sterling à la mi-octobre 2025. Le prix de son action oscille entre 1,16 et 2,34 GBX sur les douze derniers mois, et sa valorisation boursière demeure celle d’une société encore en phase d’exploration, sans revenus miniers. Plus de 56 % des parts sont détenues par le public, souvent de petits porteurs ou des investisseurs de niche habitués à l’univers risqué, mais spéculatif des juniors minières. Le reste du capital est réparti entre quelques investisseurs stratégiques. Richard Jennings, figure bien connue du microcosme boursier londonien, détient 15,6% des parts, alors que la holding d’investissement Tracarta Ltd en possède 10,8%, et la société de trading Spreadex Ltd en contrôle près de 7%.
Pour gagner en crédibilité dans les cercles industriels européens, la société a commencé à tisser des liens institutionnels. En avril 2025, Altona a rejoint la Fédération allemande de l’industrie minière internationale (FAB), une organisation qui joue un rôle dans la définition des politiques minières sur le Vieux Continent. La FAB est étroitement connectée à la Fédération de l’industrie allemande (BDI) et à Euromines. Cette adhésion n’a rien d’anodin. Elle intervient à un moment où les industriels allemands, confrontés à la fragilité de leurs chaînes d’approvisionnement en terres rares, cherchent à établir des liens directs avec des sociétés opérant sur le terrain. « Cette adhésion intervient à un moment charnière de notre développement », soulignait à l’époque Cédric Simonet. Elle pourrait préparer le terrain à d’éventuels accords commerciaux ou industriels autour du concentré de terres rares de Monte Muambe.
Un statut qui dit plus qu’il n’y paraît
Altona est ce qu’on appelle dans le jargon une junior minière. L’expression désigne ces petites compagnies qui n’exploitent pas encore de gisement, mais qui interviennent en amont de la chaîne de valeur, là où commencent les paris risqués sur la richesse des sous-sols. Elles identifient, explorent, cartographient, forent, testent. Certaines finissent par transformer leurs découvertes en mines industrielles. D’autres revendent leurs permis à des acteurs plus solides. D’autres encore disparaissent, après avoir alimenté l’espoir — et parfois la spéculation — pendant des années.
Ce modèle économique, fondé sur le financement en continu par le marché et sur la communication du rêve minier, est aussi vieux que l’industrie elle-même. Et il a connu des excès, notamment en Afrique, où nombre de juniors sont venues promettre des investissements faramineux, pour ne rien produire au final. Des pays comme le Cameroun, la Tanzanie ou le Malawi ont appris à leurs dépens ce que coûte la complaisance à l’égard de sociétés sans moyens ni intention réelle de développer leurs permis.
Depuis quelques années, plusieurs gouvernements africains ont commencé à serrer la vis. En Éthiopie, au Malawi ou au Zimbabwe, des dizaines de licences ont été révoquées au nom d’une doctrine désormais assumée : « utiliser ou perdre ». Pour les juniors actives sur le continent, cela signifie l’obligation de prouver rapidement leur crédibilité technique, financière et environnementale. Et pour celles qui, comme Altona, veulent se faire une place dans un secteur aussi concurrentiel que celui des minéraux critiques, cela suppose une capacité à franchir des jalons concrets, tout en rassurant à la fois les investisseurs et les gouvernements hôtes.
C’est sur ce terrain que la trajectoire récente d’Altona mérite d’être scrutée. En publiant une étude exploratoire chiffrée, elle donne des indications techniques sur son projet, que le marché peut évaluer. Et en rejoignant une organisation telle que la FAB, elle tente de se positionner comme un maillon crédible d’une future chaîne de valeur européenne en terres rares.
Mais il reste plusieurs inconnues. D’abord, Altona reste une entreprise à très petite capitalisation, sans chiffre d’affaires ni partenaire industriel identifié à ce jour. Elle affirme rechercher des accords d’enlèvement (offtake agreements), mais aucun n’a encore été annoncé publiquement. Ensuite, si son actif mozambicain est prometteur sur le papier, il lui reste à franchir des étapes capitales : études de préfaisabilité, obtention de financements, accord environnemental, construction, et mise en production.
Enfin, reste la question de la confiance. Car dans un écosystème africain désormais plus vigilant, les autorités ne se contentent plus de promesses. Elles observent, mesurent, vérifient. À Monte Muambe comme à Sesana, il faudra convaincre sur pièces. Le statut de junior ne condamne pas. Mais il n’excuse plus. Dans le marché fébrile des minéraux critiques, seules les promesses tenues font foi.