L'Union européenne et les pays africains continuent de renforcer leurs partenariats sécuritaires sur le front maritime. Dans ce dispositif, le Sénégal, fort de sa façade atlantique stratégique, s'affirme comme un acteur clé des équilibres sécuritaires régionaux.
Le Conseil de l’Union européenne a annoncé, ce 5 mai, l’adoption d’une mesure d’assistance de 15 millions d’euros en faveur de la marine sénégalaise, au titre de la Facilité européenne pour la paix (FEP). Il s'agit d'un instrument créé en mars 2021 pour prévenir les conflits, préserver la paix et renforcer la sécurité ainsi que la stabilité internationales en finançant des actions relevant de la politique étrangère et de sécurité commune de l’UE.
Renfort des capacités
Il permet notamment de soutenir les capacités d’Etats tiers et d’organisations régionales ou internationales dans les domaines militaire et de la défense. L’appui financier doit être déployé sur 36 mois, et vise à renforcer la capacité du pays ouest-africain à protéger sa souveraineté en mer, tout en contribuant à l’amélioration de la sûreté maritime à l’échelle sous-régionale.
L’enveloppe européenne ne financera pas d'équipements offensifs. Le Conseil indique en effet que l’UE fournira à la marine sénégalaise du matériel non létal essentiel. Les ressources mobilisées serviront à renforcer les capacités dans trois domaines : les opérations navales, l’éducation navale et l’appui au commandement naval. Autrement dit, l’aide vise moins l’acquisition d’armements que l’amélioration des moyens de fonctionnement, de coordination, de formation et de conduite des missions maritimes.
Pour Dakar, cet appui peut contribuer à une montée en compétence durable de l’outil naval, au-delà d’un simple soutien ponctuel en équipements. Le Conseil précise que cette mesure s’inscrit dans le cadre de l’architecture de Yaoundé, un mécanisme de coopération régionale adopté en 2013 et consacré à la sécurité maritime dans le golfe de Guinée et ses environs.
Pour l’UE, l’enjeu est de soutenir un partenaire ouest-africain jugé stratégique sur les questions de défense maritime, dans un environnement où les espaces côtiers et les routes maritimes occupent une place croissante dans les politiques de sécurité.
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Le Sénégal, partenaire clé
Situé à l’entrée du golfe de Guinée, espace stratégique à la croisée de grandes routes commerciales et riche en ressources halieutiques, pétrolières et gazières, le Sénégal fait face, comme ses voisins, à des menaces persistantes : pêche illicite, piraterie, brigandage en mer, trafics illicites et criminalité transnationale organisée. L’UE rappelle d’ailleurs que le golfe de Guinée, qui s’étend du Sénégal à l’Angola, soit 19 pays dotés d’une façade côtière, constitue une zone maritime majeure pour le transport d’hydrocarbures et de marchandises, mais aussi un espace fragilisé par l’insécurité.
Dans une fiche consacrée à la région, le ministère français des armées explique que cette dernière concentrait encore en 2020 près de 50% de la production pétrolière du continent africain (environ 10% de la production mondiale), dont 40 000 barils perdus chaque jour à cause de vols, de détournements ou de sabotages, 4 000 milliards de mètres cubes de réserves de gaz naturel, plus de 1 million de tonnes de poissons, dont environ 40% captés par la pêche illicite, non déclarée et non réglementée et représentant une perte annuelle de plus de 1,5 milliard USD (environ 1,273 milliard d'euros) pour les États riverains. Sans oublier que la zone comptabilisait alors plus de 90% des enlèvements en mer dans le monde, illustrant son niveau de vulnérabilité.
Le Conseil ajoute que le financement débloqué en faveur de la marine sénégalaise doit aussi renforcer la coopération entre le pays et les marines des Etats membres de l’Union européenne, notamment dans le cadre de l’initiative relative aux présences maritimes coordonnées. Cette précision montre que le financement ne répond pas uniquement à une logique bilatérale d’assistance, mais qu’il s’insère dans une stratégie plus large d’interopérabilité et de présence européenne dans les espaces maritimes jugés sensibles.
Là encore, l’UE met en avant un partenariat de sécurité fondé sur l’accompagnement des capacités nationales, plutôt que sur une substitution directe aux forces locales.