Orom-Cross attire à la fois l’Europe et les USA, qui cherchent à réduire leur dépendance à la Chine en matière de batteries pour véhicules électriques. Entre partenariats industriels, appuis financiers et accords d’achat en discussion, la future mine ougandaise se présente déjà comme un maillon clé des nouvelles chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques.
La société britannique Blencowe Resources a annoncé le vendredi 23 janvier la signature d’une lettre d’intention avec l’italien Alkeemia S.P.A. pour faire traiter la production de graphite de son projet Orom-Cross en Ouganda. Il s’agit des prémices d’un éventuel partenariat avec un nouvel acteur européen, alors que l'Union européenne a déjà signalé son intérêt pour ce projet. Comme les États-Unis, l’UE considère cette future mine comme une alternative à la Chine, qui domine la filière mondiale du graphite, un des matériaux critiques essentiels aux véhicules électriques.
La lettre d’intention prévoit une allocation initiale de 1 000 tonnes de matière première, avec une augmentation progressive dans le temps. Dans le cadre du partenariat commercial envisagé, des tests annoncés par Blencowe ont montré que le graphite d'Orom-Cross peut être purifié à 99,99 % de teneur en carbone, la plus haute pureté commercialement reconnue, grâce à la technologie d'Alkeemia.
La société britannique resterait propriétaire du produit traité par son partenaire italien, qui ne fournirait ainsi qu’une prestation de service. Selon elle, la technologie de purification d’Alkeemia correspond aux attentes de clients, mais aussi d’organismes de financement européens. Un point non négligeable, puisque la société a déjà noué des accords de part et d’autre de l’Atlantique pour sécuriser non seulement le financement nécessaire au développement du projet ougandais, mais aussi obtenir de futurs débouchés pour la production.
Alternative à la Chine
Matériau le plus lourd dans la batterie d’un véhicule électrique, le graphite y constitue l’élément principal de l’anode, l’électrode qui stocke et libère les ions lithium lors des cycles de charge et de décharge. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la Chine assure plus de 95 % de la production de graphite destiné à la fabrication de batteries. Pour ces batteries lithium-ion, l’Union européenne a lancé Safeloop une initiative de recherche et d’innovation financée par le programme Horizon Europe, son cadre dédié au soutien à la recherche et à l’innovation et doté d’une enveloppe de 100 milliards d’euros. Safeloop vise à développer des cellules plus sûres et plus durables pour l’industrie automobile européenne.
En 2024, Blencowe a été sélectionnée par Safeloop pour devenir le fournisseur exclusif de graphite. Un choix que la compagnie attribue à la qualité de son produit ougandais. « Cette sélection témoigne de la grande qualité d'Orom-Cross et du rôle essentiel qui lui reviendra dans la chaîne d'approvisionnement des véhicules électriques », s'est félicité Cameron Pearce, président exécutif de la société britannique.
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Selon une étude de faisabilité définitive publiée en décembre 2025, Orom-Cross devrait entrer en service durant le premier semestre 2027, avec une capacité de production initiale de 20 000 tonnes de concentré de graphite par an durant la phase 1. La mine monterait ensuite en régime pour livrer jusqu’à 70 000 tonnes de concentré sur la phase 2. Le financement nécessaire pour développer la phase 1 d’Orom-Cross est estimé à 40 millions USD (environ 33,7 millions d’euros), contre 120 millions USD (101 millions d’euros) pour la phase 2.
Pour cette deuxième étape, Blencowe a annoncé des discussions avec des bailleurs de fonds, dont l’U.S. International Development Finance Corporation (DFC). Pour financer l’étude de faisabilité, la société britannique a déjà obtenu une subvention de 5 millions USD (environ 4,21 millions d’euros) de cette agence américaine, l’un des bras armés de Washington dans la mise en place de chaines d’approvisionnement en minéraux critiques.
Un intérêt à concrétiser
L’intérêt américain pour le projet Orom-Cross est à replacer dans un contexte où la Chine représente 42% des importations annuelles de graphite aux États-Unis, un total estimé à 84 000 tonnes en 2023 par l’United States Geological Survey. Depuis la loi sur la réduction de l’inflation en 2022, Washington cherche néanmoins à diversifier davantage ses sources d’approvisionnement, et cible à cet effet l’Afrique. Le constructeur automobile Tesla a ainsi signé un accord pour acheter auprès de Syrah Resources un produit issu de la transformation aux USA du graphite extrait par la compagnie australienne sur sa mine au Mozambique.
Pour le moment, Blencowe Resources n’a pas signé d’accords d’approvisionnement avec des entreprises américaines, mais elle compte parmi ses partenaires American Energy Technologies. Il s’agit d’une société basée à Chicago et spécialisée dans le traitement du graphite, qui a déjà mené des tests sur le produit extrait à Orom-Cross. Du côté de l’Europe, la société britannique Perpetuus Advanced Materials a conclu un protocole d’accord en vue d’acheter sur cinq ans 19 000 tonnes de graphite à Orom-Cross.
Alors que la phase de construction de la mine approche, les prochains mois pourraient voir de nouveaux accords entre Blencowe et des acteurs européens, de quoi accentuer la compétition avec ceux chinois. Deux entreprises chinoises ont déjà signé des protocoles d’accord pour s’approvisionner sur le projet ougandais.