L’accord d'approvisionnement avec la Ethiopian Airlines renforce les circuits intra-africains dans un secteur historiquement dépendant des importations.
L’accord illustre à la fois le rôle de plus en plus important de l’infrastructure nigériane, et les arbitrages complexes entre ambitions globales et pressions locales.
La raffinerie Dangote a annoncé avoir débuté la semaine dernière des livraisons directes de carburant d’aviation à Ethiopian Airlines, s’insérant ainsi dans la chaîne d’approvisionnement internationale du jet fuel. Ceci survient dans un contexte de resserrement de l’offre mondiale, lié notamment aux tensions entre les États-Unis et l’Iran, qui perturbent les flux et accentuent la volatilité des prix.
Une stratégie d’expansion encadrée par l'« Africa First »
Cette avancée à l’international s’inscrit dans la stratégie « Africa First » de l'homme d'affaires Aliko Dangote, comme l’a rappelé le directeur général de la raffinerie, David Bird, précisant que les volumes excédentaires seront prioritairement orientés vers les marchés africains. L’accord avec la plus grande compagnie aérienne africaine matérialise cette orientation, en renforçant les circuits intra-africains dans un secteur historiquement dépendant des importations.
Rappelons que désormais à pleine capacité, la raffinerie fournit du carburant d’aviation, du diesel et de l’essence, avec des cargaisons expédiées vers 11 pays africains depuis fin février. Dans le même temps, elle se positionne aussi sur des marchés internationaux, profitant d’un contexte favorable avec les prix du pétrole élevés et une forte demande en Europe. En avril, les importations européennes de carburant en provenance du Nigeria se sont situées à entre 78 000 et 96 000 barils par jour, un niveau inédit soutenu par la préparation de la saison des voyages.
Cette situation lui permet de dégager des marges importantes. Celles-ci seraient plus de deux fois supérieures à celles des raffineurs européens, estimées autour de 15 dollars (12,83 euros) par baril, grâce à l’accès à du brut compétitif et à la taille de ses installations.
L’accord entre Dangote et Ethiopian Airlines arrive dans un contexte de pénurie relative de carburant d'aviation à l’échelle mondiale. Selon David Bird, le principal risque n’est pas seulement au niveau des prix, mais à celui de l’accès même au produit. Pusieurs pays fortement dépendants des importations, comme l’Australie, le Bangladesh, le Sri Lanka ou les Philippines, font face à des tensions d’approvisionnement.
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La capacité de la raffinerie à produire de manière continue, soutenue par une disponibilité constante du brut fourni par la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC), la compagnie pétrolière nationale du Nigeria, apparaît dès lors comme un atout lui permettant de répondre à la demande internationale.
Une montée en régime scrutée à l’échelle mondiale
Au-delà de l’accord avec Ethiopian Airlines, la raffinerie Dangote s’impose progressivement comme un acteur structurant du marché mondial des produits raffinés. Elle s’approvisionne en brut auprès des États-Unis, du Brésil et de producteurs africains, et exporte vers plusieurs régions. Dans un environnement d'incertitudes, sa capacité à produire à grande échelle renforce son positionnement. Elle contribue à redéfinir les équilibres, en faisant émerger une capacité de raffinage africaine capable d’influencer les flux internationaux.
Les attentes restent néanmoins élevées. Dans le contexte actuel, tous les regards sont tournés vers elle, tant pour son rôle dans la stabilisation du marché nigérian que pour son impact potentiel sur les chaînes d’approvisionnement globales. L’évolution de ses capacités, avec une perspective évoquée de 1,4 million de barils par jour, pourrait amplifier cette influence.
Un marché du carburant d’aviation sous pression au Nigeria
L’accord avec Ethiopian confirme l’entrée de Dangote dans les circuits internationaux du carburant d'aviation, mais il met aussi en lumière un enjeu plus immédiat, qui est celui de la gestion des équilibres sur un marché domestique sous tension. Ces dernières semaines, l'industrie aérienne nigériane fait en effet face à une forte pression, avec le prix du Jet A1 qui est passé d’environ 900 nairas (0,56 euro) à plus de 3 000 nairas (1,86 euro) par litre dans certains cas, bouleversant l’équilibre économique des compagnies.
Dans un secteur où le carburant représente jusqu’à 40% des coûts d’exploitation, cette hausse a rapidement fragilisé la trésorerie des opérateurs. Plusieurs compagnies ont alerté sur un modèle devenu difficile à soutenir, certaines envisageant des réductions de vols ou des suspensions temporaires d’activité. Le trafic domestique, essentiel dans un pays à plus de 10 millions de voyageurs aériens par an, s’est retrouvé sous tension, poussant Abuja à intervenir pour éviter une paralysie.
Les autorités ont ainsi récemment encadré les prix du carburant dans une fourchette de référence, et ont mis en place un mécanisme de facilitation des conditions de paiement pour les compagnies. Elles ont également engagé des discussions avec les acteurs du secteur, comme Dangote, pour améliorer la transparence de la chaîne d’approvisionnement et éviter une paralysie du trafic.