En RDC, Trafigura attend les livraisons de cuivre de la fonderie à 600 millions d'euros du canadien Ivanhoe

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

La fonderie de cuivre de Kamoa-Kakula présente une capacité annuelle de 500 000 tonnes.
DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

La fonderie de cuivre de Kamoa-Kakula présente une capacité annuelle de 500 000 tonnes.
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La compagnie minière canadienne Ivanhoe Mines a annoncé cette semaine la mise en service de sa fonderie de cuivre de Kamoa-Kakula, en République démocratique du Congo. D’un coût de construction évalué en 2021 à près de 601 millions d'euros, l’infrastructure présente une capacité annuelle de 500 000 tonnes, et sa production est déjà pré-vendue à trois clients, dont Trafigura.
En juin 2025, une filiale du négociant basé à Genève a en effet conclu un accord pour acheter 20% du produit de la fonderie pour une période de trois ans. Ivanhoe précise que Trafigura a accepté, dans le cadre de l’accord, de lui fournir une facilité de paiement de 200 millions USD soit environ 171,7 millions d'euros. Les 80% restants ont été sécurisés quelques mois plus tôt par CITIC Metal et Zijin Mining, deux compagnies chinoises actionnaires d’Ivanhoe.
Présentée comme la plus grande fonderie d’Afrique, l’usine est intégrée au complexe Kamoa-Kakula, qui abrite la plus grande mine de cuivre de la RD Congo. Elle traitera le concentré extrait du site pour produire des anodes issues de cuivre blister, destinées aux étapes finales de raffinage. Si sa première alimentation en concentré est prévue d’ici la fin de l’année, Ivanhoe n’a pas indiqué quand les premières tonnes seront livrées aux clients.
Bien avant de réserver une partie de la production de la nouvelle fonderie, Trafigura collaborait déjà avec le complexe de Kamoa-Kakula. Le négociant européen est en effet au cœur du corridor de Lobito, un axe ferroviaire présenté comme plus rapide et moins coûteux que les routes d’exportation traditionnelles des produits miniers congolais. Le consortium Lobito Atlantic Railway (LAR), qu'il dirige avec le portugais Mota-Engil et le belge Vecturis, a obtenu une concession de 30 ans pour exploiter cette ligne reliant le port angolais de Lobito aux mines de cuivre.
En 2024, Ivanhoe a annoncé un accord avec Trafigura pour réserver une capacité minimale de 120 000 tonnes par an, pouvant atteindre 240 000 tonnes, sur le corridor de Lobito. Les volumes transportés doivent progresser avec les investissements déjà engagés par le négociant et ses partenaires, appuyés par un prêt de 533 millions USD (environ 457 millions €) annoncé par les États-Unis pour moderniser plus de 1 300 kilomètres de voies ferrées. Selon Nicholas Fournier, le directeur général de LAR, les travaux en cours devraient permettre de doubler les flux dès 2026 et d’acheminer jusqu’à 1,5 million de tonnes par an d’ici la fin de la décennie.
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La montée en puissance du corridor complète d’autres avancées obtenues par le groupe genevois en RDC. Trafigura figure parmi les premiers acheteurs du cuivre que la compagnie publique congolaise Gécamines a commencé à commercialiser directement dès 2024, aux côtés du suisse Mercuria et de Glencore.
Deuxième producteur mondial de cuivre depuis quelques années, avec 3,1 millions de tonnes exportées en 2024, la République démocratique du Congo est le terrain d’une rivalité croissante entre grandes puissances, compagnies minières et négociants. Cette concurrence s'intensifie alors que des risques de pénurie pointent à l’horizon. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le déficit d’approvisionnement en cuivre pourrait atteindre 30 % d’ici 2035, à cause de la baisse des teneurs de minerai, de la hausse des coûts d’investissement et des délais de développement longs pour les nouveaux projets.
Si Trafigura renforce ses positions, c’est aussi le cas de Mercuria et des entreprises chinoises. Si Pékin domine l’exploitation minière en RD Congo, le gouvernement congolais cherche ces derniers mois à diversifier ses partenaires, ouvrant davantage de possibilités pour les acteurs européens.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin