La recomposition du marché gazier européen pousse plusieurs producteurs à réactiver leurs projets. Dans ce contexte, la Libye tente de transformer ses ressources non conventionnelles en levier pour revenir sur la scène énergétique.
La Libye poursuit la restructuration de son secteur énergétique en s’appuyant sur des partenariats internationaux. Le 28 avril dernier, la société publique du pétrole (NOC) a signé un protocole d’accord avec le groupe américain Chevron pour évaluer les ressources en pétrole et gaz de schiste dans plusieurs bassins sédimentaires du pays.
L’accord prévoit la réalisation d’études techniques et géologiques visant à mesurer le potentiel de ces ressources non conventionnelles.
Aucune décision d’investissement ni activité de forage n’est annoncée à ce stade. Il faut cependant savoir que les estimations évoquent un potentiel d’environ 123 trillions de pieds cubes de gaz (tcf) et près de 18 milliards de barils de pétrole. A titre de comparaison, ce potentiel gazier par exemple est plus de quatre fois supérieur à la découverte du champ géant Zohr, au large des côtes égyptiennes en 2015.
Une relance progressive de l’exploration
Ce partenariat prolonge une série d’initiatives engagées depuis 2025 pour relancer l’exploration. En mars 2026, la NOC avait déjà confié à Chevron l’étude du bloc offshore NC146, situé au large des côtes libyennes. Cette démarche s’inscrit dans une stratégie visant à développer l’offshore, encore peu exploité. En janvier 2026, le pays maghrébin a ainsi lancé son premier puits d’exploration en eaux profondes avec des partenaires internationaux. Les autorités préparent également un nouveau cycle d’attribution de licences pour attirer des investissements.
La Libye cherche à stabiliser et augmenter sa production d’hydrocarbures. La production pétrolière se situe actuellement autour de 1,4 million de barils par jour, avec un objectif de 1,6 million (niveau d’avant-guerre) d’ici la fin de cette année. Cette progression doit compenser le déclin de certains champs terrestres. En parallèle, le pays mise sur le développement des ressources non conventionnelles pour élargir sa base productive. Le gaz de schiste constitue un axe central de cette stratégie, avec des forages envisagés dès sur le court terme.
Un potentiel encore peu converti en exportations
Malgré des réserves importantes, estimées à environ 80 trillions de pieds cubes de gaz, la Libye peine à convertir ses ressources en volumes exportés. Les exportations restent concentrées vers l’Italie via le gazoduc Greenstream. En 2025, les flux ont atteint 105 millions de pieds cubes par jour, leur plus bas niveau depuis plus de vingt ans. Ce niveau représente une fraction de la capacité théorique de l’infrastructure et souligne les limites du système actuel.
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La stratégie libyenne s’inscrit dans un contexte de transformation du marché européen. L’Union européenne prévoit de mettre fin aux importations de gaz russe d’ici 2027, ouvrant un espace pour des fournisseurs alternatifs. La Libye ambitionne d’augmenter sa production gazière pour disposer de volumes exportables à partir du début des années 2030. Elle vise une production proche de 1 milliard de pieds cubes standards par jour à cet horizon.
Le retour des investisseurs repose en partie sur l’amélioration du contexte sécuritaire depuis le cessez-le-feu de 2020. Plusieurs compagnies internationales ont repris ou renforcé leurs activités depuis 2024. Toutefois, la concrétisation des ambitions libyennes sera intimement liée à la stabilité institutionnelle, la sécurisation des infrastructures et la capacité des autorités à transformer les ressources en production effective.