Éthiopie : la filière café met le cap sur la transformation avec des capitaux chinois

Espoir Olodo, Agence Ecofin

Premier producteur de café en Afrique, l'Éthiopie entend aussi se faire une place dans la transformation.
DR

Espoir Olodo, Agence Ecofin

Premier producteur de café en Afrique, l'Éthiopie entend aussi se faire une place dans la transformation.
DR
Être le premier producteur de café en Afrique ne suffit plus à l’Éthiopie. Avec le soutien chinois, le pays d’Afrique de l’Est entend aussi se faire une place dans la transformation.
Le 25 mars dernier, la société Huichuan Freeze-Dried Health Food, spécialisée dans les produits alimentaires lyophilisés, a annoncé un plan d’installation d’une unité industrielle de transformation de café en marge d'une rencontre à Addis-Abeba entre Wang Shuiyong, président de l’entreprise, et Adugna Debela, directeur général de l'Autorité éthiopienne du café et du thé (ECTA).
Selon les détails relayés par les médias locaux, ce projet introduira une technologie avancée de lyophilisation – un procédé de déshydratation qui préserve les arômes et nutriments du café mieux que la simple torréfaction ou le séchage.
Cette démarche permettra de produire du café instantané haut de gamme, ciblant les marchés internationaux exigeants comme l'Europe, les États-Unis et l'Asie.
« Nous assistons à une tendance transformative où de nombreux investisseurs chinois s’enregistrent pour entrer dans notre secteur du café », s’est réjoui M. Debela.
Si les détails concernant le coût et la capacité de l’usine n’ont pas été révélés, ce partenariat pourrait marquer un nouveau virage pour une industrie locale encore à ses balbutiements.
Alors que le pays produit annuellement entre 8 et 11 millions de sacs de café (1 sac = 60 kg), la filière est historiquement tournée à l’export comme en témoigne sa dernière performance commerciale. Au terme de l’exercice fiscal 2024/2025, les recettes de vente ont atteint 2,65 milliards $ (2,3 milliards d'euros), soit une hausse de 85% par rapport au résultat précédent.
Réputé pour sa qualité, le café éthiopien s’impose sur des marchés de grande consommation tels que l’Arabie saoudite, l’Allemagne ou encore la Belgique, et représente près d’un tiers des revenus d’exportation de marchandises du pays.
Pendant ce temps, les acteurs de la transformation peinent encore à se frayer un chemin malgré des efforts d’investissements dans des unités et des initiatives de promotion ciblant des segments plus rémunérateurs du marché. Selon les données du Département américain de l’agriculture (USDA), le café vert représentait encore 99,5% des volumes expédiés en 2023/2024. Le café torréfié ne pèse pour l’instant qu’une part marginale des ventes (0,5 %) avec 27 000 sacs expédiés en 2023/2024. Le pays, 5e producteur mondial de la matière première derrière le Brésil, le Vietnam, la Colombie et l’Indonésie est aussi absent des statistiques globales quand il s’agit de l’exportation du café instantané.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Pour l’Éthiopie, le développement du secteur de la transformation, s’il peut permettre de générer une meilleure valeur ajoutée à l’export, est d’abord stratégique à l’interne. Et pour cause, contrairement à d’autres producteurs comme l’Ouganda ou le Kenya, un marché de consommation domestique existe déjà pour le café.
Selon l’USDA, le pays des Négus affiche l’un des taux de consommation domestique les plus élevés parmi les pays producteurs, près de la moitié de sa récolte annuelle étant absorbée localement. La consommation par habitant est estimée à environ 2,3 kg par an, un niveau nettement supérieur à celui de la plupart des nations exportatrices de café.
« Cette forte demande intérieure est profondément ancrée dans le tissu culturel et social du pays, où le café occupe une place centrale dans la vie quotidienne comme dans les cérémonies traditionnelles. […] Il en résulte une concurrence de plus en plus marquée entre marché intérieur et marché d’exportation, particulièrement les grains de haute qualité, ce qui exerce une pression haussière sur les prix locaux », souligne l’organisme américain.
Dans ce contexte, le segment apparaît porteur pour les acteurs locaux comme étrangers souhaitant s’y positionner, d’autant que, selon l’USDA, la consommation devrait continuer de progresser à long terme, portée par la croissance économique et l’évolution des modes de vie.
Espoir Olodo, Agence Ecofin