Nigeria : un pari sur 3 ans pour faire de la raffinerie de Dangote la plus grande au monde
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

La raffinerie de Dangote, qui est la plus grande d'Afrique, va augmenter sa production.
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Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

La raffinerie de Dangote, qui est la plus grande d'Afrique, va augmenter sa production.
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Aliko Dangote a confirmé ce week-end ce que beaucoup pressentaient : la raffinerie de pétrole qu’il a érigée à Lekki, dans la périphérie Est de Lagos, va changer d’échelle. Selon ses plans, l’infrastructure qui produit actuellement 650 000 barils par jour devrait voir sa capacité doubler d’ici trois ans, ce qui en ferait « la plus grande raffinerie du monde ». Ce statut est pour le moment détenu par la raffinerie de Jamnagar, opérée en Inde par Reliance Industries, qui y déclare une capacité de 1,4 million de barils par jour.
« Nous sommes en train de plus que doubler les barils... à 1,4 million contre 650 000 », a déclaré le milliardaire nigérian lors d’une conférence de presse organisée à Lagos. Et l’extension annoncée ne se limite pas au raffinage du brut. Elle prévoit aussi l’augmentation des capacités pétrochimiques, avec une production de polypropylène portée de 900 000 à 2,4 millions de tonnes par an, ainsi que de plus grands volumes d’huiles de base et d’alkylbenzènes linéaires, essentiels à l’industrie des lubrifiants et des détergents.
Selon les détails relayés par la presse locale, le financement de cette extension reposera sur une combinaison de trésorerie interne et d’une levée de fonds sur le marché boursier nigérian. Dangote a indiqué qu’entre 5% et 10% des actions de la raffinerie pourraient être introduites à la Bourse du Nigeria. Il a aussi évoqué de potentielles alliances avec des investisseurs stratégiques, alors que quelques jours plus tôt, il mentionnait des discussions en cours avec des partenaires du Moyen-Orient pour soutenir l’augmentation de la capacité de production.
Si les plans annoncés par l’homme d’affaires se concrétisent, il s’agirait d’un changement d'échelle majeur pour une raffinerie déjà présentée comme la plus importante d’Afrique et la plus grande à train unique au monde. Sa construction, achevée après onze années de travaux, a mobilisé plus de 17 milliards d’euros d’investissement.
En plus de fournir le marché local, elle exporte déjà des carburants vers d’autres pays, y compris en Europe. En mai 2024, elle a exporté sa première cargaison de carburéacteur vers le Vieux Continent, une cargaison transportée par le tanker Doric Breeze vers les Pays-Bas. Dans ce contexte, l'impact des nouveaux plans sur les flux entre l’Afrique et l’Europe est à observer de près. L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) indiquait déjà dans un rapport publié en janvier dernier, que la montée en puissance de la raffinerie de Dangote pourrait modifier l’équilibre du marché européen de l’essence.
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« Les efforts de mise en service de la nouvelle raffinerie nigériane Dangote et ses exportations d’essence vers le marché international pèseront probablement davantage sur le marché européen de l’essence » affirmait alors l'OPEP, expliquant que « la poursuite de la production d’essence au Nigeria, pays qui s’est fortement appuyé sur les importations pour répondre à ses besoins en carburant dans le passé, continuera très probablement à libérer des volumes d’essence sur les marchés internationaux, ce qui nécessitera de nouvelles destinations et des ajustements de flux pour les volumes supplémentaires à l’avenir ».
Le cabinet Wood Mackenzie aborde quant à lui un autre aspect de la question. Dans un rapport publié en février 2025, il évaluait l'impact de l’infrastructure sur la dépendance régionale aux importations, mais aussi ses enjeux pour les raffineurs européens. Selon le document, les raffineurs européens profitaient d’un déficit structurel en Afrique de l’Ouest, qui garantissait un débouché stable pour leurs exportations d’essence. « Les raffineurs européens sont particulièrement touchés en 2025 par la réduction du déficit d’essence en Afrique de l’Ouest, mais cela dépend fortement de la stabilité des opérations de la raffinerie de Dangote » précise Wood Mackenzie.
Pour le Nigeria aussi, les enjeux sont multiples. La raffinerie est présentée comme capable d'aider le pays à satisfaire sa demande intérieure et à stimuler son développement industriel, mais aussi de le positionner comme fournisseur de produits pétroliers raffinés pour d’autres marchés. S’il est leader de la production pétrolière en Afrique, le géant ouest-africain importait cependant la quasi-totalité de ses produits pétroliers raffinés. D’après le Bureau national des statistiques (NBS), le Nigeria a ainsi dépensé 12 000 milliards de nairas (environ 7 milliards d’euros) en importations de produits pétroliers en 2023.
L’US Energy Information Administration a quant à elle indiqué qu’en février et mars 2025, les États-Unis ont exporté pour la première fois plus de pétrole brut vers le Nigeria qu’ils n’en ont importé, ce que les analystes attribuent à plusieurs facteurs, y compris la montée en puissance de la raffinerie. Le défi reste de savoir si le pari industriel et financier d'Aliko Dangote réussira dans un environnement mondial où les équilibres énergétiques se redéfinissent à grande vitesse.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin