L’Égypte prépare une réforme de sa politique commerciale, sur fond de dépendance aux importations
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

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L’annonce a été faite le mercredi 22 octobre à Abou Dhabi par Rania al-Mashat, la ministre égyptienne de la Planification, du Développement économique et de la Coopération internationale. Intervenant lors d’un panel du Reuters NEXT Gulf Summit, elle a indiqué que son pays s’apprête à formuler une nouvelle politique commerciale.
Cette dernière devra prendre en compte non seulement le coût des importations en provenance de différentes zones, mais également les futurs accords économiques régionaux dans lesquels l’Égypte pourrait être amenée à s'impliquer. Aucune échéance précise n’a été communiquée à ce stade, ni des détails sur les leviers envisagés.
La sortie publique de la ministre survient alors que l’Égypte fait face à une pression constante sur sa balance commerciale, et à une forte dépendance envers certaines denrées importées. Le pays est par exemple l’un des plus gros importateurs de blé au monde. Si l’on en croit les projections du département américain de l’agriculture (USDA), ses importations de cette céréale devraient atteindre 12,7 millions de tonnes pour la campagne 2025/2026, un niveau en hausse de 200 000 tonnes par rapport à l’année précédente.
Parmi ses principaux fournisseurs, on retrouve la Russie, l’Ukraine et l’Union européenne. En 2024/2025, environ 67% du volume total de blé importé par le pays des pharaons provenait de Russie. L'Union Européenne constitue quant à elle aujourd’hui un partenaire commercial central. En 2024, elle a absorbé plus du quart (26,5%) des exportations et fourni près de 20% des importations égyptiennes, selon les données publiées par la Commission européenne.
Le volume total des échanges de biens a atteint 32,5 milliards d'euros cette année-là, malgré un léger repli global. Les exportations égyptiennes vers le vieux continent se sont chiffrées à 12,6 milliards d'euros, et les importations en sens inverse à 19,9 milliards d'euros. Dans cette configuration, l’Égypte a enregistré un déficit commercial de 7,3 milliards d’euros dans ses échanges avec l'Union Européenne, un déséquilibre que le futur cadre commercial pourrait chercher à atténuer.
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Si plusieurs postes dominent ces échanges (produits chimiques, équipements, machines, minéraux, etc.) le marché européen est également stratégique pour les filières agricoles égyptiennes, dont celle des agrumes. Mais en 2024/25, les exportations d’oranges égyptiennes vers l’Union ont reculé de 30 %, fragilisées par une récolte moins abondante et une concurrence renforcée, notamment de l’Afrique du Sud.
L’ajustement annoncé par Rania al-Mashat suscite ainsi plusieurs interrogations. L’Égypte cherche-t-elle à renégocier certaines modalités ou à diversifier ses partenaires commerciaux ? Son projet de nouvelle politique commerciale renforcera-t-il ses liens avec l’Europe ou accentuera-t-il un pivotage vers d’autres zones ? Et surtout, dans quelle mesure le pays pourra-t-il rééquilibrer ses échanges tout en garantissant l’approvisionnement stable de sa population en denrées de base ?
Les réponses à ces questions auront leur importance à mesure que les contours du nouveau cadre se préciseront.
En attendant, il faut noter que l’Égypte assume depuis un moment une stratégie de renforcement de ses équilibres macroéconomiques. À Washington, en marge des assemblées annuelles du Fonds monétaire international, Rania al-Mashat a ainsi annoncé que Le Caire espérait conclure d’ici fin 2025 un nouvel accord d’échange de dette avec ses partenaires européens. Ce type de mécanisme déjà utilisé avec l’Allemagne ou l’Italie, permet de convertir une partie des créances en financements affectés à des projets de développement.
L'Égypte le présente comme un levier doublement vertueux, à la fois pour desserrer l’étau budgétaire et pour aligner les ressources sur ses priorités nationales, dans des domaines tels que l’eau, l’énergie ou le climat. Plus tôt ce mois, le FMI a relevé ses prévisions de croissance pour le pays nord-africain, en citant comme raisons une performance économique meilleure qu’attendu au premier semestre 2025.
L’institution prévoit désormais une croissance réelle du PIB égyptien à 4,5% sur l’exercice 2025/2026, contre 2,4% en 2024. L’inflation, qui avait atteint 33,3% l’année dernière, devrait baisser à 20,4% en 2025, puis à 11,8% l’année suivante.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin