Le regain d'intérêt pour le nucléaire redonne de l'élan aux projets d'uranium, y compris en Afrique. Mais entre la relance d'une mine et l'atteinte d'une production commerciale stable, le financement, la disponibilité des intrants industriels et la maîtrise de la chaîne logistique demeurent des conditions essentielles.
Le négociant suisse Mercuria Energy Group prépare sa première incursion dans le financement de producteurs d’uranium. Il y a quelques jours, le groupe a signé avec la société australienne Lotus Resources une feuille de conditions non contraignante portant sur la production de la mine Kayelekera, au Malawi.
Ce type d’accord permet à un producteur minier d’obtenir de la trésorerie en échange de droits de commercialisation sur une partie de sa future production. Si l’accord est finalisé, Mercuria pourra avancer jusqu’à 30 millions de dollars (environ 26 millions d’euros) à Lotus Resources et commercialiser 3 millions de livres d’uranium sur une période de 30 mois.
Pour Mercuria, l’opération ouvrirait une nouvelle porte dans le négoce de matières premières africaines. Le groupe suisse s’est déjà positionné sur le cuivre en République démocratique du Congo (RDC) et en Zambie, notamment à travers des accords de financement ou de commercialisation. Avec Kayelekera, il pourrait appliquer une logique similaire à l’uranium, un marché porté par le regain d'intérêt mondial pour l'énergie nucléaire.
Kayelekera, une relance à stabiliser
Kayelekera n’est pas une nouvelle découverte. La mine avait été arrêtée en 2014, après plusieurs années de faiblesse des prix de l’uranium, puis relancée par Lotus Resources en 2025. La société vise une production moyenne de 2,4 millions de livres d’uranium par an.
Mais le redémarrage reste fragile. Plus tôt ce mois-ci, Lotus a dû suspendre temporairement la production en raison de perturbations dans l'approvisionnement en acide sulfurique, et de travaux sur l'usine d'acide du site. Or, cet intrant est indispensable au traitement du minerai d'uranium. Tant que cette installation ne sera pas pleinement opérationnelle, la mine restera exposée aux difficultés d’approvisionnement externe.
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Cette suspension a interrompu une amélioration récente des performances. Kayelekera a produit 73 600 livres d’U₃O₈ en mai, contre 47 300 livres en avril, soit un niveau proche de l’ensemble de la production du premier trimestre 2026, établi à 78 300 livres.
Un calendrier commercial sous pression
L’accord avec Mercuria peut offrir une flexibilité financière à Lotus, mais il ne sera pas mobilisable immédiatement. Selon la compagnie, la facilité de prépaiement pourra être utilisée à partir du moment où l’uranium sera embarqué au port d’expédition. À ce stade, la première expédition est envisagée au plus tôt en septembre 2026.
Ce calendrier sera suivi de près, car Lotus doit livrer 1,01 million de livres d’U₃O₈ au second semestre 2026 dans le cadre de ses contrats de vente. La société discute déjà avec ses clients pour reporter une partie de ces volumes à 2027, afin de tenir compte des retards de production et d’exportation.
La portée réelle de l’accord avec Mercuria dépendra donc des prochaines étapes opérationnelles. Il confirme l’intérêt commercial de Kayelekera et l’appétit des négociants pour l’uranium, mais il ne règle pas à lui seul les contraintes immédiates de la mine.
Pour Lotus, la priorité reste de sécuriser l’approvisionnement en acide sulfurique, stabiliser l’usine et réussir les premières livraisons. C’est à cette condition que Kayelekera pourra transformer l’intérêt suscité par sa relance en production régulière, et offrir au Malawi les recettes attendues de son retour dans l’uranium.