Le Cameroun rejoue sa carte cobalt avec le gisement Nkamouna-Lomié

Idriss Linge, Agence Ecofin

Nkamouna-Lomié recèlerait environ 121 millions de tonnes de ressources mesurées et indiquées, avec des teneurs moyennes de 0,23 % en cobalt.
Photo DR

Idriss Linge, Agence Ecofin

Nkamouna-Lomié recèlerait environ 121 millions de tonnes de ressources mesurées et indiquées, avec des teneurs moyennes de 0,23 % en cobalt.
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Début janvier, la Société nationale des mines (Sonamines), institution chargée de gérer et de représenter les intérêts de l’État du Cameroun dans le développement de son secteur minier, a lancé un appel à manifestations d’intérêt pour la sélection de nouveaux partenaires technico-financiers en vue du développement du projet de cobalt, de nickel et de manganèse de Nkamouna, situé à Lomié, dans la région de l’Est.
L’objectif est d’identifier des acteurs dotés d’une surface financière solide – au moins 48 millions d’euros – et d’une expertise technique spécifique au traitement des minerais latéritiques. Les investisseurs ont jusqu’au 31 mars 2026 pour soumettre leurs dossiers. Cette procédure ouverte témoigne d’une approche institutionnalisée où l’État, à travers sa compagnie nationale, agit en tant que garant de la cohérence industrielle du projet, tout en cherchant à adopter des standards internationaux d’exploitation.
Cette démarche marque une nette rupture avec le passé, davantage en conformité avec la régulation du secteur minier dans ce pays. En février 2025, par décret présidentiel, l’État camerounais a acté le retrait du permis d’exploitation, délivré il y a une vingtaine d’années à la firme américaine Geovic, puis transmis par celle-ci à Phoenix Mining, une autre société basée aux États-Unis. Cette décision mettait un terme définitif à une longue série d’initiatives privées infructueuses.
Le projet de Nkamouna est en effet l’un des plus anciens dossiers miniers du pays. Le permis d’origine avait été accordé dès 2003, mais n’a jamais franchi le cap de la production industrielle, principalement en raison de difficultés de financement et du coût élevé des infrastructures dans une zone enclavée. Même la tentative de relance en juin 2023 avec Phoenix Mining, marquée par la visite sur site du ministre des Mines par intérim, le Pr. Fuh Calistus Gentry, n’a pas permis de démarrer les travaux. C’est ce constat d’enlisement qui a poussé l’État à reprendre l’initiative.
Sur le plan des ressources, le potentiel connu de Nkamouna demeure intact et significatif. Selon les dernières études de faisabilité, le site recèlerait environ 121 millions de tonnes de ressources mesurées et indiquées, avec des teneurs moyennes de 0,23% en cobalt, 0,65% en nickel et 1,35% en manganèse. La concession s’étend sur près de 1250 km², dont seule une fraction a été explorée. Ces métaux occupent aujourd’hui une place centrale dans les chaînes de valeur des batteries pour véhicules électriques et du stockage d’énergie, ce qui confère au projet une importance stratégique majeure, alors même que la compétition mondiale pour les métaux critiques s’intensifie.
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Cependant, le principal défi actuel est d’ordre économique. Lors de la dernière étude de référence en 2011, le coût d’investissement initial était estimé à 617 millions de dollars. Quinze ans plus tard, ces paramètres sont obsolètes. L’inflation des coûts de construction, la hausse des prix de l’énergie et la nécessité de bâtir des infrastructures logistiques lourdes font désormais grimper l’addition. Le développement complet d’une mine comme Nkamouna pourrait aujourd’hui dépasser le milliard de dollars. La rentabilité du projet dépendra donc étroitement de la capacité du futur partenaire à optimiser les coûts opérationnels dans un marché marqué par une forte volatilité des prix.
Pour les autorités camerounaises, l’enjeu dépasse la seule réussite de Nkamouna. Le projet s’inscrit dans une stratégie globale de diversification, alors que la production pétrolière du pays est engagée dans une tendance structurelle de baisse, comme le souligne l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE).
La réussite de cet appel d’offres sera un test de crédibilité pour le Cameroun. Il dira si le pays peut attirer des partenaires capables d’assumer des risques financiers et industriels élevés, tout en s’inscrivant dans la nouvelle doctrine de contrôle étatique des ressources stratégiques. À l’échéance du 31 mars 2026, c’est la viabilité même du modèle minier camerounais qui sera évaluée par le marché.
Idriss Linge, Agence Ecofin